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28/04/2015

Homélie du 5e dimanche de Pâques B

Homélie du 5e dimanche de Pâques B

Ac 9, 26-31 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8

Lorsqu'il s'agit d'être bien de son temps, d'être moderne, mais pas seulement dans le domaine vestimentaire, on dira aujourd'hui "être ou ne pas être tendance". Jadis on disait "être branché", mais l'expression est encore utilisée. On parle ainsi d'un bar branché, d'une jeunesse branchée ou d'un look branché. Cette expression souligne aussi le grand intérêt. "Aujourd'hui, écrivait un fan de musique, je suis branché concerts". Et nous sommes de plus en plus nombreux à être branchés sur internet.

L'Evangile, lui aussi, nous invite instamment à être branchés, non pas sur une mode ou sur la dernière technologie, mais sur le Christ. Exactement comme un sarment est branché sur la vigne, pour qu'il puisse être nourri de la sève et être dès lors capable de porter du fruit. "Moi, je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron", disait Jésus avant de mourir. Une parole testamentaire. Donc doublement sacrée. "De même, moi je suis la vigne et vous, les sarments". Pas besoin d'être viticulteur ni œnologue patenté pour comprendre ces symboles, d'autant plus que Jésus en fait lui-même le commentaire. Jean y ajoute le grain de sel de sa propre expérience et Luc, dans les Actes des Apôtres, nous a fourni une sorte d'application concrète, puisée dans l'actualité de l'Eglise naissante.

Avec l'évangile, nous sommes à la dernière Cène, après ce lavement des pieds que Jean est seul à raconter. Un lavement des pieds qui s'est bien passé au cours d'un repas, mais il ne dit pas un mot du repas lui-même. Il ne raconte pas l'institution de l'eucharistie. Il utilise d'autres signes, familiers aux gens de l'époque. La vigne, c'est le peuple d'Israël. Et Dieu est le vigneron. C'est lui qui l'entoure de soins, qui la protège, qui l'arrose, qui la garde, qui la taille. Et il en espère du fruit, des raisins de qualité et donc aussi du bon vin. La vigne étant l'image privilégiée de l'alliance entre Dieu et Israël. Mais le vigneron a souvent des occasions de se plaindre. Comme l'écrit Isaïe : "Il en attendait la justice et il ne trouve que le cri des malheureux." Le peuple n'a pas eu confiance, il s'est laissé entraîner sur de fausses pistes. D'où, au cours des siècles, la promesse d'une alliance renouvelée, purifiée. Voilà ce que Jésus annonce. "Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous...". Pour être branché, il faut donc constamment être imprégné de ses paroles, de la Parole. Pour croître et porter du fruit, il est indispensable de rester attaché à la vigne.

Car il y a un cycle de la sève, un cycle de l'amour. Et sans sève, les branches deviennent du bois mort. Le cycle va du Père au Fils, du Fils aux êtres humains, puis des humains entre eux. Le mot clé est bien "être branché", "demeurer", s'accrocher solidement, quelles que soient les circonstances , les fluctuations, les situations, les difficultés. C'est-à-dire persévérer, ne jamais perdre le contact. L'essentiel étant de s'aimer les uns les autres, ce qui résume tous les commandements. Mais Jean précise bien dans sa lettre :"Non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité". C'est ainsi que l'on appartient à La Vérité, c'est-à-dire cette vérité unique et essentielle que Dieu est Amour.

Et si Jean a remplacé le récit de l'institution de l'eucharistie par celui du lavement des pieds, c'est parce que "Le commandement de Dieu, le voici : lavez-vous les pieds mutuellement. C'est à cela que tous vous reconnaîtront pour mes disciples." Ce qui est finalement plus expressif, plus concret que la formule très générale : "Aimez-vous les uns les autres…".

Car Dieu ne nous demande pas de ressentir de l'affection, de l'amitié, de l'amour pour tout le monde, mais bien d'agir, c'est-à-dire être capables de nous mettre au service les uns des autres, selon le don que chacun a reçu. Pour qu'ainsi l'amour de Dieu puisse se servir de nos paroles, de nos bras, de nos initiatives. C'est alors et alors seulement, que nos prières et nos rites seront en harmonie avec la volonté de Dieu, qui, lui, n'est qu'Amour… Et chacun sait qu'un témoignage vaut mieux que tous les discours. En définitive, si pas de service des frères et sœurs humains, alors pas de foi en Christ non plus.

De plus, pour que le sarment branché puisse donner du fruit, il doit être également nettoyé, émondé, débarrassé des rejets nuisibles et des plantes parasites. Tout ce qui peut gêner la montée de la sève. Or, pour les sarments que nous sommes, les parasites peuvent être, par exemple, l'ignorance religieuse qu'on ne cherche pas à dissiper, à éclairer, et qui risque de nous maintenir prisonniers de fausses certitudes. Il y a aussi la peur de tout ce qui bouge, de tout ce qui change, qui s'ouvre, se transforme et se développe. Ainsi Paul, le persécuteur converti, a choqué et troublé les Juifs devenus chrétiens, quand il a voulu ouvrir la jeune Eglise au monde païen et même baptiser des incirconcis. Ce qui était tout à fait contraire aux traditions de leur enfance. Mais, hier comme aujourd'hui, lorsque la plus belle et la plus sainte des traditions n'est pas entretenue et nourrie par une sève constamment nouvelle et fraîche, qui lui assure un ressourcement permanent, elle se sclérose, elle ne porte pas de fruits, elle devient une branche stérile et morte, qu'il faut finalement couper sous peine de mettre en péril et la récolte et l'arbre tout entier.

Pas de sève sans être branché sur le tronc. Pas de fruit si les sarments ne sont pas taillés. Or, l'Evangile est une rude école d'émondage, il nous désencombre de tous les superflus paralysants. "Déjà, disait Jésus à ses disciples, vous êtes émondés par la Parole que je vous ai dite". Et nous devons être émondés pour que notre vie devienne vraiment eucharistie.

En bref, la question est donc bien de savoir si nous sommes branchés… sur le Christ.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008