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26/07/2016

Homélie du 18e dimanche ordinaire C

Homélie du 18e dimanche ordinaire C

Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Col 3, 1-5, 9-11 ; Lc 12, 13-21

 Nous comprenons très bien et même nous approuvons aisément la contestation de l'Ecclésiaste : Vanité des vanités, tout est vanité… Ou cet autre slogan célèbre : L'argent ne fait pas le bonheur.

 Nous ne donnons pas tort au Christ qui traite de fou celui qui ne vit que pour amasser, manger, boire et s'amuser… Mais nous croyons volontiers que ces reproches ou ces mises en garde, ces avertissements impitoyables, s'adressent à plus riches que nous. Nous sommes même ravis d'entendre dénoncer ces folies scandaleuses, cette âpreté au gain qui fabrique à la chaîne des cœurs de pierre et des collections d'injustices. Et nous applaudissons d'autant plus fort que ces paroles semblent adressées à d'autres.

C'est oublier un peu vite que le Christ ne s'adresse pas à des multimillionnaires, mais bien à des auditoires très diversifiés : Le public des villages qu'il traverse, de gros propriétaires et de petits possédants, des fonctionnaires et des soldats, des artisans et des saisonniers, le tout-venant, sans exclure les pauvres. Il s'adresse à des hommes et des femmes de tout âge et de toute condition, c'est-à-dire à nous tous qui sommes toujours tentés par l'avarice, le culte de l'avoir et l'obsession de l'argent. C'est le cœur qui est interpellé et non pas le coffre-fort. Et il est des cœurs rongés par le démon de l'avarice et de la richesse sans pour autant posséder de fortune. C'est l'appétit démesuré de possession acquise ou rêvée qui ne respecte rien ni personne.

Jésus ne blâme pas son interlocuteur d'être un héritier, il ne blâme pas le riche cultivateur d'avoir mené sa barque intelligemment. Mais il dénonce chez les deux ce qu'il appelle l'âpreté au gain et ce faux idéal que l'on place dans l'abondance et les richesses, qu'ils ne font pas fructifier pour une vie impérissable, mais que l'on amasse pour son seul profit et sa seule jouissance…

Par contre, bienheureux celui qui est riche en vue de Dieu.

Mais qu'est-ce que cela veut bien pouvoir dire pour nous aujourd'hui être riche en vue de Dieu ? Avec ou sans héritage, avec ou sans grosses affaires ? avec ou sans propriété ?

A cette question, personne ne peut échapper. Elle n'est pas réservée à d'autres.

Et il ne faut pas nous bercer de fausses illusions. Nous sommes tous aujourd'hui traités de fous… et en même temps invités à prendre la vie, notre vie et celle des autres, plus au sérieux.

Nous sommes fous quand l'avoir plus est notre objectif prioritaire et quand l'avoir moins est considéré comme le plus grand des malheurs, une épreuve intolérable.

C'est pourquoi, l'Ecriture attire notre attention sur les vraies valeurs, sur la qualité de la vie totale, le but à atteindre et la bonne utilisation des biens terrestres, mais périssables.

Dans l'évangile, Jésus n'intervient pas au niveau des conseils techniques, mais il remet les problèmes à leur juste place en hissant le débat à un autre niveau. Il nous dit, comme Paul, que pour bien résoudre les problèmes d'ici-bas, il faut chercher et mieux connaître les réalités d'en haut. La véritable richesse, celle qu'il nous faut désirer et chercher, c'est la capacité d'aimer à la manière de Dieu, telle que l'a réalisée concrètement Jésus Christ. Le grand trésor, c'est la disponibilité et le service, le don et le partage, la priorité à Dieu et la priorité à l'humain à cause même de Dieu.

A la folie de celui qui amasse pour lui-même, s'endurcit progressivement le cœur, Jésus oppose la sagesse de celui qui est riche en vue de Dieu. Celui-là est capable de devenir un être libre, nouveau, et de faire bon usage de ses biens terrestres, qu'ils soient matériels, culturels, intellectuels ou spirituels. Il les fera servir à la croissance du Royaume de Dieu. C'est d'ailleurs en principe l'obsession prioritaire de ceux et celles qui se réclament de Jésus Christ. Il serait bien utile de nous en souvenir. Car tout ce qui, d'une manière ou d'une autre, n'est pas investissement dans la construction dès ici-bas du "royaume de justice et de paix", est perdu.

Tous, nous avons certainement fait de mauvais placements. Serons-nous assez sages pour faire un inventaire, vendre et liquider pour mieux placer… A qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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