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24/06/2014

Homélie de la fête des S. Pierre et Paul

Homélie de la fête des S. Pierre et Paul

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8, 17-18 ; Mt 16, 13-19

Des trois textes que nous venons d'entendre, il y a cinq lignes que nous avons certainement retenues parce que nous les connaissons bien depuis notre enfance : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du Royaume des cieux…".

Comme nous sommes aisément obsédés par des idées ou des besoins de pouvoir et de domination, nous voyons aussitôt Pierre, et donc ses successeurs, comme chefs puissants, détenteurs d'une autorité divine. L'Eglise serait comme un corps d'armée. Le Pape étant le commandant suprême ; les évêques des commandants de régiments ; et les prêtres, sans doute des adjudants. Tout en bas, la troupe disciplinée et soumise. Et, à tous les niveaux, il suffit d'obéir, le petit doigt à la couture du pantalon, pour exécuter les ordres.

Mais, précisément, l'Eglise, ce n'est pas cela du tout. Ni de loin, ni de près. Pas plus qu'elle n'est démocratie; avec une majorité qui détient le pouvoir et une minorité qui forme l'opposition. L'évangile ignore ce vocabulaire et ces conceptions militaires ou politiques. Jésus n'a cessé de démythifier le pouvoir humain. Il parle de service et de serviteurs, de corps vivant et de communion. Mais c'est nettement plus difficile à comprendre et à réaliser… La preuve…

Pendant des siècles, l'Eglise occidentale s'est organisée sur un modèle de type monarchique et autoritaire. Il a fallu le concile Vatican II pour tenter de revenir à des perspectives moins politiques, plus bibliques, plus spirituelles… Autorité de service, Eglise, corps du Christ, un corps hiérarchisé, mais défini à partir du peuple de Dieu et de la responsabilité collégiale des évêques, successeurs des apôtres… Des apôtres égaux, tous colonnes de l'Eglise, tous représentant du Christ, même si l'un doit assurer la communion entre tous. Mais, comme l'a rappelé avec insistance le synode des évêques en 1986, nous sommes encore loin d'une véritable Eglise-communion, fondée sur la Sainte Ecriture et qui a été tenue en grand honneur dans l'Eglise antique et, jusqu'à nos jours, dans les Eglises orientales. C'est pourquoi, ajoute le document final, Vatican II s'est attaché à ce que l'Eglise soit, comme communion, plus clairement comprise et plus concrètement traduite dans la vie, à la base comme au sommet. Ce qui a sans doute poussé Jean Paul II à demander que soit réexaminée la manière d'exercer la papauté.

Cette perspective de communion force à lire et à comprendre bien des textes autrement… Tu es Pierre, je te donnerai les clés. Pierre (pas qu'un individu), c'est la figure de l'Eglise, expliquait S. Augustin dans l'homélie de la fête des deux apôtres, et ce n'est pas un homme seul, mais l'Eglise dans son unité qui a reçu les clés. C'est bien Pierre qui représente l'universalité et l'unité de l'Eglise, mais ces clés que Jésus lui confie, il les confie à tous. Une responsabilité et un service confiés. "Qui donc va lier, qui délier ? J'ose le dire, ces clés, nous les avons nous aussi. Et que dis-je ? Que c'est nous qui lions, nous qui délions".

Au-delà des grands principes et des réflexions théologiques, l'exemple très concret donné par Pierre et Paul permet de mieux comprendre le sens évangélique de l'autorité et celui de la liberté, le vrai sens de l'unité dans la diversité. Pierre et Paul, c'est, avec des nuances, la confrontation, la différence et même l'opposition entre deux extrêmes. Et cependant, qui s'harmonisent dans la communion.

Pierre, nous dit Luc dans les Actes, fait partie des "hommes sans instruction et des gens quelconques". Paul, c'est le génie pastoral et théologique, l'apôtre par excellence. L'un c'est la tradition, l'autre le progrès. La prudence d'un côté, l'audace de l'autre. Le regard vers le passé et les yeux tournés vers l'avenir. L'homme tenté par la rigidité et la sécurité de la lettre, et l'autre passionné par la souplesse et les risques de l'Esprit.

Paul s'est même opposé ouvertement à Pierre qui, finalement, lui a donné raison. Et Paul a secoué le premier concile de Jérusalem. Il s'est même empressé de dépasser ses conclusions. Tous deux ont manifesté leur courage dans la foi et leur fidélité à la mission, jusqu'au don de leur vie. Nous devrions nous imposer la lecture des Actes des apôtres comme devoir de vacances…

En ces deux hommes si différents, l'Eglise reconnaît combien elle-même ne peut qu'être tiraillée par l'ancien et le nouveau, la prudence et l'urgence, mais toujours pour que naisse l'unité qui, elle, sera toujours au-delà des modèles humains.

C'est pourquoi l'Eglise ne peut mener son aventure à bien si elle n'est à la fois fondée sur Pierre et sur Paul, sur le centripète et le centrifuge, sur les richesses du passé et les nouveautés qu'il nous faut constamment découvrir et accueillir.

Tout cela se vit et s'expérimente au niveau de chaque cellule d'Eglise, qu'elle soit diocèse, communauté locale ou religieuse, ou tout simplement famille. C'est sur le Christ que l'Eglise est d'abord bâtie. Et on la bâtit avec des pierres vivantes. Nous sommes ces pierres de chair et de sang. Et l'eucharistie doit être un véritable chantier de construction pour bâtir l'unité, avec la richesse des diversités, l'esprit de participation et de collaboration à tous les niveaux.

Nous avons beaucoup à apprendre de Pierre et de Paul.

P. Fabien Deleclos, franciscain