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06/01/2015

Homélie du Baptême du Seigneur, année B

Homélie du Baptême du Seigneur, B

Is 55, 1-11 ; 1 Jn 5, 1-9 ; Mc 1, 7-11

Au cours d'un reportage, en Grèce, dans un monastère de nonnes orthodoxes, j'ai rencontré une jeune novice française. D'origine catholique, elle était devenue orthodoxe. Et elle me disait avec une évidente ferveur : "J'ai obtenu d'être rebaptisée, c'est ici que j'ai reçu le vrai baptême" ! Enormité théologique, spirituelle et pastorale, tant pour l'enseignement catholique que pour l'enseignement orthodoxe. Il n'y a, en effet, qu' "Un seul Seigneur, une seule Foi, un seul Baptême" (Eph 4, 5).

De leur côté, les fondamentalistes baptistes, appelés souvent anabaptistes, font un malheur aux Etats-Unis et en Amérique latine. Ils rebaptisent à tour de bras catholiques et protestants. En Alabama, ils ont même publié une étude qui comptabilise les âmes perdues, Etat par Etat. C'est ce qui arrive quand les rites extérieurs se coupent des réalités spirituelles intérieures.

Des problèmes un peu similaires se sont manifestés dans le judaïsme à propos de la circoncision rituelle, dont le sens spirituel était dévalorisé. C'est l'une des raisons pour laquelle certaines communautés juives, moins de deux siècles avant Jésus Christ, introduisent le rite de l'immersion comme signe de changement de vie, un baptême de conversion, ayant donc des implications morales, comme on le voit dans le baptême de Jean et dans les questions posées par ceux et celles qui viennent se faire baptiser : "Que devons-nous faire ?"

Nous avons hérité de ce baptême d'eau, qui est un signe de conversion, du passage d'un genre de vie qui nous conduit à la mort, à un autre, qui conduit à la véritable vie. Comme disait S. Cyrille de Jérusalem : "Quand vous êtes immergés dans l'eau, vous mourez et vous naissez. Cette eau salutaire était pour vous à la fois une sépulture et une maman". Un ensevelissement et un enfantement.

Autrement dit, dans tout véritable baptême, quelque chose meurt en nous, nous dirons "le vieil homme", afin qu'autre chose se mette à vivre, nous dirons "l'homme nouveau". Mais il faut évidemment y consentir. Comme l'écrivait S. Pierre, le baptême, "ce n'est pas être purifié de souillures extérieures, mais s'engager envers Dieu avec une conscience droite" (2 P 3, 21).

Cependant, le baptême chrétien se fait dans l'eau et dans l'Esprit Saint. Pour l'Ecriture, l'eau, qui est source de fécondité et de vie, est également le symbole de l'Esprit. Etre immergé dans l'eau, c'est être plongé dans une réalité spirituelle, dans une vie nouvelle animée par l'Esprit. Une vie selon l'Esprit de Jésus ou dans l'Esprit de Jésus. Dans le récit évangélique, la colombe, signe de l'Esprit, témoigne que Jésus est le Fils de Dieu. De même, dans le baptême chrétien, nous devenons fils ou filles bien-aimés de Dieu. Et, comme Jésus, nous sommes envoyés en mission.

Le baptême est à la fois un attachement et un engagement constamment renouvelés. On n'est pas chrétien une fois pour toutes, on le devient chaque jour, et idéalement, de plus en plus. La foi est un germe et un levain soumis à la loi du développement, du progrès et de la liberté. "Parce que vous êtes baptisés, soyez des imitateurs du Christ, comme lui est l'imitateur du Père", disait S. Ignace d'Antioche. Le baptême ne fournit donc pas une carte d'identité ou un passeport. Il est porteur d'une responsabilité à assumer, un engagement à vivre selon l'Esprit, pour faire un seul Corps, l'Eglise, qui puisse, elle aussi, vivre de l'Esprit du Christ et dans l'Esprit du Christ.

Ce qui veut dire encore que tout baptisé doit faire de l'Evangile sa nourriture, pour apprendre de la bouche même de Jésus comment vivre de cet Esprit et en témoigner.

Par ailleurs, et depuis quelques dizaines d'années, on parle d'un deuxième baptême "dans l'Esprit Saint". C'est une particularité de la tradition protestante pentecôtiste, où il existe un deuxième baptême qui, dit-on, se manifeste visiblement par le don des langues ou le parler en langues. Or, ce vocabulaire a été repris dans l'Eglise catholique par le mouvement charismatique, appelé aussi le Renouveau. Dès lors, pour éviter toute ambiguïté et toute confusion, on parlera chez nous de l'"effusion de l'Esprit", expression tirée des Actes des Apôtres.

L'effusion n'est pas un second baptême, mais comme un renouvellement ou une réactualisation de la grâce du baptême et de la confirmation. C'est une expérience spirituelle, une maturation de la foi, une prise de conscience qui peut faire changer quelque chose dans ma vie. Par exemple, améliorer ou intensifier mes relations avec Dieu dans la prière ou mes relations avec les autres, me rendre plus conscient d'une faute ou d'un don reçu… L'inspiration d'un pardon, d'une réconciliation, d'une conversion… Une meilleure compréhension de l'Evangile…

Cette "effusion de l'Esprit" peut aussi être demandée à l'occasion d'un engagement ou d'une mission à remplir dans l'Eglise, un service dans l'Eglise locale, etc. Il s'agit avant tout "d'une prière de la communauté fraternelle". Ce qui relève du "sacerdoce commun des fidèles". De toute manière, ce n'est pas un deuxième sacrement ou un deuxième baptême. Ce n'est pas non plus le seul moyen d'être ouvert à l'Esprit, ou d'être renouvelé par son souffle. En effet, il faut toujours le répéter, l'Esprit n'est prisonnier de rien ni de personne, doctrines ou Eglises. Il souffle où il veut et quand il veut. Mais c'est à chacun de l'accueillir.

P. Fabien Deleclos, franciscain, (T)