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25/03/2014

homélie du 4e dimanche de carême, A

Homélie 4e dimanche de carême A

1 S 16, 1b. 6-7, 10-13a ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

Nous voici confrontés à la guérison subite d’un aveugle de naissance. Ce n’est pas une raison pour nous laisser aveugler par ce miracle. Les évangélistes ne sont pas des journalistes ni des reporters de presse à sensation. L’élément le plus important de ce récit n’est pas son côté merveilleux, mais les leçons que nous devons en tirer. Car il s’agit d’un signe dont nous devons découvrir le sens. C’est-à-dire le message adressé aux auditeurs de l’époque, et qui nous est adressé encore aujourd’hui. Ce qui implique une réponse, une démarche, une conversion. Ne sommes-nous pas tous, d’une certaine manière, "aveugles de naissance" ?

Contrairement aux apparences, c’est Jésus qui est au centre du récit. La question posée à l’aveugle, aux témoins, aux pharisiens, et aujourd’hui à nous-mêmes, n’est pas : Croyez-vous au miracle ? Mais bien : Pour vous, qui suis-je ? Or, la situation est celle-ci : Jésus, " Lumière du monde ", est confronté à des adversaires, atteints de cécité spirituelle. Un aveuglement du cœur et de l’esprit.

Dès les premiers siècles, ce récit a fait partie d’un ensemble de trois leçons de catéchèse pour préparer les adultes au baptême : La Samaritaine, l’aveugle-né, la réanimation de Lazare. Ce qui faisait dire au futur saint Ambroise à ses candidats au baptême : " Toi aussi, approche-toi de Siloé, c’est-à-dire de celui qui est l’envoyé du Père. (Or, Siloé, est le terme hébreu pour dire " Envoyé "). Et il précisait : " Que le Christ te lave pour que tu voies. Viens au baptême…Viens vite, afin de pouvoir dire toi aussi : je suis allé, je me suis lavé, et j’ai vu. Et pour que tu dises toi aussi : j’étais aveugle et j’ai vu ".

Aujourd’hui, le carême nous donne l’occasion de revivre les étapes d’une conversion toujours nécessaire, afin de pouvoir réaffirmer et rajeunir nos engagements chrétiens. Voyez la lettre de Paul, expliquant aux Ephésiens que le baptême ne provoque pas d’illumination magique, qui nous ferait sortir automatiquement des ténèbres, de l’erreur et du péché. Le baptême est le début d’un itinéraire, qui doit progressivement nous conduire à vivre au jour le jour, comme des fils et des filles de La Lumière. C’est-à-dire des voyants. Or, le voyant doit pouvoir reconnaître ses propres déficiences et ses limites. Il est capable de déceler les valeurs évangéliques. Si le baptême nous branche sur le Christ Lumière, il nous reste à faire fonctionner l’interrupteur pour être à notre tour source de lumière pour les autres. Ou, comme le dit Paul : devenir des voyants qui " produisent " des fruits de bonté, de justice et de vérité.

Au début de l’Eglise, Théophile d’Antioche disait à propos de cet évangile : C’est le péché qui t’empêche de voir Dieu, qui t’empêche de voir clair. Mais tu peux guérir… Confie-toi au médecin. Il pourra opérer les yeux de ton âme et les yeux de ton cœur . Mais, qui est ce médecin ? C’est Dieu qui guérit par le Verbe et par la Sagesse. C’est-à-dire par sa Parole et par son Esprit. Pour que les yeux de ton âme puisse voir, il faut que les oreilles de ton cœur écoutent. L’Evangile c’est la Parole qui guérit. L’homme guéri est ici un modèle de croyant, qui devra progresser peu à peu, et souvent à tâtons, dans la connaissance de Jésus. Voyez l’aveugle-né : Il fait d’abord confiance à Monsieur Yeshoua ben Josef. Point c’est tout. Au tribunal, un pas de plus : il le reconnaîtra comme prophète. Plus loin, il ajoutera " venu de Dieu ". Et quand Jésus se révèlera comme Messie, sa réponse sera un acte de foi : Seigneur, je crois. Mais, guéri par la foi, il va connaître aussitôt l’épreuve des oppositions et des injures, l'incompréhension des parents, les attaques des pharisiens.

Ces derniers, que l’évangéliste dénonce, sont des aveugles spirituels. Ils savent. Ils ont les idées claires, précises, définitives, et sur la religion, et sur le Messie. Ils connaissent l'Ecriture et pratiquent une morale austère. Ils ne cessent de scruter la Loi et tout son arsenal de pratiques, de règlements, de traditions humaines et d’interdits. A tel point que la Loi est devenue leur Dieu. Une forme d’intégrisme. Ce n’est pas un miracle qui pourra les faire changer d’avis. D’autant plus que le prophète de Nazareth enfreint la Loi du Shabbat, (il travaille, il fait de la boue…), ou plus exactement l’interprétation que les pharisiens en font. Pour eux, Jésus ne peut donc être un prophète et encore moins un envoyé de Dieu. Ce n’est qu’un pécheur et même un imposteur. Aveuglés par leurs certitudes et intimement persuadés d’être clairvoyants, ils ne veulent rien entendre de la parole du Christ. Ils se bouchent les oreilles, ferment les yeux et s’enfoncent de plus en plus dans les ténèbres.

Le récit de l’aveugle-né est toujours actuel. Nous pouvons avoir les yeux fermés sur les laissés pour compte de nos sociétés, les oreilles fermées aux cris de ceux et celles qui souffrent de la solitude, de la faim, de la maladie, du chômage. Nos yeux, nos oreilles, nos cœurs, ont besoin d’être davantage ouverts. Que ta Parole, Seigneur, nous dit le psaume, soit la lumière de nos pas. De fait, c’est à force de ne pas écouter que l’on devient aveugle. Car dans la vie spirituelle "on voit par les oreilles ".

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008