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16/08/2016

Homélie du 21e dimanche ordinaire C

Homélie du 21e dimanche ordinaire C

Is 66, 18-21 ; He 12, 5-7, 11-13 ; Lc 13, 22-30

Quelqu’un parmi vous a-t-il déjà été couché dans un cercueil ? Cela m’est arrivé. J’étais allé rendre visite à l’un de mes confrères, curé dans un petit village. Dans l’une des pièces du presbytère, il avait installé un cercueil ouvert dans lequel il se couchait de temps en temps pour méditer sur la mort, et donc sur l’urgence de se replacer constamment sur l’orbite des valeurs essentielles. Ce jour-là, j’ai tenté la même expérience. C’est impressionnant. Mais la répétition n’est pas pour autant sans danger. Elle peut, en effet, provoquer une psychose de peur. Qui a d’ailleurs été utilisée jadis dans la société et dans l’Eglise comme pédagogie : celle du bâton, du fouet, de la peur ou même de la terreur.

Dans son livre "La peur en Occident", Jean Delumeau raconte qu’au pensionnat, à l’âge de 12 ans, il participait chaque mois à l’exercice des litanies de la bonne mort, qui comprenait une dizaine de séquences plutôt lugubres, qui ont fini par le traumatiser. L’intention pédagogique était de susciter la peur du jugement pour inciter à la pénitence et à la conversion.

Aujourd’hui, une certaine religion janséniste de la peur a cédé le pas à une religion des béatitudes, plus évangélique, centrée sur l’amour de Dieu et du prochain. Mais cet amour n’en est pas moins exigeant.

C’est dans une même optique de culpabilisation et "d’un moralisme à tendance terrorisante", souligne un moine exégète (Frère Dominique), que la formule "le petit nombre des élus" a été utilisée comme stimulant et comme menace. Des prédicateurs et des écrivains ecclésiastiques ont même avancé des chiffres. Au 18e siècle, on parle d’un enseignement traditionnel selon lequel un être humain sur trente seulement sera sauvé. Aujourd’hui encore, des sectes fondamentalistes, qui prennent la bible au pied de la lettre, brandissent des chiffres à tort et à travers, sans tenir aucun compte de leur valeur symbolique.

Il n’empêche que la question du nombre des sauvés n’a cessé de tourmenter Israël. Au départ, se considérant comme le peuple élu, il y voyait une assurance omnium. Etre circoncis était synonyme d’être sauvé. Le rite sauve. Plus lucides, les prophètes ont mis un bémol, en développant le thème du "petit reste"… Exactement comme Jésus vient de nous rappeler qu’il ne suffit pas de brandir sa carte du parti, ou de faire référence à des privilèges, des droits acquis ou des droits d’entrée : J’ai écouté ton enseignement. J’ai mangé et bu à ta table, j’ai fait partie des pratiquants fidèles, des services d’apostolat et des groupes de prière, j’ai beaucoup donné. Ou, comme on le voit chez Matthieu (7, 21 et ss.) : "Il ne suffit pas de me dire "Seigneur, Seigneur !" pour entrer dans le Royaume des cieux… ni de prophétiser en mon nom, ni de chasser les démons, ni même de faire des miracles… Il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux".

Dans l’évangile de ce jour, Jésus ne répond pas à la vaine curiosité de son interlocuteur. Il lui remet les deux pieds sur terre. Au lieu de poser des questions inutiles et de tenter de vous sécuriser par de vaines assurances, efforcez-vous plutôt maintenant et chaque jour de réaliser la volonté de Dieu. Alors, il y aura beaucoup d’appelés et beaucoup d’élus.

Dans une lettre, attribuée à Barnabé, compagnon de Paul, l’auteur dit en substance : "Si vous ne voulez pas que parmi vous il y ait beaucoup d’appelés et peu d’élus, luttez pour garder les commandements de Dieu… Ne tombez pas dans l’erreur de ceux qui multiplient les jeûnes et les sacrifices, tout en cultivant de mauvaises pensées contre leur prochain… Dieu jugera le monde sans faire de différence entre les humains. Chacun recevra selon ce qu’il a fait"… Et de conclure : "Evitons de nous reposer, sous prétexte que nous sommes des chrétiens, des appelés, de peur que nous nous endormions dans nos péchés… ".

Nous voici donc renvoyés, non pas aux statistiques, ni aux assurances, mais à nous-mêmes. Nous ne serons pas les bénéficiaires de privilèges, ni les victimes d’un numerus clausus. Le projet d’amour de Dieu est universel. Personne n’est exclu d’avance. Personne ne peut se prévaloir d’un droit ou d’une certitude. Le désir et l’espoir de Dieu, pourrait-on dire, est de voir sa maison remplie.

Cependant, cette maison a une porte étroite, mais elle est ouverte. Non seulement elle est ouverte, mais Jésus précise dans l’évangile de Jean : "Je suis la Porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé… ". (Jn 10, 9). Mais il ne peut pas y avoir d’embouteillage, car Jésus tient à faire connaissance avec chacun. Je me souviens être entré à la basilique de la Nativité à Bethléem. Il faut savoir baisser la tête et même courber le dos. On l’appelle la "porte de l’humilité". C’est tout un programme. Il n’y a pas d’interdit. Mais, manifestement, elle demande des efforts pour être franchie. "Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite".

En définitive, Jésus ne veut pas nous effrayer ni nous rassurer à peu de frais. Il veut nous rendre responsables et artisans d’un salut qu’il offre à tous. Tout en affirmant qu’il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers, " il veut peut-être ainsi affirmer que le classement opéré par les hommes, au nom de la morale et en fonction des conduites visibles, sera remis en question par le Père qui, lui, voit dans le secret" (Frère Dominique).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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