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18/10/2016

Homélie du 30e dimanche ordinaire C

Homélie du 30e dimanche ordinaire C

Si 35,12-14.16-18 ; 2 Tm 4, 6-8.16-18 ; Lc 18, 9-14

Voilà bien une parabole qui nous concerne directement. puisque tous, nous nous sommes déplacés pour monter à l’église et nous rassembler, notamment, pour prier. Luc nous a présenté deux portraits-robots pour s’adresser à certains croyants, convaincus d’être des justes, mais qui méprisent les autres. Maintenant, ne mettons pas immédiatement des étiquettes sur les visages de nos voisins… En réalité, nous sommes tous et chacun concernés, d’autant plus que les deux types de personnages peuvent cohabiter et s’affronter en chacun d’entre nous.

Luc nous présente deux caricatures de croyants. L’un est scrupuleusement fidèle à tous les rites et règlements religieux. Il se sent parfaitement en paix. Ce qui ne l’empêche pas de juger allègrement son prochain, et même quelquefois de le mépriser. Son erreur, c’est de confondre les moyens et le but. Nous dirions aujourd’hui : Il se croit un bon chrétien, un pratiquant fidèle, mais l’est-il réellement, en esprit et en vérité ?

L’autre se soucie davantage de la qualité de ses relations avec Dieu et avec son prochain. Le but à atteindre le préoccupe beaucoup plus que les moyens à utiliser. Il est conscient de l’amour de Dieu, mais également de son propre manque d’amour, et vis-à-vis du Seigneur, et vis-à-vis de ses frères et sœurs humains.

Le premier est comme rempli de lui-même. Il est encombré par des "moi je…". Il n’y a plus beaucoup de place ni pour Dieu ni pour le prochain. Le second, le collecteur d’impôts, est un exploiteur, un " collabo " de l’occupant romain. Il est, par contre, rempli de Dieu et vide de lui-même. Voilà donc pour la caricature.

Nous autres, nous sommes montés au Temple, si je puis dire, pour célébrer, c’est-à-dire nous rassembler, faire corps, faire Eglise. Nous mettre à l’écoute de la Parole du Maître, partager le Pain et le Vin, rendre grâce à Dieu et nous laisser envoyer en mission dans notre vie quotidienne. Et cela, en communion de pensée et de cœur avec toutes les communautés de par le monde, appelées elles aussi à célébrer.

Nous sommes ici non pas comme des justes qui viennent se féliciter mutuellement ni faire devant Dieu étalage de nos vertus. Mais bien comme des filles et des fils imparfaits, pécheurs, qui viennent puiser force et courage, se laisser convertir et transformer pour être capables de témoigner, et donc d’annoncer en paroles et en actes la Bonne Nouvelle de l’Evangile. C’est-à-dire un message de miséricorde, de justice et de paix. C’est ainsi que chaque communauté d’Eglise, si grande ou petite soit-elle, est toujours en état de mission. Et donc chacun et chacune d’entre nous, ne fût-ce que dans son immeuble ou dans son quartier. C’est ce que doit nous rappeler cette journée consacrée à la mission universelle. Encore faut-il ne pas confondre mission et pays lointains, et colonisation. La mission n’est pas non plus simplement le synonyme de développement. Ainsi, l’important est de ne pas séparer religion et vie, la pratique liturgique et la pratique du comportement quotidien dans la vie sociale. Fidèles aux sacrements, nous pouvons être, en fait, de mauvais pratiquants de la pratique de l’Evangile.

Je suis..., nous sommes peut-être des habitués de l’Evangile, au risque d’en être assoupis ou endormis. L’Evangile n’est plus assez une Bonne Nouvelle qui enthousiasme et qui transforme sans cesse notre existence. Sans doute, avons-nous une Bible, qui est Parole de Vie. Mais il ne faut pas la laisser enfermée dans le cercueil de nos bibliothèques. L’Evangile pourrait être plus souvent un livre de chevet, de référence et de consultation. A condition de ne pas le réduire à une croix à porter, alors qu’il est essentiellement libération et résurrection.

Peut-être ne sommes-nous pas assez contagieux. Pourtant, ceux et celles qui aiment vraiment sont heureux et fiers de l’être. Et quand on est heureux, on a envie de l’exprimer, de partager. Par exemple son bonheur de croire et sa chance de suivre un maître de vie. La parole n’est même pas toujours nécessaire. On devrait pouvoir le lire sur notre visage et le comprendre par notre comportement. L’Evangile ne doit pas nous donner des complexes, mais bien faire de nous les joyeux porteurs d’une Bonne Nouvelle pour tous. Ce qui veut dire aussi que l’observance des rites et des pratiques prend trop souvent peut-être plus d’importance que la qualité de nos relations avec Dieu et avec le prochain. Or, ce qui est toujours prioritaire, en tout lieu et toute circonstance, c’est un comportement de vraie charité, de miséricorde, de justice et de paix. C’est le vrai culte agréable à Dieu.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

 

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