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04/02/2014

Homélie du 5e dimanche ordinaire A

Homélie du 5e dimanche ordinaire A

Is 58, 7-10 ; 1 Co 2, 1-5 : Mt 5, 13-16

Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit des félicitations et des encouragements. Mais c’est bien le cas aujourd’hui. Ce matin, le Christ nous a rassemblés, comme il le faisait avec ses disciples, que nous sommes aussi. C’est à eux, c’est à nous, qu’il lance des compliments : Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. Restons cependant prudents, car le meilleur sel peut perdre sa saveur. Et la lampe la plus forte n’éclaire rien du tout si elle est placée sous une couverture ou si elle n’est pas branchée sur le courant.

Sans image ni comparaison, Paul disait la même chose aux Corinthiens : Pour être chrétien, il ne suffit pas de proclamer ou de chanter le credo, ni de prononcer des homélies. Pour être un sel qui relève le goût, et une lumière qui perce les ténèbres, le croyant doit vivre conformément à sa foi. Laisser parler sa vie. Ce n’est donc pas le diplôme, ni le prestige, ni la publicité qui font un témoin, mais la manière dont il vit, la façon dont il se comporte.

Le psaume graduel nous brosse d’ailleurs la silhouette du vrai croyant de tous les temps. " Il s’est levé dans les ténèbres un être humain de justice, de tendresse et de pitié. Une personne de bien, qui partage et donne aux pauvres à pleines mains ".

La meilleure façon d’annoncer l’Evangile, c’est donc d’en vivre. C’est le discours le plus convaincant, le témoignage le plus crédible, car il s’agit alors d’une Parole incarnée, mise en pratique dans les réalités de la vie quotidienne. Ce que tout le monde peut alors comprendre. Dans un reportage au Nicaragua, dans le petit trou perdu du village de El Cacao, le prêtre d’une petite communauté de pauvres et de laissés pour compte, disait à ses ouailles : Pourquoi voulez-vous écouter l’Evangile ? Et un vieil homme lève le bras en disant : Pour le vivre. N’oublions cependant jamais que le croyant, le plus convaincu, le plus fidèle, même s’il porte un grand trésor, le porte dans un vase fragile. Il n’empêche que Jésus nous fait confiance et compte même sur nous pour être ses témoins, partout où nous sommes, partout où nous allons. Ce qui faisait dire à un auteur allemand du 14e siècle : "Nous sommes la seule Bible que le public lit encore. Nous sommes le dernier message de Dieu, écrit en actes et en paroles... ".

La semaine dernière, les Béatitudes nous étaient présentées comme la charte du Royaume de Dieu : un Royaume de justice et de paix, de pardon et de réconciliation. L’accent étant mis sur les dispositions intérieures, celles du cœur et de l’esprit. Le moteur. Et les poumons. Ce qui donne du souffle. Or, nous manquons de souffle pour marcher, pour lutter. En marche, les artisans de paix, traduit Chouraqui. Les Béatitudes sont comme un ordre de marche. C’est en marchant qu’on trouve le bonheur. Ce dimanche, avec l’Evangile, illustré et pour ainsi dire commenté par la première lecture, nous découvrons la charte du vrai témoin de ce Royaume. Il ne s’agit pas simplement d’une invitation à passer à l’action, mais bien de prendre nos responsabilités évangéliques face aux problèmes d’aujourd’hui, aussi bien personnels que locaux ou internationaux, ceux de la faim, du chômage, de la santé et de la maladie, des injustices à tous les niveaux.

Nous ne sommes donc pas venus ici pour fuir les mauvaises nouvelles des attentats, des catastrophes et autres drames quotidiens, mais pour apprendre à y répondre.

La vie chrétienne, en effet, ne se résume pas dans la prière, le culte ou la morale personnelle. Rencontrer Dieu, l’écouter et lui être fidèle, ne se mesure pas à l’intensité des émotions et des satisfactions spirituelles, ni à la longueur des prières. Mais plutôt à la manière dont le comportement de chacun, dans tous les domaines, se modifie peu à peu dans le sens du respect de l’être humain. Ce qui est, précisément le comportement de Jésus lui-même. La première lecture, remise dans son contexte historique, nous le fait bien comprendre. Le prophète, en effet, y dénonce vigoureusement l’attitude des croyants qui consultent le Seigneur et l’invoquent, multiplient les jeûnes, prières et autres pratiques, mais dont la conduite s’accommode d’injustices et de méchancetés, d’avarices, de violences, de fraudes. Or, pour être sel et lumière, il faut, d’une part, faire disparaître toutes les formes de violence, les oppressions , les menaces, les paroles malfaisantes. Et, d’autre part, combattre pour plus de justice et de solidarité, semer aussi les Béatitudes dans les réalités sociales, économiques et politiques, à tous les niveaux, à la maison et dans le quartier, dans la paroisse et au travail, et sur le terrain des sports. Le vrai disciple du Christ n’est pas un doux rêveur ni une lumière cachée sous la table, ni un moulin à prières ou un levain conservé au frigo. Il se nourrit de la Parole, se laisse pénétrer par l’Esprit, pour devenir de plus en plus conforme au Christ, jusqu’à s’incarner dans la pâte du monde pour y faire les gestes de Dieu, et même ses miracles.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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