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11/05/2015

Homélie de l'Ascension, B

Homélie de la fête de l'Ascension, B

Ac 1, 1-11 ; Ep 4, 1-13 ; Mc 16, 15-20

Plus qu'une autre fête, l'Ascension invite à une purification de notre imagination. Cet événement n'est pas simplement exceptionnel, mais une vérité de foi, accessible seulement à la Foi, et que chacun peut vérifier par son expérience spirituelle personnelle, comme l'ont fait les apôtres.

Il y a un message évangélique et un langage dans lequel il est enveloppé. Il ne faut pas confondre les deux. Dans le langage évangélique, il y a beaucoup d'images et de symboles. Pour traduire l'intraduisible, les auteurs font volontiers appel au merveilleux. Ce n'est pas de la naïveté, c'est un procédé oriental. Notre formation d'esprit nous fait attacher beaucoup plus d'importance à un fait qu'à son sens. Pour les auteurs évangéliques, c'est exactement le contraire, et c'est pour cela qu'ils n'hésitent pas à assouplir les faits pour qu'ils soient plus vrais que l'histoire, pour que leur signification religieuse éclate aux yeux du lecteur.

Quand, à la mort du Christ, on parle de tremblement de terre, d'éclipse, de morts qui se promènent à Jérusalem, c'est d'abord la façon de traduire la grande importance d'un événement, plutôt qu'une relation objective des faits qui auraient pu être enregistrés par une caméra. Les images peuvent d'ailleurs être déformantes, quand on les prend trop à la lettre.

A première vue, l'Ascension paraît un départ, un éloignement du Christ, comme si la lumière du Christ ne brillait plus parmi nous, comme s'il nous laissait orphelins, comme si Jésus était absent, alors qu'il a dit et promis exactement le contraire.

Or, si nous dépassons le langage pour découvrir le message, nous constatons que l'Ascension n'est pas un départ mais, au contraire, une intensification de présence, d'une autre manière. Il disparaît physiquement d'un endroit bien limité et bien déterminé pour que nous puissions retrouver partout sa présence spirituelle.

C'est à partir de ce départ, de cette disparition physique, que les apôtres s'en allèrent prêcher partout et, ajoute Marc, le Seigneur travaillait avec eux et appuyait leur prédication par des signes souvent merveilleux qui l'accompagnaient.

Saint Augustin traduisait ainsi l'Ascension : Le Christ parvenu là-haut reste encore avec nous, tout en restant ici-bas, nous sommes déjà avec lui.

Mais quand on parle de "là-haut" et d'"ici-bas", il ne s'agit pas tellement de lieu, mais de manière d'être et de manière de vivre. Là-haut, c'est la façon d'être et de vivre selon les mœurs de Dieu. Ici-bas, c'est notre façon charnelle d'être et de vivre. C'est dans ce sens que le ciel désigne le séjour de Dieu et la terre désignera toujours le séjour de l'être humain.

Quand on dit que Jésus est descendu du ciel sur la terre, puis a quitté la terre pour monter au ciel, c'est pour supprimer une distance. Autrement dit, le Christ a inauguré sur la terre une manière divine de se conduire.

Célébrer l'Ascension, c'est dire en une image qu'il est assis à la droite du Père, c'est affirmer qu'il est toujours vivant et qu'il participe à la vie même de Dieu, qu'il est glorifié en Dieu et que nous sommes, nous aussi, appelés à être glorifiés par le créateur et à participer à la vie de Dieu.

Il ne s'agit donc pas de rester à regarder vers le ciel en attendant qu'il revienne. Il faut poursuivre son œuvre.

Imaginez les apôtres, désemparés, prêts à reprendre leur vie d'avant la rencontre, et qui découvrent enfin que Jésus reste avec eux, avec un autre mode de vie, qui les rend, eux, beaucoup plus responsables de la mission de Jésus. Elle n'est pas finie, elle doit être poursuivie. C'est le temps de l'Eglise, celui de la mission… Nous sommes aussi tentés d'attendre. Il faut montrer le chemin.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 1925 - 2008