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19/07/2016

Homélie du 17e dimanche ordinaire C

Homélie du 17e dimanche ordinaire C

Gn 18, 20-32 ; ( Col 2, 12-14) ; Lc 11, 1-13

Pour faire mieux comprendre les réalités spirituelles, rien de tel que d'utiliser des exemples concrets de la vie courante. C'est ce que fait l'auteur de la Genèse en utilisant une vieille légende et les habitudes du marchandage oriental de l'époque. Une époque qui n'est plus la nôtre.

Jésus, lui aussi, pour donner son enseignement sur la prière, utilise deux faits divers qui faisaient partie de la vie ordinaire du village. C'est beaucoup plus clair qu'une simple théorie.

Après avoir consulté le premier et le deuxième Testament, rappelons deux faits divers :

1) Au cours d’une fancy fair fluviale, un membre éminent du Parlement britannique tombe dans la Tamise. Rapidement repêché, sous les yeux gourmands des caméras de la télévision, la victime commente : "Tout va bien, mais une seule chose m’inquiète. Au départ, nous avions reçu la bénédiction de l’archevêque de Cantorbery. Manifestement, sa prière n’a guère été exaucée."

2) En Inde, un ministre des communications qui déclare : " Les chemins de fer indiens sont de la responsabilité du Seigneur (Dieu), Vishwakarma ; il en va ainsi de la sécurité des passagers. C’est son devoir, pas le mien".

Deux exemples de la vie ordinaire, qui reflètent une certaine conception de la prière, que l’on retrouve parmi les croyants dans toutes les religions. Il y a évidemment ceux qui doutent de l’utilité et de l’efficacité de la prière. Ils ont tort. D’autres la trouvent ennuyeuse et difficile. Elle ne l’est pas. Un certain nombre lui attribue des vertus magiques, et même l’efficacité d’un chantage. Ce qui est une erreur.

Nous prions avec conviction pour la guérison d’un malade. Nous n’aurons peut-être que sa mort comme réponse. On prie et l'on fait prier pour conserver son travail, et l'on se retrouve au chômage. Il y a des prières qui se terminent par des déceptions, voire même des révoltes. Jésus cependant, et tous les prophètes avant lui et après lui, ont répété : "Demandez et vous obtiendrez. Qui demande, reçoit". Alors ?

Très souvent, nous supplions Dieu de nous épargner échecs et souffrances. Et nous pensons un peu légèrement que sa toute puissance doit se traduire par la satisfaction de nos désirs immédiats, y compris réussir un examen, obtenir du beau temps pour "mes" vacances. "Père, dites une bonne prière pour moi. Je joue au Lotto. Si je gagne le gros lot, je n’oublierai pas vos œuvres" !

Quand Jésus parle de la prière, c’est autre chose. Ce qu’il a appris à ses disciples, ce ne sont pas des formules de prière, mais un art de prier, qui est en même temps un art de vivre. Prier, c’est d’abord établir une relation de confiance. Ouvrir notre porte, permettre à Dieu en quelque sorte de venir habiter en nous et nous laisser transformer par lui. La meilleure école de prière est évidemment celle que Jésus nous offre, par son exemple et son enseignement. Une prière filiale. Papa. Comme on dit "Maman". Matthieu dira "Notre Père". Nous ne sommes pas des enfants uniques. Nous avons des frères et des sœurs de la grande famille humaine, dont nous sommes solidaires, et nous sommes aussi un peu leur porte parole.

Jésus se situe dans la perspective d’une société à bâtir, un royaume d’amour, de justice et de paix. Et c’est à la lumière de l’aboutissement de ce projet qu’il regardait et jugeait toute chose, y compris les risques d’une opposition et d’une condamnation. Dès lors, la véritable prière oriente nos démarches, et donc aussi nos demandes, vers l’essentiel. Dans la logique d’un monde renouvelé. Ainsi, la prière nous met à l’écoute du Verbe de Dieu, pour que nous puissions laisser modeler notre vie par la sienne. Ecouter la Parole, disait Jean Paul II, c’est la chose la plus importante au monde.

D’ailleurs, la prière que Jésus nous a laissée est moins une formule à réciter qu’un programme de vie à réaliser. C’est moins obtenir ce que nous demandons que de devenir autre et d’apprendre à voir les personnes, le monde, les événements, autrement. L’écouter, c’est se laisser transformer. Communier à son amour, c’est prendre le risque d’aimer comme lui. Participer à ses projets, c’est bouleverser nos ambitions trop humaines.

Oui, quand on demande, on reçoit, quand on frappe, la porte s’ouvre, et LA réponse c’est de recevoir l’Esprit Saint, pour que dans les situations que nous lui avons présentées, nous puissions agir et réagir selon le même Esprit.

Ainsi, en découvrant le pardon de Dieu à mon égard, je devrais comprendre que je dois moi aussi pardonner. "Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient." Tout comme en apprenant à mieux le connaître, j’en viendrai à lui exprimer mon admiration et ma reconnaissance.

Dans cette perspective, l’eucharistie est un modèle de prière, puisqu’elle nous met à l’écoute du Verbe, Parole de Dieu, qui nous apprend ce qu’il attend de nous. Accueillir son Esprit d’amour, de pardon et de paix. Notre prière alors peut s’étaler en demandes et en remerciements, en cris d’angoisse et en cris de joie. Elle peut s’exprimer en admiration et en interrogation, en termes de tendresse ou de repentir. Elle nous conduit à la pleine communion.

Ainsi la prière, et donc l’eucharistie, peut transformer le découragement en espérance, réveiller les endormis, en faire des acteurs et des bâtisseurs. La contemplation provoque l’action et la nourrit. Pour apprendre à prier et pour prier il n’y a ni truc ni recette ni ficelle. Mais il y a l’école du Christ et le témoignage de nombreux priants.

Aujourd’hui, nous disposons de moyens considérables, pour apprendre à prier, à méditer, à contempler. Sur Internet, il y a un choix étonnant, pour toutes les sensibilités. Mais, pas facile de bien choisir. Il existe même de petits ouvrages qui permettent de passer quelques minutes, durant 15 jours, en compagnie d’un maître spirituel, homme ou femme. A domicile. Une collection, riche de plus de 100 volumes… Que ce soit le curé d’Ars ou Thérèse d’Avila, François d’Assise ou sainte Claire, Teilhard de Chardin ou Don Helder Camara, Mère Teresa ou Colomba Marmion. (Ed. Nouvelle Cité)

Nous n’avons que l’embarras du choix.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Merci pour ce commentaire riche et concret, transcendant les limites de temps. Bravo.

Écrit par : Sylvestre | 24/07/2010

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