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12/07/2016

Homélie du 16e dimanche ordinaire C

Homélie du 16e dimanche ordinaire C

Gn 18, 1-10 ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42

Les évangélistes aiment les contrastes. Dimanche dernier, Luc nous présentait Jésus faisant l'éloge d'un sans loi, un mécréant à ne pas fréquenter, l'ennemi héréditaire. Et cela, pour la qualité exemplaire de son action caritative. Il s'était vraiment coupé en quatre pour secourir un inconnu.

Mais les spécialistes de la Loi, de la prière et de l'orthodoxie, sont blâmés pour s'être manifestement trompé de loi, en passant à côté de l'essentiel pour respecter l'accessoire.

Aujourd'hui, on a l'impression que Jésus blâme celle qui se coupe en quatre pour l'accueillir et bien le recevoir, alors qu'il fait l'éloge de celle qui se tourne les pouces, se laisse servir et se contente d'accaparer le visiteur.

Par contre, la première lecture fait l'éloge d'Abraham qui court à la cuisine, à l'étable et aux champs, pour offrir une hospitalité trois étoiles aux trois étrangers de passage. Une hospitalité tellement exemplaire qu'elle sera récompensée, dit le récit. Au cours de l'année, le couple aura un fils. Un récit qui affirme une idée capitale de la spiritualité juive, que le Christ développera largement : recevoir l'étranger c'est recevoir Dieu lui-même. Ou, comme l'écrit l'auteur de l'épître aux Hébreux : "N'oubliez pas l'hospitalité, car c'est grâce à elle que, sans le savoir, certains ont hébergé des anges", c'est-à-dire des messagers de Dieu (He 13, 2).

Tous ces épisodes sont très contrastés, non pour présenter les oppositions entre noir et blanc, bien et mal, ou, comme on le fait trop souvent avec celui de Marthe et Marie, pour opposer action et contemplation, engagement et prière. Ce qui est un faux problème puisqu'ils sont aussi nécessaires l'un que l'autre et chacun l'un pour l'autre. Il ne s'agit donc pas de donner en exemple Marie au salon et de blâmer Marthe au fourneau, ni de résumer l'épisode en disant que l'une écoute et ne sert pas, que l'autre sert et n'écoute pas.

L'évangile n'est pas un journal qui rapporte des faits divers ou qui donne des conseils sur l'art de recevoir des invités. Nous sommes ici en présence d'une catéchèse qui veut nous rappeler la primauté de la Parole et du service de la Parole, qui suscite tous les autres services, les éclaire, les inspire, les oriente et leur donne leur véritable esprit. Quand le Seigneur parle, qu'y a-t-il de plus urgent à faire sinon l'écouter ?

Mais pourquoi des reproches adressés à Marthe ? Ils ne portent pas sur le service et le dévouement, mais sur l'inquiétude et l'agitation qu'elle manifeste. Au lieu de servir avec modestie et discrétion, et donc avec une véritable gratuité, elle attire l'attention sur ses performances. La principale erreur de Marthe, écrit une femme théologienne, "vient de ce qu'en servant, elle se conduit en maître. Ses mains font la besogne, son esprit gouverne. Elle porte ensemble le tablier et la culotte. A Jésus comme à Marie, elle dicte la conduite à suivre et entend être obéie."

Et la meilleure part ? Ce n'est pas simplement rester assis aux pieds du Seigneur. Ni refuser le service ou, comme le disait avec humour un maître des novices : "Si être contemplatif consiste à ne rien faire, je connais un certain nombre de paresseux qui sont de grands contemplatifs".

L'important, c'est que Marie écoute Jésus. Elle se nourrit de sa Parole. Tout comme le bonheur de Marie, Mère de Jésus, n'est pas de l'avoir porté et allaité, mais bien d'avoir, comme dit Luc, écouté et mis en pratique la Parole de Dieu. On ne s'étonnera donc pas d'entendre Paul écrire aux Colossiens que sa première mission est précisément d'annoncer et d'accomplir pour eux ou en eux la Parole.

Mais si l'écoute est première, elle ne peut atteindre son authenticité et sa plénitude que dans une incarnation et une pratique, un service. De plus, la réciprocité s'impose car, pour que la pratique devienne et demeure évangélique, elle a besoin d'être régulièrement nourrie et purifiée par une fréquentation assidue de la Parole, un retour à la source.

Au Carmel, la charte de la contemplation se résume en une phrase : "Garder la Parole en son cœur". "La contemplation, dit Vatican II, est une adhésion à Dieu du cœur et de l'esprit. Mais il ne s'agit pas d'une adhésion purement intellectuelle, qui n'engage à rien. Cette adhésion qui se révèlera en Jésus Christ, ne devient réelle que lorsqu'elle s'incarne dans le comportement, dans le service, car elle entraîne l'apostolat".

S. Bruno, évêque qui devint moine au 12e siècle, qui faisait l'éloge de la vie contemplative, ajoutait : "Cependant, la vie active est à ce point nécessaire que sans elle, la vie contemplative elle-même ne peut exister ici-bas".

Cette leçon de catéchèse s'adresse à tous : aux activistes constamment sous pression, engagés dans une course perpétuelle contre la montre sans pouvoir disposer d'une minute pour écouter et ruminer la Parole. Elle s'adresse aussi à de pieux croyants tellement absorbés par des prières, dévotions et révélations qu'ils en oublient de se mettre à l'écoute de la Parole pour la mettre en pratique.

Toute activité, même contemplative, est subordonnée à la charité.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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