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01/03/2011

homélie du 9e dimanche ordinaire A

Homélie du 9e dimanche du temps ordinaire A

Dt 11, 18, 26-28 ; Rm 3, 21-25a, 28 ; Mt 7, 21-27

A Jérusalem, au mur des Lamentations par exemple, et sans doute dans les synagogues, on rencontre de nombreux juifs orthodoxes qui portent aux bras et au front une petite boîte carrée. Ces étuis, appelés phylactères, renferment des bandes de parchemin sur lesquelles sont inscrits des versets de la Bible. Des lettres qui évoquent le nom du Tout-Puissant sont gravées sur les côtés et le couvercle de ces écrins, et il arrive souvent que ces bandes soient tout simplement enroulées sur le bras gauche. Un rite prescrit pour la prière du matin, sauf les jours de sabbat et de fête.

La première lecture, tirée du testament de Moïse, nous révèle l'origine de cette pieuse coutume. "Grave bien dans ton cœur, dans tout ton être, ces paroles (commandements). Attache-les en signes sur ta main, comme un fronteau au-dessus de tes yeux". Et le texte biblique qui n'est pas repris dans la liturgie ajoute : "Inculque-les à tes enfants. Répète-les de ton lever à ton coucher, sur la route et chez toi. Présente-les en une inscription sur les poteaux de ta maison et sur la porte de ta ville" (Dt 11, 18-20).

Ainsi, il y a le cœur et il y a les signes. L'amour et les rites. Il y a la foi invisible qui écoute, entraîne et fait vivre. Et il y a les gestes perceptibles, qui peuvent se maintenir sans esprit, sans amour et sans foi.

L'Alliance entre Dieu et l'être humain comme l'alliance entre l'homme et la femme, se jouent au niveau d'une communion qui ne peut, certes, se satisfaire d'un bijou d'or ou d'argent porté en signe d'amour et de fidélité. L'important, disait déjà Moïse, c'est d'écouter les commandements du Seigneur, les mettre dans son cœur, dans son âme, et ne pas abandonner le chemin qu'il nous a prescrit.

En conclusion de son "Sermon sur la Montagne", Jésus revient sur ce même thème des exigences d'une "pratique authentique de la Loi de Dieu, si souvent mal comprise, déformée, minimisée, figée parfois dans le culte d'attitudes extérieures, de rites sans âme, de signes vidés de leur sens… A quoi bon garnir son front, son bras ou le chambranle de sa porte avec des citations de la Parole de Dieu, si elle n'est pas, en même temps, enracinée dans le cœur et l'esprit et mise en pratique dans la vie quotidienne ?

Pour être fidèle au Dieu d'amour et vivre la foi, il ne suffit pas de porter l'insigne d'une œuvre catholique, d'être membre d'un conseil, d'une équipe, d'une commission d'Eglise. Il ne suffit pas de réciter le chapelet ou de chanter des psaumes, d'entretenir de saintes dévotions et même de célébrer chaque jour l'eucharistie. Il ne suffit pas d'invoquer son éducation religieuse, son souci de formation permanente, son profond respect pour les traditions.

Il ne suffit même pas d'assurer l'indispensable écoute de la Parole de vie, ni d'approfondir sans cesse la connaissance de Dieu et de ses mystères. Pas plus qu'il ne suffit d'exprimer sa sympathie et son admiration pour le Christ, d'applaudir passionnément à son enseignement et d'approuver sa Parole… Mais il faut la mettre en pratique et bâtir sa vie sur elle. Il faut mettre à découvert le visage même de Dieu, rendre accessible et efficace la tendresse de son amour, la force de son pardon, la disponibilité de son accueil.

C'est cela écouter et construire sur le roc. C'est cela "faire" la volonté du Père. C'est cela passer du savoir à l'agir, du discours à la vie.

Le royaume de Dieu et sa justice ne se révèlent pas dans les froides statistiques des pratiques extérieures même les plus importantes et les plus respectables, mais bien et seulement dans la saveur des fruits qui, seule, peut révéler la qualité de l'arbre et la présence de l'Esprit.

Et le fruit de l'Esprit, précise Paul "est amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi. Il n'existe pas de loi pour s'opposer à tout cela… L'Esprit nous fait vivre, il doit nous faire agir" (Ga 5, 22-23, 25-26).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008