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08/05/2016

Homélie du 7e dimanche de Pâques C

Homélie du 7e dimanche de Pâques C

Ac 7, 55-60 ; Ap 22, 12-14, 16-20 ; Jn 17, 20-26

En quelques mots d'une prière-testament, nous voici quasiment propulsés dans le royaume de l'utopie, ou plus exactement vers un idéal vertigineux qui dépasse certainement les seules forces humaines. Jésus pressent qu'il n'en a plus que pour quelques heures à vivre. Il confie à ses disciples, et donc à nous aussi, ses préoccupations et ses recommandations les plus essentielles.

Il leur avait déjà donné un commandement nouveau. "Un message fort". Les disciples sont appelés à s'aimer les uns les autres aussi bien, aussi fort et de la même manière que lui-même les a aimés. Ce qui est pratiquement inaccessible. C'est cependant à ce signe-là qu'on pourra les reconnaître comme vrais disciples. Ce qui vaut pour les disciples de tous les temps.

Cependant, l'amour, même s'il atteint la haute qualité de la charité, ne suffit pas. Il doit en même temps pouvoir rendre possible l'unité dans l'amour et le respect mutuel dans la différence. Il ne s'agit pas ici d'un commandement, mais d'une espérance, d'une promesse. L'unité parfaite est en Dieu, Père, Fils et Esprit.

C'est dans la foi et la communion à cette vie relationnelle en Dieu que peut découler comme un don une authentique et forte communion dans la communauté de femmes et d'hommes ordinaires qui partagent la même foi. Ce qui devient alors le plus parfait des témoignages. On peut aussi parler d'un super-idéal proposé à l'Eglise et plus largement au monde, qu'il s'agit de poursuivre inlassablement, avec courage, réalisme et beaucoup de modestie. Car l'unité parfaite, c'est la vie même de Dieu.

Encore faut-il, sur le terrain de la pratique, ne pas confondre unité et uniformité. L'unité, comme la vérité, est symphonique. C'est la diversité des sons et des instruments qui permet de réaliser un ensemble harmonieux, une symphonie. Comme l'écrit le grand théologien Urs von Balthasar, pour expliquer le pluralisme chrétien et le témoignage symphonique de la vérité.

Ainsi, au concours international Reine Elisabeth (1), deux jeunes jouant les mêmes notes du même imposé, accompagné du même orchestre… et cependant, que de différences ! A en croire les experts en la matière, l'un a donné une version à la fois fidèle et haute en couleurs ; l'autre s'est montré plus délicat, parce qu'il s'est exprimé avec une grande finesse dans les nuances. Pour d'autres encore, on a parlé d'imagination et de liberté, de jeux subtils, d'alliance de technique et de sonorité gracieuse, d'une musicalité inventive et audacieuse. Il y a eu des interprétations dites miraculeuses et des exécutions honorables, des prestations débordantes d'inventions et d'honnêtes réalisations, ou de "justesse discutable". Les différences peuvent aussi provenir des qualités techniques, du niveau de volonté d'engagement, d'énergie et de virtuosité, de souffle, de rigueur et d'inspiration. Avec les mêmes notes et le même instrument, le jeu musical peut relever du prêt-à-porter ou du sur mesure. Ou encore, de l'esprit, du cœur ou de la lettre.

Il en va de même pour la vérité, l'unité et la charité. Atteindre l'harmonie, dans tous les domaines, réclame toujours beaucoup d'efforts, de convictions, d'attentions aux autres, d'initiatives et de persévérance. L'unité est difficile. C'est un combat, une conquête permanente. Voyez l'unité du couple, de la famille, d'une communauté, de l'Eglise et des Eglises, sans oublier l'unité nationale.

Sur le plan œcuménique par exemple, dans les diverses Eglises chrétiennes, on trouve bonne volonté, encouragements, initiatives, vrais dialogues, mais aussi méfiance, freins, oppositions, refus, indifférence, paresse, manque d'assurance et de conviction et trop de passivité. Ce qui est vrai tant du côté des hiérarchies que du côté de la base. D'autre part, la majorité des chrétiens des diverses Eglises ne se rendent pas suffisamment compte de toutes les ouvertures existantes et des possibilités d'initiatives qui leur permettent d'oser, d'inventer, d'entreprendre légitimement, sans attendre de nouvelles directives ou de nouvelles permissions.

Nous manquons généralement de confiance et de dynamisme, d'esprit d'initiative et d'audace. Comme s'il suffisait d'attendre et d'obéir à ce qui vient d'en-haut, alors que même le code canonique stipule lui-même que le devoir des laïcs est parfois de donner aux pasteurs leur opinion, sur tout ce qui touche au bien de l'Eglise, et aussi de la faire connaître aux autres chrétiens. Il ne s'agit certes pas de tomber dans un faux "démocratisme", mais de mieux comprendre le sens doctrinal et pastoral de ce qu'on appelle le "sensus fidelium" qui constitue comme une sorte d'opinion publique dans l'Eglise. Ce qui touche également à cette culture du débat souvent réclamé.

Que faisons-nous donc de l'Esprit Saint, alors qu'il ne cesse de nous inspirer ? … Comme dans ce document œcuménique européen (2) qui répète que les Eglises attendent beaucoup des initiatives locales, où il y a tant de choses à mettre en œuvre, à stimuler et à inventer au service de l'unité. Cette Charte, qui n'a rien d'audacieux, ouvre des portes et invite à nous engager dans l'une ou l'autre proposition relevant du plan spirituel, liturgique, pastoral et social, éthique et écologique, etc. Laissons-nous donc inspirer, car il s'agit d'annoncer plus largement et d'incarner davantage la Bonne Nouvelle de l'Evangile. Notamment pour une Europe plus humaine et sociale.

(1) Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique (CMIREB)

(2) Charte œcuménique européenne, Strasbourg 22 avril 2001 - KEK-CCEE.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008