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28/01/2014

Homélie de la Présentation de Jésus au Temple

Homélie de la Présentation de Jésus au Temple

(Prononcée le 2 février 2006 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), la célébration de la chandeleur des Scriptores Christiani. Les événements cités sont de cette époque)

Ml 3, 1-4 ; Lc 2, 22-32

Un certain Siméon, de Jérusalem, homme juste et religieux, espérait de toutes ses forces de ne pas mourir avant d’avoir pu accueillir le grand prophète de la paix que son peuple attendait. Il y en a beaucoup d’autres aujourd’hui, y compris parmi nous, qui confessent la même espérance. Il est vrai que les informations internationales quotidiennes nourrissent nos angoisses, même si parfois elles stimulent notre confiance. Or, dans tous les domaines, sociaux et politiques, économiques et religieux, l’histoire souvent se répète. Tout comme ses mises en garde et ses conseils. C’est pourquoi il faut faire mémoire du passé, et prendre conscience des "lumières chaudes et paisibles que le Seigneur a disposées dans nos ténèbres", vient de nous rappeler Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) du fond de sa prison, trois mois avant d’être pendu ! "Un penseur de haute stature humaine, spirituelle et intellectuelle, révolté contre l’apathie de son peuple face à la barbarie nazie", comme l’a écrit notre confrère Michel Kubler (1).

Et que vient de nous apprendre la Bible, à propos de Malachie, au 5e siècle avant notre ère ? Le peuple hébreu est revenu d’exil et des camps de détention. Il est passé de l’euphorie de la libération et de la paix à la morosité, au doute et à la déception. Dans tous les domaines, y compris religieux, les problèmes et les difficultés d’autrefois renaissent. Et de nouvelles surgissent. Les structures ont changé, les systèmes également. Mais pas le cœur humain. Le peuple est confronté à de nouvelles injustices, aux mêmes appétits du pouvoir, qui engendrent de nouvelles oppressions et de nouveaux esclavages. Certains se mobilisent pour faire aboutir les réformes amorcées. D’autres, au contraire, regardent le passé avec nostalgie, jusqu’à vouloir le restaurer.

Le Temple, fierté et orgueil de la nation, a été détruit par l’ennemi. Certes, il a pu être reconstruit. Mais avec beaucoup moins d’enthousiasme qu’on ne l’avait espéré. Le culte a repris. Malheureusement, les prêtres ne vivent pas selon la justice. Beaucoup de croyants délaissent le Temple. Et nombre de pratiquants sont tombés à nouveau dans le formalisme religieux et un ritualisme sans âme. Oubliant que la seule véritable offrande, efficace, est celle d’une vie menée selon la justice.

En de telles circonstances, et quelle que soit l’époque, on attend un prophète. Une parole forte, qui va au fond des choses, conduit à l’essentiel et souligne les vraies priorités que sont toujours la justice, l’amour et la fraternité. Ce qui, en langage biblique, signifie le respect d’une sorte d’alliance matrimoniale entre Dieu et son peuple.

Ainsi, Malachie annonce la venue d’un messager, chargé de nettoyer les croyants de leurs scories. Comme un fondeur épure le métal. "Il est urgent, clame le prophète, de nous réveiller de notre torpeur, de sortir de notre apathie".

C’est pourquoi la liturgie met un lien analogique entre Malachie et la présentation de Jésus au Temple. D’un côté, c’est l’annonce. De l’autre, l’accomplissement. En Jésus, Parole de Sagesse, c’est Dieu lui-même qui vient dans son Temple pour purifier le lieu par sa présence. Purifier les prêtres et autres desservants du sanctuaire. Purifier le peuple tout entier, symbolisé par Marie qui, aujourd’hui, représente souvent Israël ou bien l’Eglise. Purifier aussi le cœur et l’esprit des croyants, pour que leurs offrandes soient vraiment celles qui plaisent au Seigneur.

Très concrètement, il s’agissait de corriger les abus qui ternissaient le culte. De dénoncer les injustices et les hypocrisies qui faussent les prières et démentent les pratiques. Autrement dit, établir ou rétablir l’exacte relation avec Dieu. Trop souvent, hélas, on croit un peu vite qu’elle se fait d’abord par le culte, alors que les prophètes n’ont cessé de répéter qu’il y a un lien direct entre le culte et la justice. Car le moyen privilégié pour accéder à Dieu, ou ce que d’autres appelleront l’authentique humanité, c’est bien l’amour, la justice et la fraternité. Au risque même de sa vie. Et, comme l’enseignera le prophète de Nazareth, "celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas".

Pour la sagesse biblique, le prix du progrès, de la liberté et de la paix, c’est le respect de l’Alliance entre Dieu et les terreux que nous sommes, ces "six milliards tout en bas", comme l’écrit Julos Beaucarne, mais qui "ensemble changent le cours du temps" (2). Ce qui s’exprime par un respect mutuel entre tous les frères et sœurs de toutes races, langues et nations. C’est pourquoi le Verbe vient encore aujourd’hui visiter cette cathédrale de pierres et le temple de nos cœurs de chair, pour les éclairer, les purifier, les encourager, les humaniser. Afin, précisément, que les offrandes et initiatives, grandes et petites, offertes à Dieu soient vraiment celles qui lui plaisent.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

(1) La Croix 2 février 2006, p VI.

(2) "Les loups ont des têtes de mouton"