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26/05/2015

Homélie de la Sainte Trinité, B

Homélie de la Sainte Trinité, B

Dt 4, 32-34, 39-40 ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20

Si vous participez un jour à un concours radiophonique ou télévisuel, par exemple "Questions pour un champion", vous serez peut-être confrontés à cette question : Qui, et dans quel livre de la Bible, a fait mention pour la première fois de la Trinité ? Retenez bien la réponse : le mot "Trinité" ne figure pas dans la Bible, ni dans le premier ni dans le second Testament. Il s'agit d'une formule théologique, nous pourrions dire technique, abstraite, qui n'est apparue qu'au IIe siècle et n'a été fixée qu'au IVe siècle, lors des conciles de Nicée et Constantinople.

Il s'agit donc bien d'une formule qui exprime, à sa façon, le mystère d'un seul Dieu en trois personnes. Ce qui correspond, d'une certaine manière, sur un plan matériel, à la formule H²O, symbole chimique qui révèle le "mystère" de l'eau. Or l'important, c'est d'expérimenter le goût et la fraîcheur de l'eau qui apaise la soif, de découvrir ses bienfaits thérapeutiques quand je vais nager, l'eau encore qui sauve la vie quand on est perdu dans le désert. On peut contempler la mer, mais on ne va pas fondre d'admiration devant H²O.

"Un seul Dieu en trois personnes" est aussi une sorte de formule de type philosophico-théologique, mais il n'a pas fallu attendre cette trouvaille expressive pour que des croyants découvrent peu à peu et comprennent que Dieu n'est pas une réalité lointaine, inaccessible, ni un maître impitoyable ou un juge sans cœur. La première lecture, du livre du Deutéronome, fait précisément écho à cette découverte progressive du vrai visage de Dieu. La dernière étape étant celle de Jésus de Nazareth, qui, lui, fera comprendre et témoignera que la nature même de l'être de Dieu, c'est l'amour absolu, ou l'absolu de l'amour. Ainsi, un chant liturgique nous dit que l'Esprit nous appelle à vivre de la vie même de Dieu, et il nous invite à croire au bel amour de Dieu, pour que nous puissions dès lors accomplir les œuvres du Père, qui sont des œuvres d'amour, de pardon et de miséricorde.

Si l'on parle de Trinité, c'est parce que Jésus a parlé de Dieu comme son Père, qu'il s'est dit son Fils et qu'il a promis à ses disciples le don de l'Esprit Saint, qui sera à la fois son continuateur et le révélateur du Père. Autrement dit, il n'y a pas d'amour possible sans communication, sans relation réussie… Au commencement était, non pas le tohu-bohu, mais la relation. Si l'amour est la vie de Dieu, l'être même de Dieu, on peut dire qu'il est le mystère de la parfaite relation, de la communion plénière, c'est-à-dire un éternel et parfait échange de don et d'accueil. Au commencement était l'amour.

Or, nous dit la Bible, nous sommes créés comme à l'image et à la ressemblance de Dieu, et donc, nous aussi, faits pour vivre cet échange de don et d'accueil, de partage et de communion. Au-delà de la formule abstraite, Trinité veut dire que Dieu (Père, Fils et Esprit) nous apprend la vraie nature des relations donc nous avons fondamentalement tous faim et soif. Une spécialiste des soins palliatifs pour enfants ne déclarait-elle pas qu'"Un bébé de trois mois, aveugle et sourd, reste un être de relations". Comme l'écrivait par ailleurs le mystique Maurice Zundel : "L'homme ne devient vraiment homme que dans l'échange et le don". Ainsi, quand nous célébrons un Dieu communion, un Dieu relation, nous apprenons de lui l'ouverture à l'autre et le partage, le respect mutuel et l'esprit de service, qui peut aller jusqu'au don total de soi-même.

Avec l'évangile, nous voyons les apôtres invités à faire partager avec d'autres la Bonne Nouvelle et l'expérience qu'ils en ont faite, en se laissant entraîner par Jésus de Nazareth. Il ne s'agit donc plus de rester entre eux ni de rester entre Juifs, mais de faire des disciples et permettre à n'importe qui, n'importe où dans le monde, de rencontrer Jésus-Christ comme eux-mêmes ont pu le rencontrer. Ils sont ainsi envoyés pour baptiser au nom d'un Dieu d'amour, Père, Fils et Esprit, qui ne font qu'un. Il ne s'agit pas pour autant d'une simple question d'eau, mais d'abord et surtout d'esprit. Il ne s'agit pas d'un simple rite à efficacité magique, ni d'une adhésion à des idées, mais d'une conversion concrète et d'une participation à l'expérience évangélique, qui devient à son tour le témoignage quotidien d'une vie conforme à l'Evangile. C'est pourquoi les disciples devront apprendre aux baptisés à garder les commandements que Jésus a prescrits et qu'il a résumés en un seul. Un commandement qui englobe l'essentiel de sa prédication.

Ainsi, devenir chrétien, c'est entrer dans un courant de vie, un courant d'amour, semblable à l'échange et à la circulation d'amour infini, qui va du Père au Fils, du Fils au Père, par l'Esprit. C'est d'ailleurs ce qui est exprimé, mieux que par une formule, par la célèbre icône d'Andréï Roublov, où l'attitude, les gestes et les regards des personnages suggèrent que, dans l'amour, rien n'est dû, tout est gratuit, rien n'est gardé, tout est transparent et livré à l'autre. Chacune des personnes trouvant sa raison d'être et son bonheur dans le don total de son être à l'autre.

Tout le monde ne peut pas créer des œuvres d'art, ni écrire des poèmes. C'est pourquoi l'Eglise propose constamment aux chrétiens l'occasion d'évoquer le Père, le Fils et l'Esprit. On retrouve ce signe au baptême. On se signe avant ou après une prière. On signe quelqu'un pour le bénir. On signe par une onction ceux et celles qui sont malades. Un signe qui devient comme "la signature de son propriétaire", une trace de la Trinité. Et si l'on fait le signe de la croix, c'est bien pour montrer que l'amour et la communion parfaite sont capables d'aller jusqu'au don de la vie. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. N'oublions cependant pas que la vie ne se donne pas, habituellement, d'un seul coup, mais le plus souvent goutte à goutte, jour après jour. D'ailleurs, comme le disait un humoriste : "Evidemment, j'aime Dieu. Mais c'est le prochain qui fait problème".

P. Fabien Deleclos, franciscain, (T)

1925 - 2008