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24/11/2015

Homélie du 1er dimanche de l'Avent, année C

Homélie du 1er dimanche de l’Avent C

Jr 33, 14-16 ; 1 Thes 3, 12 – 4, 2 ; Lc 21, 25-36

Sainte et heureuse année… liturgique ! Elle s’ouvre en effet ce dimanche, premier jour de la semaine. Durant ce temps de réveil et d’espérance, qui nous conduit à Noël, nous serons mobilisés pour un véritable combat. L’objectif étant de préparer, même modestement, une terre nouvelle, plus juste et plus fraternelle. Autrement dit, la rendre plus humaine, et donc plus respectueuse et plus conforme à la volonté du Créateur, que nous appelons Dieu, notre Père. Nous serons d’ailleurs éclairés et guidés toute l’année par l’évangéliste Luc. Un païen converti, toujours très soucieux de l’actualité, et donc de l’incarnation de la Bonne Nouvelle dans la vie quotidienne. Mais notre marche et notre espérance doivent avoir par le fait même un goût de solidarité, comme nous y invitent chaque année les campagnes d'Avent, dont l'"Action Vivre Ensemble". Excellente occasion d’aider des femmes et des hommes en difficulté, de se remettre debout et de relever la tête.

Aujourd’hui, il n’est vraiment pas nécessaire d’ouvrir la Bible pour découvrir des images et des signes de cataclysmes, que l’on imagine, bien à tort, comme l’expression de la colère de Dieu. Il suffit de voir les nombreux drogués de films d’épouvantes et de catastrophes cosmiques. Pas nécessaire non plus d’évoquer un Dieu vengeur et juge impitoyable. Le vrai danger ne vient pas d'en haut mais d'en bas. Car ce sont des causes humaines qui les provoquent. Les guerres, par exemple. Ou les épidémies, famines, trafics d'êtres humains, et toutes les sortes de pollutions, qui menacent l’avenir de la planète. Nous en sommes peut-être des témoins effrayés et des victimes résignées, mais aussi des acteurs inavoués. Or, il existe des remèdes pour empêcher le pire. Certains dépendent de nous, car il y a des comportements et des habitudes à modifier, toutes sortes d’égoïsmes à convertir.

Luc n'est pas très rassurant. C’est vrai. Cependant, le scénario catastrophe de l’Evangile n’est pas là pour nous faire peur. Il veut d’abord dire la fin du monde comme on le faisait au temps de Jésus, et bien des siècles avant lui. Dans le langage juridique de l’Ancien Testament, il y a une tradition de littérature dite apocalyptique, qui utilise un jeu d’images souvent effrayantes à partir de certains faits réels. Ces clichés stéréotypés sont devenus conventionnels et populaires…

Il y a aussi un côté positif. Ces images sont utilisées pour manifester le triomphe de Dieu du Bien sur le mal. Ce qui est une bonne nouvelle, bien faite pour nourrir l’espérance.

C’est ce que nous apprend le livre de Jérémie. Son peuple était très fidèle aux dix paroles de sagesse que sont les commandements. Et voici que maintenant, ses concitoyens ne jurent plus que par l’or et l’argent, les bénéfices, les propriétés, les plaisirs, les succès. Prophètes et prédicateurs ne sont plus écoutés… le début d’une décadence. Le pays sera envahi par les troupes babyloniennes. Jérusalem réduite en ruines. Jérémie y verra un châtiment de Dieu pour cause de rupture de l’Alliance. Une trahison. Mais Dieu n’a pas besoin d’intervenir, car le règne de l’égoïsme conduit toujours à des drames. Le prophète finira évidemment en prison. Mais il pressent qu’un jour quelqu’un viendra rétablir le droit et la justice… En attendant, chacun doit concrètement y mettre du sien : balayer devant sa porte, rectifier sa conduite, renouveler son alliance avec Dieu, de manière à instaurer un autre genre de vie et faire naître peu à peu un autre monde. Non plus celui d’un égoïsme aveugle, mais un monde d’amour, de justice et de paix. C’est encore vrai aujourd’hui.

Voyez aussi au temps de Paul. Les premières communautés chrétiennes aspiraient avec impatience, mais très passivement et surtout naïvement, au retour imminent du Christ. Chacun étant persuadé qu’il vivrait assez longtemps pour l’accueillir. Paul, comme Jérémie, va les inviter, non pas à rêver, mais plutôt à progresser dans le bien. C’est d’abord à eux de bâtir patiemment un monde nouveau. D’autant plus que rien n’est prédit pour la période finale de l’Histoire.

Par contre, nous n’avons pas à nous étonner d’entendre Jésus utiliser les images populaires de son temps pour évoquer son propre retour. C’est-à-dire, en premier lieu, chaque fois qu’il vient d’une manière ou d’une autre, au cœur de notre quotidien. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une fin du monde ou de la destruction du monde, mais d’abord de la fin d’un certain monde, pour en bâtir un meilleur. Une mission qui est confiée à chaque génération chrétienne. Jésus ne nous invite pas à trembler, mais à l’écouter, à le fréquenter, à rester vigilants. Et donc, à ne pas nous laisser droguer par les tourbillons de la vie ou l’excès de préoccupations matérialistes, égoïstes et purement temporelles. Et surtout, à ne pas faire taire le cri des pauvres, des étrangers, des victimes de nos égoïsmes et de nos violences.

Il ne s’agit pas d’attendre passivement, nous dirait encore Paul aujourd’hui, ni d’imaginer la fin ultime du monde ou des mondes. Faisons d’abord des progrès là où nous sommes, dans notre famille, notre quartier, notre lieu de vie et de travail. Des progrès de quoi ? Le Dieu de Jésus Christ n’est-il pas "tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour" ? Voilà matière à composer un excellent programme pour l’Avent. Car, attendre le Christ, c’est déjà le concevoir dans la fidélité à l’Evangile et l’engendrer dans le dynamisme de la charité, de la solidarité et de la justice. L’urgence et l’essentiel, c’est de bâtir avec le Christ un monde plus humain, et donc plus solidaire. De grâce, n’attendons pas demain !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008