Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

25/02/2014

Homélie du 8e dimanche ordinaire A

Homélie du 8e dimanche ordinaire A

Is 49, 14-15 ; 1 Co 4, 1-5 ; Mt 6, 24-34

Une paroissienne du quatrième âge, courageuse et singulièrement accablée par plusieurs deuils, me disait ces paroles que le prophète Isaïe a mises dans la bouche de Jérusalem : "Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a oubliée…". La voici seule et handicapée… une terrible épreuve. Un drame parmi tant d'autres. Que dire ? Que répondre ? La parole de foi est celle d'Isaïe : "Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur".

Ce n'est pas une histoire du passé, mais un événement d'aujourd'hui. Non une réponse théorique adressée à des mystiques d'un autre âge. C'est la parole d'aujourd'hui et de toujours que Dieu adresse à tous ceux et celles qui croient en lui… Même ce genre de montagnes, la foi peut les soulever.

Ceux qui ont écrit, chanté et prié les psaumes étaient des hommes et des femmes de chair et d'os, que les épreuves n'ont pas épargnés. Mais malgré cela ou à cause de cela, ils ont pu dire : "Dieu seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle ; je suis inébranlable… Vous, le peuple, comptez sur lui en tout temps. Devant lui, épanchez votre cœur : Dieu est pour nous un refuge…". C'est la première leçon d'aujourd'hui.

Tout cela peut paraître énorme, surhumain, peut-être même inhumain. C'est cependant l'attitude fondamentale que Dieu nous propose en fonction d'une échelle de valeurs où l'essentiel est bien à la première place.

L'Evangile peut nous apparaître aussi un peu excessif et même naïf, au point de nous faire sourire. Il ne faut pas nous faire tant de soucis pour notre vie, notre corps, notre vêtement, mais nous ne pouvons pas non plus vivre avec l'insouciance des oiseaux du ciel ou des lis des champs…

Le vrai centre de la leçon est plus loin : "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice." Ce n'est pas seulement une comparaison, un exemple, une parabole, une image excessive : c'est un conseil, une condition de vie, un ordre que donne le Maître à ses disciples. Voilà ce que devrait être notre souci le plus important, en sachant que la justice dont il est question consiste à vivre conformément à ce que Dieu attend de nous. Elle est respect de l'alliance de foi et d'amour contractée entre Dieu et nous, entre Dieu et la communauté des croyants.

Il n'y a qu'une devise authentique pour un chrétien : "Dieu premier servi". Toutes légitimes qu'elles soient, toutes nos autres préoccupations devraient être conditionnées, éclairées et relativisées par la première. Jésus veut nous remettre les pieds sur terre, le cœur et l'esprit à l'endroit. La vie est plus que la vie terrestre, l'être plus que l'avoir.

Généralement, nous n'en sommes pas là. Les préoccupations que nous qualifions de spirituelles ou de religieuses passent aisément après d'autres soucis. L'utilisation de notre capital temps, argent, santé, dons et compétences, n'est pas volontiers répartie suivant les critères proposés par Jésus, même si l'on se réclame de lui. Ne préférons-nous pas le plus souvent les compromis qui laissent finalement au prioritaire et à l'essentiel la "part du pauvre" ?

Il ne s'agit pas pour autant de mal se nourrir, de mal se vêtir, de négliger la culture et les loisirs, mais bien de ne pas reléguer l'essentiel à la dernière place ou de ne lui réserver que des miettes.

Comment être fidèle au Christ sans lui accorder de temps pour le rencontrer, l'écouter, s'imprégner de sa pensée, de ses conseils ? Il est impossible de vivre sa foi sans la nourrir, l'éclairer, la rafraîchir. Alors, tous les aléas de la vie quotidienne, les grands problèmes et les grands drames, peuvent être vus et vécus dans l'éclairage de l'amour de Dieu, c'est-à-dire en fonction de l'essentiel.

Quel est le moteur de notre existence ? Qu'est-ce qui nous fait, au fond de notre cœur, lutter, entreprendre, courir ? Avoir toujours plus ou être davantage ? Nous encombrer de ce qui passe ou décupler en nous notre pouvoir d'aimer ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Les commentaires sont fermés.