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03/02/2015

Homélie du 5e dimanche ordinaire B

Homélie du 5e dimanche ordinaire B

Jb 1-4, 6-7 ; 1 Co 9, 16-19, 22-23 ; Mc 1, 29-39

 Monsieur X. était un homme heureux. Il avait tout pour l'être. Une femme charmante et exemplaire, des enfants très sains, bien élevés, généreux et même studieux.

 Monsieur X. gérait des affaires en or. La famille ignorait les problèmes financiers, tout comme les ennuis de santé. Toute la maisonnée étant de surcroît très croyante et pratiquante, ce père de famille en concluait qu'ils étaient bénis de Dieu et recevaient la juste récompense de leurs vertus.

 Hélas ! un jour, dans le ciel bleu, survint une tempête. Crise économique, faillite, chômage. Les comptes en rouge et les dettes accablantes. Désespérée, Madame claque la porte, les enfants s'égaillent dans la nature, les créanciers s'abattent comme des vautours sur tout ce qui est encore à prendre. Monsieur X. sombre dans la dépression et collectionne les maladies. Sa foi bascule et sa prière se transforme en cris de reproche, de doute, de colère et même de désespoir… Et cependant, tout finira par une bénédiction et une restauration.

Ce cas n'est pas unique. Chacun de nous en connaît de semblables. Celui que je viens d'évoquer est vieux de cinq siècles avant Jésus-Christ. Il s'agit d'un conte philosophique, qui reste d'actualité. C'est le "Livre de Job", cet homme qui, en définitive, "a bien parlé de Dieu". L'ouvrage biblique consacré à Job est un livre existentiel, comme il en existe dans les autres cultures, pour répondre aux éternelles questions que pose la souffrance. Et surtout, ce problème lancinant et mystérieux de la souffrance de l'innocent et de la justice de Dieu. Une expérience humaine universelle, qui peut donc être la nôtre. Job, c'est l'être humain de tous les temps, "écrasé dans son corps, ravagé dans son âme, torturé dans son esprit", qui se demande : "Mais, qu'ai-je donc fait au Bon Dieu ?".

Nombre de livres de nos bibliothèques racontent des expériences semblables… C'est une mère de famille qui proteste, crie sa douleur et laisse éclater sa souffrance et son désespoir, parce que sa fille a été fauchée par la maladie de Creutzfeldt-Jacob, via une hormone de croissance frelatée… C'est le Père Talec, écrivain et prédicateur français, dont le corps est devenu, dit-il, "une machine à faire mal". Et cette maladie, longue, chronique et douloureuse, que Dieu permet et tolère, tout en restant impassible, il la ressent, dit-il, "comme une sorte de trahison". Il va même jusqu'à bâtir son ouvrage sur la trame d'un procès à Dieu et titre son ouvrage "Dieu mis en examen" (Bayard/Centurion). Il reprend d'ailleurs à son compte les cris de Job : "Seigneur, je hurle vers toi et tu ne réponds pas. Je me tiens devant toi et ton regard me transperce. Tu t'es changé en bourreau pour moi et de ta poigne tu me brimes"(Jb 30, 20-21). Pierre Talec nous raconte sa bataille contre la maladie, le combat de la foi, le drame de l'espérance, jusqu'à la conclusion, qui est appel à la sérénité…

Il n'est pas facile de parler d'un Dieu qui sauve et d'un Christ "qui guérit toutes sortes de maladies et chasse beaucoup d'esprits mauvais", comme dit l'Evangile. En fait, il n'y a pas de réponse. Le mal est un mystère.

Ce qui est vrai aussi, c'est que Jésus n'aime pas la maladie et la souffrance, mais il est plein d'attention pour ceux qui souffrent. Il n'est pas pour autant un faiseur de miracles, dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui. Jean les appelle toujours des signes. Ils ne sont pas à situer dans le monde du merveilleux. Ils sont avant tout des messages à traduire. Ils n'ont de sens que pour le croyant ou pour celui qui est disposé à croire. Quand Jésus va à la rencontre de ceux et celles qui souffrent, il les appelle à reconnaître que ce n'est pas lui seul qui guérit. Il y a aussi la foi qui anime ceux qui l'accueillent. "Va, ta foi t'a sauvé", redit souvent Jésus. Il prend la main, tout simplement, montrant ainsi, aux gens simples de son temps, que la maladie n'est pas une impureté rituelle, ni la punition imposée par Dieu pour payer une faute. Jésus libère de ce genre de carcan. C'est la foi qui sauve ! Le miracle est aussi en nous ! Et Jésus aujourd'hui continue encore à guérir les esprits, les cœurs et les corps. D'autant plus que l'être humain est "un", corps, âme, esprit. Il est même relié au cosmos, à la nature et à ses semblables. Un rayonnement spirituel intense, comme celui de Jésus, fait des merveilles. C'est un facteur de guérison.

Guérir, c'est aussi recréer des liens de qualité, car les bonnes relations sont guérissantes. Mais il est bon de se rappeler humblement que le Seigneur utilise aussi aujourd'hui la profession médicale et les médicaments pour guérir. Souvent, une guérison est progressive et s'accompagne d'un cheminement spirituel. Guérir, c'est aussi "assumer la maladie, se pardonner ce qui en a été la cause spirituelle, s'aimer suffisamment pour porter sur soi, et d'abord sur son corps, un nouveau regard". La guérison de la belle-mère de Pierre n'est pas un miracle, c'est un signe. Jésus est celui qui libère, surtout les cœurs et les esprits, ce qui n'est pas sans influence sur les corps. De plus, toute guérison opérée par Jésus a une portée symbolique. Elle renvoie à une réalité cachée. La paralysie, la cécité, la surdité, la lèpre, signifient que, spirituellement, le péché nous bloque, nous rend aveugles, sourds, impurs.

Plus largement, la foi nous apprend à discerner dans la souffrance et les épreuves un sens. La souffrance peut être une école qui conduit à la guérison de l'orgueil et à une vie nouvelle, imprégnée d'humilité. Toute épreuve est une invitation pressante à sortir de soi-même, à regarder au-delà, pour s'ouvrir aux autres et à celui qui est l'Autre.

Les Job de tous les temps en témoignent. Les épreuves assumées peuvent rendre le cœur compatissant et transformer l'éprouvé lui-même en artisan de guérison. Nous avons tous, comme Jésus, à lutter "corps et âme contre le mal et la souffrance". Et nous pouvons répéter et réinventer les paroles, les initiatives et les gestes de celui qui est toujours Bonne Nouvelle. Nous serons aussi Bonne Nouvelle… et la Parole de Dieu est toujours guérissante.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008