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11/03/2014

Homélie du 2e dimanche de carême A

homélie du 2e dimanche de carême, A

Homélie 2e dimanche de carême A

Gn 12, 1-4a ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9

En introduction à la liturgie de ce dimanche, le psaume 26 (8-9) nous invite à dire du fond du cœur : " Je cherche ton visage. Ton visage, Seigneur, je le cherche… ".

Savez-vous qu’Abraham a cherché Dieu ? Il a même proclamé son credo avec ses pieds. C’est en marchant qu’il a cru… Et ce n’est pas une simple boutade… parce que la foi, comme la Vérité, n’est pas un point fixe, immobile et immuable, c’est un chemin à parcourir. La foi a une histoire. Elle a sa croissance et son développement. Elle a même, a-t-on écrit, " son âge bête et son âge ingrat. Elle a ses boutons et autres maladies infantiles. Elle a ses jeux d’enfants, ses plaisanteries gamines et même douteuses… Toujours en recherche d’elle-même, elle ne tient pas en place ".

C’est pourquoi, la Bible n’est pas un traité savant, ni une doctrine proclamée de toute éternité. C’est une histoire sainte, mais totalement humaine, tapissée de roses et d’épines, de merveilles et d’horreurs. Jésus y est présent. Il s’y définit comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Trois synonymes de mouvement. C’est pourquoi Abraham est considéré comme le père et le modèle des croyants. Un nomade, pèlerin, immigré, qui a connu les tâtonnements dans l’obscurité et l’incertitude quotidienne. De grands moments de joie quand il pouvait planter sa tente. Puis, le déchirement d’un nouveau départ pour d’autres haltes rafraîchissantes et d’autres ruptures crucifiantes.

Le chrétien, lui aussi, est un pèlerin, un éternel voyageur. Le temps du carême est le symbole de cette aventure, celle du peuple hébreu et la nôtre… De quoi s’agit-il ? De s’arracher au passé et de se tourner vers l’avenir. L’avenir, c’est la terre promise et la résurrection. Entre les deux, les risques de la Passion… Le programme ?, c’est d’écouter et de se détacher, de jeûner et de se nourrir de la Parole.

Le livre de la Genèse nous a présenté la foi comme un don, une initiative constante. Celle de Dieu et la nôtre. Car il nous appartient de l’accueillir, d’accorder un crédit à la Parole de Vie. Dieu est présenté comme un Dieu qui parle. A tel point que son Verbe, sa Parole, est incarnée en Jésus Christ… Et que le Père nous répète encore aujourd’hui comme aux disciples d’hier : " Ecoutez-le ". Le christianisme est moins une religion du Livre qu’une religion du Verbe, c’est-à-dire de la Parole à manger, à ruminer, à digérer.

La foi n’est pas pour autant un saut dans l’absurde, mais dans la confiance, c’est-à-dire dans une relation, dans une Alliance de partenaires. La foi n’est pas uniquement une affaire de cœur. Elle est tout autant une affaire de raison. " Je sais pourquoi je crois ". Le livre de la foi des évêques de Belgique, par exemple, publié en 1987, était une invitation à " mieux savoir ce que l’on croit ".

Ainsi, l’aventure d’Abraham nous apprend que la foi est l’acte de liberté par excellence. Je fais crédit à Dieu. Je lui offre une adhésion libre. " Pars de ton pays… Et Abraham partit ". La foi est une expérience de dépouillement, de pauvreté. Une libération qui transforme l’existence.

Pour Abraham, pour le peuple hébreu, pour les disciples de Jésus, comme pour nous-mêmes, la route de la foi est souvent inconfortable. Les détours y sont nombreux. Les surprises aussi. On est souvent obligé de changer de vitesse pour ne pas faire caler le moteur. Comme les apôtres, il nous arrive de proclamer solennellement notre foi, de la chanter, de l’applaudir. De reconnaître Jésus comme Messie et Parole de Dieu. Et cependant, presque aussitôt, nous pouvons être choqués, voire même révoltés par certaines conversions qu’il nous demande, et par les risques qu’elles entraînent.

Quand Jésus évoque contradictions, épreuves et possibilités de mort violente, Pierre proteste (Mt 16, 21-23). Nous aussi. Ce que l’on qualifie de " transfiguration " se déroule dans ce contexte de doutes et de peurs. Pour ces hommes désemparés et déstabilisés, l’aura d’amour transfigurant Jésus est venue comme le plus puissant des réconforts.

Avant d’être témoin d’un Christ défiguré, ils l’ont contemplé quelques instants transfiguré. Les témoins de la gloire sur la montagne, c’est-à-dire le rayonnement de la richesse intérieure de Jésus, seront peu de temps après témoins de sa faiblesse au jardin des Oliviers. On peut donc parler d’un instant de paradis et de réconfort. Non pas pour s’installer, mais pour pouvoir continuer. Après l’extase, il faut redescendre dans la plaine, où l’important est d’écouter Jésus, pour réaliser ce qu’il dit.

Nous pouvons, nous aussi, avoir dans notre vie des instants de transfiguration, le sentiment fugitif que Dieu est évident. Des instants où rien ne fait vraiment problème. Où quelque chose, brusquement, nous donne des ailes… Et puis, tout à coup, nous voici vulnérables à toutes les objections, plongés dans le doute. Ce n’est plus l’éclat du soleil, mais la grisaille de la morne plaine. Le chemin ordinaire. Alors, l’essentiel, c’est de garder l’oreille et l’esprit grands ouverts à la Parole, au Verbe… et aussi de prier… " Tu nous a dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien aimé. Fais nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin : Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire "…. " Relevez-vous, dit le Seigneur, et n’ayez pas peur. Laissez-vous transfigurer ".

En somme, les vraies rencontres avec le Christ sont toujours des rencontres positives, capables de faire jaillir la flamme, même d’un tas de cendres.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

  1925 - 2008