04.05.2010
Homélie du 6e dimanche de Pâques C
Homélie du 6e dimanche de Pâques C
Ac 15, 1-2, 22-29 ; Ap 21, 10-14, 22-23 ; Jn 14, 23-29
Allongé sur un lit d'hôpital, "planté d'aiguilles". Prolongé de tuyaux, de sondes, d'engins divers. "Cloué". Maurice Bellet n'en a pas moins écrit de petites notes qu'il nous livre dans un ouvrage poignant d'humanité et d'humilité. "Oh, écrit-il, le poids mortel des nécessités qui n'en sont pas ! Des évidences qui, dix ans, vingt ans après, sont condamnées au nom d'évidences plus récentes et contraires ! Mais entre-temps, les premières vous ont écrasé au nom de votre propre bien". Un constat et des paroles que chacun peut prendre à son compte. On peut aussi remplacer "évidences" par certitudes, règlements, ou même traditions.
L'histoire et l'expérience quotidienne de l'humanité en général et des religions en particulier, montrent bien qu'il en est ainsi. Certains s'en étonnent, s'en inquiètent ou en sont troublés : "La religion change !" C'est évident. C'est même un signe de vie et de fidélité.
L'évangile de ce jour nous en explique d'ailleurs les raisons profondes, et la page "magazine" des Actes des Apôtres nous fournit un exemple bien concret qui peut sans peine être conjugué au présent à n'importe quelle période de l'histoire.
Au point de départ, la Parole de Dieu, livrée en Jésus Christ. Une Parole qui est Vérité, Chemin et Vie, Amour et Beauté. Encore faut-il pouvoir accueillir cette révélation, la comprendre, la respecter, en accepter les mille et une conséquences. C'est beaucoup pour des esprits souvent encombrés de prétentions et de préjugés, d'égoïsme et d'orgueil, de soupçons et de peurs. Les obstacles ne manquent pas.
La précieuse Parole livrée à l'intelligence, au cœur, à la mémoire et à notre responsabilité, n'est pas un dépôt en banque, ni objet rare et précieux confié à un musée. Il s'agit d'une Parole Vivante, dynamique, créatrice, qui doit courir le risque des semailles en des terres peu hospitalières, pour porter du fruit.
Chacun sait aussi que fruits, fleurs, branches, troncs et racines, sont déjà dans la minuscule semence, mais qu'il faut également beaucoup de temps et de conditions favorables pour qu'elle développe et révèle la totalité et la perfection de son être.
C'est pourquoi, si Jésus a tout dit et révélé durant sa vie mortelle, il a bien précisé qu'après lui l'Esprit viendrait non seulement réveiller les mémoires, mais aussi "enseigner tout". L'Esprit n'est donc pas simple répétiteur. Force et Souffle, il inspire, suscite le mouvement, crée la nouveauté. Il nous aide constamment à déchiffrer l'éternel et inépuisable message, compte tenu des nécessités du temps, du langage et des problèmes de l'humanité. Non seulement pour que nous puissions "en saisir la signification profonde", mais aussi pour permettre aux disciples d'appliquer les instructions du maître à des situations inédites et souvent imprévisibles.
La fidélité et la vraie tradition sont toujours créatrices. Par contre, nous succombons très souvent à la tentation de mettre Dieu en cage, de l'emprisonner dans des coutumes, des règlements ou des formules, et même de le mettre au service de nos idéologies ou de nos intérêts.
Le conflit d'Antioche montre bien les réticences humaines, le rôle et les surprises de l'Esprit, et la nécessité du discernement, même s'il reste fragile, relatif et chargé de compromis.
Un conflit exemplaire entre deux tendances, deux interprétations, deux cultures. Pour les uns, il faut passer par le judaïsme pour devenir chrétien : "Pas de salut sans circoncision". Pour d'autres, au contraire, la Bonne Nouvelle et le salut sont proposés à tous, quelle que soit la race, le peuple ou la culture. Les premiers veulent "endoctriner" ceux qui ne sont pas passés par la circoncision et ceux qui les accueillent dans l'Eglise. Trouble et désarroi chez les tenants de l'ouverture qui ont innové en préférant l'intuition et l'audace de l'amour à l'obéissance littérale à des traditions humaines. Le Concile de Jérusalem tranchera en libérant les nouveaux convertis du poids d'obligations qui se révélaient manifestement très relatives.
C'est ainsi qu'à toute époque la religion change et doit changer chaque fois "que la mission est en cause, c'est-à-dire la présentation du message et certaines habitudes religieuses". Une invitation à l'humilité et à la modestie, car nul ne possède la vérité dans sa plénitude. Nous resterons toujours des chercheurs et des découvreurs, nous rappelant que l'Esprit vient chaque jour pour aider l'Eglise à déchiffrer la Parole, à poursuivre et approfondir l'enseignement et à le vivre dans l'aujourd'hui, qui n'est plus hier et n'est pas encore demain. Il ne tient compte d'aucune frontière. Et nul ne peut le monopoliser.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
12:30 Publié dans Pâques C | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nécessité, évidence, certitude, règlement, tradition, fidélité, parole, vérité, chemin, vie
29.09.2009
Homélie du 27e dimanche ordinaire B
Homélie du 27e dimanche ordinaire B
Gn 2, 18-24 ; He 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16
Est-il permis ?… Est-ce défendu ?… Est-ce obligatoire ou facultatif ?… En posant des questions de ce genre, nous nous situons sur un plan juridique et relativement étroit et, avec l'arrière-pensée peut-être même inconsciente de connaître les limites du devoir, pour ne pas en faire plus qu'il ne faut strictement, et surtout ne pas en faire trop.
Par contre, Jésus se situe toujours à un autre plan, celui de l'idéal, et d'un idéal de charité, c'est-à-dire l'amour dans le sens le plus parfait du mot. Et là, il n'est plus question de limites, ni de frontières, ni d'observances précises que l'on peut calculer et comptabiliser. Les interlocuteurs de Jésus discutent règlement et lui les renvoie aux principes fondateurs et au parfait idéal.
La perfection de l'amour entre un homme et une femme se situe au niveau de la communion, comme l'alliance de Dieu avec son peuple. Et les exigences de cette alliance ne dépendent pas du droit. Elles ne sont pas réalisées ni garanties par la simple observance d'un règlement précis. Et elles ne sont même pas menacées par un droit juridique à la rupture.
L'alliance idéale, qu'elle soit entre l'être humain et Dieu, entre l'homme et la femme, entre membres d'une communauté, est faite de dialogues et de marches communes, de partages de joies et de franchissements d'obstacles. Elle est dynamique, capable de recommencements et de développements.
L'indissolubilité n'est pas une sécurité juridique, ni une assurance tous risques. C'est une responsabilité à assumer pour maintenir et poursuivre ce dialogue et cette alliance d'amour. Ce n'est pas une loi difficile, c'est un programme donné. Nous ne devons pas nous cacher les difficultés ni les échecs. Mais il est nécessaire dans ce domaine comme en d'autres, de rappeler l'idéal et les moyens qui permettent vraiment d'y tendre. Il nous fait constamment apprendre et réapprendre à aimer. Et l'on ne peut pas aimer vraiment sans se nourrir à la source même de l'amour.
Il est vrai que les ambitions de Dieu sur ceux et celles qui sont "à son image et à sa ressemblance" sont éblouissantes, mais vertigineuses. Ne sommes-nous pas tous appelés à l'amour parfait, la fidélité indissoluble, le pardon sans frontières, la justice sans parenthèses, une fraternité et une solidarité qui frisent l'héroïsme ?
Malgré les faillites et les échecs, ou plutôt à cause d'eux, l'Eglise ne cesse de répéter à temps et à contretemps la doctrine de l'indissolubilité du mariage. Un principe d'autant plus logique et profondément humain que d'instinct l'amour se veut éternel et que la fidélité assure sa stabilité.
Aux hommes et aux femmes de l'ère atomique et de l'ordinateur, le Christ répète le message des origines. "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !"… Et nous voici renvoyés à l'ère du potier qui façonne la glaise informe pour créer des merveilles. Aujourd'hui encore, c'est l'émouvant mythe biblique de la création qui nous révèle par l'image le mystère même de Dieu et de l'humain, créé comme à sa ressemblance… Dans ce récit naïf d'un vieux prêtre hébreu du VIe siècle avant Jésus Christ, tout est dit sur la réalité profonde de ce qu'est l'humain, homme et femme, et de ce qu'est le couple.
Hélas ! les esprits forts et désespérément superficiels s'inspireront de la "côte d'Adam" pour nourrir leurs gaudrioles. Le démon de l'antiféminisme fera même mentir les textes jusqu'à piéger des esprits éclairés, comme il le fit jadis pour Augustin et Bossuet. Le premier estimant que "l'homme seul est pleinement image de Dieu (1). Et le second n'hésitant pas à inviter les femmes de son temps "à songer après tout qu'elles viennent d'un os surnuméraire" (1).
Il faut retourner au programme du commencement avec la pureté et la simplicité d'un cœur d'enfant pour découvrir avec émerveillement ce qu'est l'amour vrai qui fonde le couple… Et travailler tous les jours avec tendresse et respect, foi et courage, pour créer chaque jour le mariage et le rendre patiemment indissoluble.
Dieu est présent au milieu du combat pour que ne soit pas ternie son image.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
(1) "La vie quotidienne des femmes au grand siècle", Claude Dulong, Ed. Hachette, pp. 15-16.
12:07 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : permis, défendu, alliance, amour, indissolubilité, rupture, adam, échec, fidélité, couple
18.08.2009
Homélie du 21e dimanche ordinaire B
Homélie du 21e dimanche ordinaire B
Jos 24, 1-2a, 15-17, 18b ; Ep 5, 21-32 ; Jn 6, 60-69
Après l'enthousiasme facile de la foule, les crises hystériques et les applaudissements frénétiques, après les "coups de foudre" en série, les promesses exaltées et les serments de fidélité, voici déjà l'heure de tentation et de vérité.
La vedette a prononcé un discours choquant, des paroles intolérables, inacceptables. Elles étaient Esprit et Vie. Elles s'adressaient à la foi. Elles n'ont rencontré que des croyances superficielles, un terrain encombré de pierres charnelles et d'intérêts terre-à-terre. Le résultat ne s'est pas fait attendre… Crise parmi les "fidèles", crise parmi les disciples. C'est l'hémorragie. Les baudruches se dégonflent, les bras tombent, l'admiration inconditionnelle se fait méfiance. Les émotions changent de camp. L'anxiété agressive prend la relève de la joie débordante. C'est l'abandon et la fuite. "A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui".
Les Douze, eux, ont tenu. Mais ils ont dû choisir entre le Christ admiré et le Christ réel, le Christ à succès et le prophète qui annonce la vérité et indique le chemin. Choix entre le très sympathique Jésus qui dénonce les hypocrisies, protège les pauvres et guérit les malades, et ce Messie intransigeant dont la parole déroute la raison, secoue habitudes et traditions, accule à la conversion.
"Voulez-vous partir ?", ou encore : "S'il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir…", comme le demandait Josué aux tribus d'Israël réunies à Sichem (1e lecture). C'est à prendre ou à laisser. Un choix à première vue étrange puisque imposé à des gens qui ont déjà choisi. Option déjà prise, en effet, par ceux qui appartenaient au groupe des adeptes. Alliance solennelle déjà conclue avec Dieu par les sauvés d'Egypte.
Une alliance dans la foi, une alliance d'amour, ne se contente pas de la fidélité d'un instant, ni de la ferveur d'un jour. Les lunes de miel ne tiennent pas lieu d'assurance ni de garantie.
Préférer un Dieu invisible et exigeant à l'attrait des idoles humaines bien concrètes et singulièrement plus accommodantes "engage dans l'aventure de la perpétuelle redécouverte de Dieu. C'est l'aventure même de l'amour." (1)… Une relation sans cesse à nourrir et à entretenir. L'amour de quelqu'un qui nous entraîne sur les chemins où s'enchaînent les surprises et qui se fait connaître pas à pas et toujours autre. "Une alliance à reprendre et à approfondir" jour après jour.
A Sichem, les Hébreux ont renouvelé leur foi et leur alliance. "Plutôt mourir que d'abandonner le Seigneur pour servir d'autres dieux !… C'est lui que nous voulons servir car il est notre Dieu". En Galilée, les apôtres eux aussi réitérèrent leur credo : "Nous croyons ! Tu as les paroles de la vie éternelle"… Et Jésus ajoutera : "Et pourtant l'un de vous est un diable ! " (Jn 6, 70). La rénovation n'est pas non plus le dernier mot de l'amour et de la fidélité.
Ces foules, disciples et apôtres d'hier sont toujours ceux d'aujourd'hui, prompts aux grandes déclarations, enthousiasmes éphémères et bruyants applaudissements. L'illusion de croire nous aveugle aisément, et nous confondons volontiers l'observance des règlements humains avec la fidélité au Dieu fait homme. C'est une personne qui nous invite à la foi et non pas un code.
Nous suivons et acclamons le Christ quand il bénit. Mais nous sommes bien souvent incapables de l'écouter quand il parle d'accepter les exigences de son message et d'opérer les conversions qu'il propose : "Ce message est dur ! Qui donc pourrait l'accepter ?"… Et c'est ainsi qu'aujourd'hui encore des "fidèles" troublés, déçus, scandalisés, quittent les assemblées que Jésus rassemble. Des disciples s'en vont aussi en cessant de marcher avec lui pour faire eux-mêmes leur propre religion, ou préféreront à la Parole trop dure les rites, habitudes et traditions qui offrent le bienfait de l'assurance et de la sécurité.
D'autres restent, prenant les risques de la foi et des surprises de l'Esprit, des perpétuelles nouveautés et des inattendus d'un Dieu qui n'a jamais fini de se faire connaître.
A chaque Eucharistie, la Parole peut nous heurter. Elle est cependant la merveilleuse occasion d'approfondir l'alliance d'amour et de la renouveler.
P Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
(1) Le Missel Emmaüs des dimanches, p 695.
13:47 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tentation, vérité, servir, choix, alliance, foi, fidélité, amour, credo, message
19.05.2009
Homélie du 7e dimanche de Pâques, B
Homélie du 7e dimanche de Pâques, B
Ac 1, 15-17. 20a.20c-26 ; Jn 17, 11b-19
A lire les lettres de Jean et certains passages de son évangile, on a l'impression d'entendre un disque rayé ou la voix obsédante d'un vieillard fatigué qui radote : "Mes bien-aimés, nous devons nous aimer les uns les autres, nous aimer les uns les autres…". En y regardant de plus près, on constate que la première lettre, par exemple, est comme une sorte de méditation très personnelle et même quelque peu intemporelle sur la vie chrétienne, et plus spécialement sur l'amour fraternel. La pensée de l'auteur s'y développe lentement, en spirale, avec des retours incessants au même thème : la foi au Verbe incarné, l'amour fraternel, la communion des croyants avec Dieu.
Comme nous le disent les exégètes, une lecture plus attentive nous révèle un caractère polémique très accentué. Jean dénonce les anti-Christ, les prophètes de mensonge, les séducteurs qui égarent les vrais croyants. Mais l'apôtre ne réfute pas tellement des doctrines erronées ou hérétiques, il veut affermir la foi des croyants en leur donnant des signes qui leur permettront de reconnaître les vrais chrétiens des faux.
Il y a quatre signes. La foi en Jésus, Fils de Dieu. La fidélité à la prédication des apôtres. Le refus de pactiser avec le mal. Et, très concrètement, l'amour fraternel. C'est le signe le plus authentique : "A ceci, disait Jésus, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres". (Jn 13, 35).
Non seulement c'est un signe d'authenticité chrétienne, de fidélité à Jésus, mais l'amour que nous portons réellement et concrètement à nos frères et sœurs humains est le seul moyen sûr et contrôlable de l'authenticité de notre amour pour Dieu que "personne n'a jamais vu", précise Jean. "Voulez-vous savoir, dit en substance Jean, si Dieu demeure en vous", si vous êtes en état d'amitié avec lui, en état de grâce ? Il nous donne la réponse : Si vous vous aimez les uns les autres.
Matthieu présente d'ailleurs ce nouveau commandement comme le seul critère du jugement dernier.
Ce qui veut dire que les autres signes et preuves extérieures, que nous sommes souvent tentés d'utiliser, ne sont pas du tout des preuves absolues : les dévotions, les adorations, les pratiques sacramentelles, les litanies de prière, ne sont preuves de notre amour pour Dieu que si elles servent de source et de stimulant à l'amour du prochain. Et c'est l'amour du prochain qui nous rend Dieu présent à nous-mêmes et au monde.
Dans un livre sur les faux mystiques chrétiens, l'auteur, parlant de certains visionnaires, écrit : "A chaque fois, nous entendons le même langage : ils disent entendre ou voir la Mère de Dieu, le Christ ou les anges apporter un nouveau message, souvent apocalyptique, et oublient la réalité quotidienne concrète, la capacité d'aimer en tout être humain. Ils négligent la charité".
La principale originalité du christianisme, c'est de présenter Dieu, non pas seulement comme l'Etre suprême, le créateur, le tout-puissant, le juge, mais comme Amour. A tel point que là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Mais de quel amour s'agit-il ? Pas n'importe lequel, mais l'amour tel que nous l'a manifesté Jésus tout au long de sa vie : un amour de Dieu qui s'incarne, un amour de volonté qui s'exprime et se prouve, se rend visible dans l'amour des autres et surtout les plus petits, les plus éprouvés. C'est de cet amour-là qu'il s'agit.
Ce que Jean nous enseigne en peu de mots et avec beaucoup de clarté n'est pas accepté facilement et difficilement traduit dans la vie quotidienne. L'amour du prochain apparaît un peu, sinon beaucoup, comme une concurrence à l'amour de Dieu, jusqu'à laisser cohabiter les manifestations de culte et de dévotion avec le mépris des droits de la personne humaine, l'injustice sociale, le sexisme, l'esprit de vengeance et les coups de langue meurtriers. Nous en sommes encore parfois à opposer, comme des adversaires, le social et le religieux.
C'était déjà vrai du temps de Jean. Dans sa lettre, il multiplie les avertissements et les rappels : "Qui aime son frère demeure dans la lumière ; qui hait son frère se trouve dans les ténèbres, il ne sait pas où il va parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux". Ou encore : "Quiconque hait son frère est un meurtrier et si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin et qu'il se ferme à toute compassion, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?"
Il ne faut donc pas s'étonner que l'Eglise, comme l'apôtre Jean, nous rappelle - et je cite le Concile - : "Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu'elle soit sociale ou culturelle, qu'elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée comme contraire au dessein de Dieu" (Eccl. 29).
La relation à Dieu et la relation avec les frères et sœurs humains sont tellement liées que l'Ecriture dit que celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu. De même, là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Ce qui rend les croyants soupçonneux et jaloux. Il y a, en effet, des non croyants qui prennent des initiatives et mènent des combats dignes de l'Evangile. Et il en est qui vivent en rayonnant un amour semblable à celui que Jésus a manifesté jusqu'au don de sa vie. La charité peut précéder la foi. C'est aussi un chemin qui conduit à Dieu.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
14:28 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, foi, verbe, communion, fidélité, refus, mal, volonté, lumière, ténèbres
27.04.2008
homélie du 6e dimanche de Pâques A
Homélie du 6e dimanche de Pâques, A
Ac 8, 5-8, 14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Dans le long discours de Jésus après la Cène, comme on le voit encore dans l'évangile de ce jour, il est beaucoup question de "monde". Aujourd'hui, ce mot est parfois utilisé à tort et à travers. Ce qui se comprend, car le même terme peut exprimer des réalités différentes, voire même contradictoires. De même, les mots de l'Evangile disent souvent autre chose que les définitions de notre langage courant. Il faut alors être attentif au contexte qui seul permet de faire le bon choix du sens. Or, que dit l'Evangile ? Jésus vient dans le monde et il est haï par le monde… Les apôtres sont envoyés dans le monde et le monde les prend en haine, parce que tout en étant du monde, ils ne sont pas du monde… Et cependant, ils sont tellement du monde et leur mission est tellement liée au monde que Jésus ne veut surtout pas les retirer du monde… C'est beaucoup de "monde" !
Pour S. Jean, ce monde auréolé de mal représente ceux qui se refusent à croire en Jésus et qui s'opposent au message de son Evangile. Il ne s'agit donc pas du monde de la création, ni de l'ensemble de l'humanité ou de ce que l'on peut appeler "le monde des humains". Ce n'est pas la société séculière ou profane qui serait mauvaise, par rapport au monde religieux qui serait bon. Il s'agit finalement d'un esprit, d'une mentalité qui n'est pas liée à un lieu, mais que chacun peut avoir et garder en soi. L'humanité en général, et chacun de nous en particulier, a son côté ombre et son côté lumière. Un ermite peut avoir l'esprit du monde en plein désert et l'on peut avoir l'esprit du Christ et en vivre très concrètement au cœur du monde.
La manière dont on perçoit et dont on comprend le monde est extrêmement importante, car le comportement du croyant et sa spiritualité en dépendent beaucoup.
Si l'on fait une lecture fondamentaliste de la Bible, c'est-à-dire si l'on prend tout à la lettre, sans tenir compte du contexte et de l'ensemble de la révélation, certains textes peuvent conduire à jeter sur le monde, en tant qu'humanité, un regard pessimiste et méfiant.
Alors, toute la création matérielle, toutes les réalités charnelles, toutes les conquêtes de la sciences et les fruits de la raison, sont jugés, si pas tous mauvais, au moins toujours suspects et dangereux. Alors, ce monde fait peur, il apparaît comme une menace pour la foi.
D'où, certaines spiritualités de fuite du monde, qui ont fait dire à certaines époques qu'il n'y avait pas de véritable sainteté possible pour des laïcs, empêtrés dans la vie du siècle. De telles spiritualités engendrent aisément des esprits sectaires, qui s'enferment volontiers dans des ghettos, qui cultivent une orthodoxie pure et dure, à l'abri d'un monde que l'on couvre d'imprécations en attendant qu'il disparaisse. C'est ce qu'on retrouve dans la plupart des sectes et certaines communautés intégristes.
A l'opposé, si l'on tient compte de l'ensemble de l'enseignement évangélique et de la vie de Jésus, cela donne une spiritualité non plus de fuite, mais d'incarnation dans le monde concret tel qu'il est et tel qu'il vit dans l'aujourd'hui de chaque époque.
Autrement dit, le monde s'inscrit toujours à l'intérieur d'un projet divin et inspire la spiritualité qu'il convient de pratiquer quotidiennement. C'est le levain que l'on mélange résolument à la pâte, au lieu de le garder au frigo, à l'abri.
C'est pourquoi, il y a eu très souvent dans le passé et encore aujourd'hui, des relations difficiles, tendues et parfois agressives, entre foi et monde, foi et raison, foi et sciences, foi et modernité. Comme si la foi pouvait être gênée, mise en péril ou contredite par la raison, la science et le progrès, qui sont aussi des dons de Dieu.
Grâce à Dieu, nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Au moins dans son enseignement, l'Eglise ne boude pas la modernité au nom de la foi. Elle veut, au contraire, se rendre présente et attentive aux requêtes de ce monde vers lequel elle est envoyée, et c'est là qu'elle rejoint les questions fondamentales de l'être humain (1). Mais demeure toujours, pour l'Eglise comme pour chacun de nous, la tentation de la peur des changements, des nouveautés, et du repli frileux sur le passé.
Et pourquoi, finalement, les apôtres et après eux les chrétiens, sont-ils mis à part ? Pourquoi sont-ils haïs du monde ? Qu'est-ce qui les distingue de ce monde ? La fidélité à ses commandements. Un terme dur, qui évoque d'abord l'ordre et la discipline, l'injonction et la contrainte. Ne s'agit-il pas d'un frein aux élans créateurs, voire même une atteinte à la liberté ? Nous voici confrontés au monde des prescriptions et des règles, des lois et des préceptes ? Une chape de plomb.
Même si Jésus parle de SES commandements, nous verrons défiler sur nos petits écrans intérieurs le décalogue gravé par Moïse dans la pierre. En oubliant qu'avant d'être pétrifiées dans une lettre, ils sont d'abord des paroles d'Alliance, et donc des paroles d'Amour, qui révèlent un esprit, s'incarnent et se prouvent par un comportement. C'est pourquoi la Loi, enfermée dans la prison de sa lettre a la raideur des certitudes et le masque bariolé de vérités uniformément définitives. L'esprit, au contraire, est un souffle qui bouscule, transforme et inspire. Il pousse plus en avant et vers le haut. Il transforme même les cœurs de pierre en cœurs de chair, et la peur paralysante en dynamique confiance.
P. Fabien Deleclos, franciscain
Le Centre AVEC, créé "pour concrétiser les orientations prioritaires de la Compagnie de Jésus", édite la revue trimestrielle "Evangile et Justice", qui a récemment consacré deux numéros - 82 et 83 - à la "Mondialisation, quels droits pour les peuples ?". Ce périodique est devenu en janvier 2008 : "En question", avec un dossier sur "Notre modèle économique et social : Remises en cause et perspectives", n° 84. (Centre AVEC, rue Maurice Liétart, 31/4, B - 1150 Bruxelles. Tél. 02/738 08 28, @ : secretariat@centravec.be, www.centravec.be)
11:20 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : monde, commandement, Bible, fidélité, Alliance



