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01/08/2017

TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

Dt 7,9-10, 13-14 ; 2 P 1. 16-19 ; Mt 17, 1-9

 

                Sans doute a-t-il fallu beaucoup d’humilité aux apôtres pour raconter leur expérience de la transfiguration. N’est-elle pas l’aveu d’un semi-échec, celui d’un aveuglement qui les a conduits au doute, au découragement et même au désespoir et à la trahison ? Quand Matthieu, Marc et Luc mettent par écrit leur enseignement, plusieurs dizaines d’années se sont écoulées. Ils sont dès lors devenus capables de découvrir et de donner le sens exact d’un évènement dont le message leur avait partiellement échappé au moment même.

 Ils avaient certes compris que Jésus méritait leur confiance totale, que Jésus prenait la relève de Moïse, le législateur, et que sa voix prophétique ne faisait qu’amplifier celle d’Elie. Les deux guides du peuple hébreu donnaient en quelque sorte leur caution. Le charpentier de Nazareth méritait d’être écouté. Il devait être entendu et suivi.

 Il faut saisir les moments de grâce qui jalonnent notre vie quotidienne. Ils ne sont pas pour autant des miracles ou des coups de baguette magique. Les expériences spirituelles ont leurs zones d’ombres et de mystères qui nous laissent hésitants. La clarté lumineuse de cette « vision » née de la foi, laisse intacte notre liberté, nos faiblesses et nos réticences. Même les apôtres contemplant le Seigneur et témoins journaliers de sa présence, de sa parole et de sa vie n’ont pas tout ni bien compris.

 Notre situation n’est  guère différente et nos chances de découvrir le Christ transfiguré ne sont guère moindre que celles des premiers disciples. Ce qu’ils nous livrent en toute franchise de leur expérience et de leurs découvertes spirituelles, de leur foi et de leur incrédulité, constitue une invitation à les suivre dans leur recherche passionnée de Dieu, comme à nous méfier de nos réactions trop intéressées ou trop craintives.

                La transfiguration n’est pas un miracle spectaculaire, un évènement exceptionnel, réservé à une poignée de privilégiés et qui serait soumis à l’adhésion de notre foi. Ceux qui fréquentent tant soit peu  la Bible savent que les expériences religieuses se traduisent et s’expliquent en termes convenus et que peuvent déchiffrer sans peine les initié, mais dérouter ceux qui ne le sont pas.

 Il y a transfiguration chaque fois que nous découvrons la présence et l’action de Dieu dans les personnes et les évènements. Chaque fois que nous percevons au-delà des apparences et du brouillard la vérité profonde des êtres et des choses. Il est des moments de grâce où nous voyons comme dans un éclair une vérité lumineuse, une route éclairée, la réponse limpide à nos interrogations… Et nous voudrions intensément que ces moments de paradis se prolongent… Nous étions « montés », mais il  nous faut redescendre. Nous avons vu et compris, mais il nous faut entreprendre. Nous avons été réconfortés et fortifiés, mais il faut reprendre le combat et retrouver l’obscurité.

 Pour découvrir le Christ dans la plénitude de ce qu’il est, il faut toujours se laisser conduire à l’écart de nos routes encombrées, du dédale de nos pistes sans issues. Il faut toujours gravir une « montagne », prendre quelque peu de distance et de hauteur, afin de mesurer à leur juste petitesse nos priorités, nos ambitions et nos soucis trop envahissants.

               C’est dans ce « là-haut » de notre univers intérieur que nous pouvons apprendre à écouter et à faire confiance en celui qui est la Parole même de Dieu, appel à rompre les amarres, point de départ d’une aventure dans l’inconnu de la foi.

 Encore faut-il ouvrir largement les yeux et les oreilles, l’esprit et le cœur, pour comprendre que les instants de grâce n’invitent pas à « planter sa tente » en terre de paradis. L’avant-goût du définitif est fugace. Longue est la route qu’il reste à parcourir et nombreux les carrefours où les souffrances et les épreuves croiseront notre chemin. C’est faute de l’avoir saisi que les disciples ont faibli à l’heure de l’ultime combat.

Chaque dimanche, le Seigneur nous rassemble autour de lui pour se révéler à nous, nous inonder de sa lumière et fortifier notre espérance. Transfigurés à notre tour, nous pourrons le rejoindre avec détermination sur le rude chantier du monde, pour rayonner et « accomplir sa Parole ».

  1. Fabien Deleclos, franciscain (T)

                 1925-2008

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