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02/11/2011

Homélie du 32e dimanche ordinaire A

Homélie du 32e dimanche ordinaire A

Sg 6, 12-16 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13

Le projet de Dieu, écrivait récemment un moine, disparaît facilement sous les tracas du quotidien. Il semble même mis en défaut par l’épreuve de la mort. Or, ce projet est de nous réunir tous, vivants, dans la vie même de Dieu, l’éternel Vivant. Aujourd’hui, dans les textes bibliques, il est précisément question de deux sœurs jumelles : Sagesse et Espérance.

La première s’appelle en réalité Sophie. C’est une personne extraordinaire, aimable et intelligente comme pas deux. Un esprit aussi ouvert que remarquable. Dès qu’on a fait sa connaissance, aussitôt c’est l’éloge. On devient même avide de recourir à ses conseils, de se mettre à son école. Ce qui est passionnant, tant pour le cœur que pour l’esprit.

Mais, qui est donc cette perle rare que je vous invite à mieux connaître et à mieux chérir, pour que votre vie soit transformée, embellie et réussie ? Sophie c’est Sophia, la Sagesse… Non pas la sagesse du monde, qui prétend tout savoir, mais la sagesse même de Dieu, qui permet à ceux et celles qui la reçoivent, de goûter et de communiquer les choses spirituelles. De se conduire aussi avec mesure et bon sens, comme l’a écrit l’apôtre Paul. Nous avons besoin de cette sagesse pour vivre intelligemment, pour bien gérer les biens qui nous sont confiés et être toujours prêts à en rendre compte. Car, ne l’oublions pas, c’est à chaque instant que nous pouvons nous trouver devant le dernier passage.

D’ailleurs, dans l’évangile de ce jour et dans les pages précédentes, Jésus multiplie les exhortations à la vigilance. Il a pris l’exemple du déluge, puis celui du voleur, celui des deux esclaves, et maintenant la parabole des vierges sages, c’est-à-dire PREVOYANTES. Tout le contraire des vierges un peu folles. Et toujours ce refrain lancinant, qui sert chaque fois de conclusion : "Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure du retour du maître." Ce qui est bien vrai.

Or, on n’entre pas dans le royaume de Dieu avec des privilèges ou des passe droits. Il ne suffit pas de brandir son certificat de baptême. Quand j’avais 13-14 ans, on nous disait à l’école que le salut éternel était garanti SI nous étions fidèles à la communion 9 premiers vendredis du mois consécutifs… (Quelle inquiétude quand on en manquait un !). L’intention était de nous encourager à participer à l’eucharistie… Mais cela ne venait certes pas tout droit de l’évangile.

Aujourd’hui encore, nous restons très sensibles à des recettes, des sécurités, des assurances tous risques, qui pourraient nous donner facilement bonne conscience. Alors que l’important, c’est de maintenir en activité la lanterne de notre foi et de disposer toujours d’une réserve d’huile suffisante, qui est celle de la charité. L’indispensable, c’est d’être toujours prêt à rencontrer le Seigneur dans le quotidien et sous quelque forme qu’il nous apparaisse : le pauvre, l’étranger, le malade, le blessé, l’émigré, notre adversaire qui espère le pardon. Il nous faut donc apprendre à gérer intelligemment notre vie. Sans chercher partout, pour autant, des moyens extraordinaires, alors que nous les avons à portée de main. C’est bien l’occasion aujourd’hui de lire les chapitres 6,7 et 8 du livre de la Sagesse. "Elle est facile à trouver pour ceux qui la cherchent… Se passionner pour elle, c’est l’achèvement de la pleine intelligence… Elle est pour tous et chacun un inépuisable trésor". La véritable intelligence s’acquiert et l’esprit de sagesse aussi.

Mais, comment, direz-vous ? Par l’écoute de la Parole, le Verbe de Dieu, Jésus, le Christ. Par la prière aussi, car Dieu est le guide de la sagesse et l’inspirateur des sages. En somme, le Seigneur et la Sagesse c’est tout un. Qui les cherche, les trouve. D’autant plus qu’ils se laissent trouver. Mieux encore, ils prennent même l’initiative : Dès le matin, ils sont prêts à nous faire découvrir des merveilles. Tout au long de la journée, ils nous précèdent et nous attendent. Ils frappent à notre porte. Il suffit de les faire entrer pour qu’aussitôt bien des richesses, des rêves et des ambitions apparaissent comme une fumée de vanité.

Quand on possède un brin de cette sagesse, bien des choses et des situations se relativisent. Même la santé, même la beauté, même la gloire. La sagesse est un trésor inépuisable, qui épanouit et qui comble. Ceux et celles qui l’acquièrent, dit le prophète, obtiennent l’amitié de Dieu. Plus prosaïquement, disons qu’on n’est jamais chrétien définitivement. On le devient chaque jour. Nous sommes des pèlerins. Il s’agit donc de rester des chercheurs et des veilleurs. D’où l’importance des étapes, dont celles de l’eucharistie. Elle nous offre la Parole de sagesse, la rencontre avec le Seigneur, et avec des frères et sœurs embarqués dans la même aventure. L’occasion aussi de faire provision d’huile. La récente fête de la Toussaint, comme celle du souvenir de nos défunts, nous invitent à être toujours prêts. Mais pour être vraiment sages et intelligents, la foi et l’amour doivent être vécus dans le goutte à goutte de l’ordinaire quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1928 - 2008