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05/07/2016

Homélie du 15e dimanche ordinaire C

Homélie 15e dimanche ordinaire C

Dt 30, 10-14 ; (Col 1, 15-20) ; Lc 10, 25-37

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles ! Ainsi, il m’arrive régulièrement, comme à vous, probablement, d’être heureusement surpris, parfois même émerveillé, en découvrant dans la vie courante des actes de courage et de générosité, des initiatives de solidarité ou de pardon, là où je ne m’y attendais pas du tout. Ce qui me rappelle un témoignage d’André Chouraqui, déclarant  : Moi qui suis juif, "je n’ai pas besoin de recevoir un baptême chrétien pour agir en frère avec les chrétiens". Ce qui est exact.

La Bible nous offre bien des exemples comparables. Des siècles avant Jésus Christ, par exemple, l’armée des Samaritains, écrase la troupe des juifs de Juda, leurs frères ennemis. Surprenant pour l’époque, les prisonniers seront soignés, nourris, habillés par les vainqueurs, puis reconduits parmi leurs frères, à Jéricho (2 Chr 28, 15). Et là, les juifs orthodoxes ont pu constater que leurs ennemis héréditaires pouvaient, en pratique, se comporter d’une manière exemplaire, malgré leurs doctrines et leurs cultes schismatiques.

Juifs et Samaritains étaient, de fait, séparés par une véritable haine congénitale. Tout en se réclamant chacun de la même Loi de Moïse, de la même Parole prophétique, dite Parole de Dieu. Ce qui n’a rien d’extraordinaire ou d’exceptionnel, car une loi peut être bien ou mal comprise, bien ou mal interprétée, selon la lettre ou selon l’esprit, avec une mentalité ouverte ou, au contraire, étroite et craintive. Or, dans la Bible, le Dieu de la Loi est moins un Dieu autoritaire qu’un Dieu du dialogue, qui aime parler pour se faire entendre et qui attend qu’on lui réponde.

C’est ainsi qu’on a pu dire qu’il y a dans le premier Testament une histoire du détournement du vrai sens de la Loi, malgré les appels répétés des prophètes. Tandis que l’Evangile, se présente comme une invitation pressante et constante à retrouver le vrai sens de la Loi, tel qu’il se manifeste en Jésus, dans sa parole et dans ses actes.

Retrouver le vrai sens de la Loi, ce n’est évidemment pas la supprimer. C’est lui rendre toute sa vérité, son idéal, pour pouvoir l’accomplir plus fidèlement. Or, la source de la Loi, c’est le dynamisme même de la vie qui jaillit de l’amour parfait. Et cet amour parfait, c’est l’être même de Dieu. Dieu est amour. Dieu est l’Amour. Il n’empêche qu’une loi d’amour peut être détournée, et même tuée par le légalisme, par exemple, c’est-à-dire l’obsession de la lettre, qui peut en trahir l’esprit. Comme on le voit encore aujourd’hui chez les fanatiques de tout poil. D’ailleurs, l’apôtre Paul a très souvent polémiqué contre la Loi telle qu’elle était interprétée et incarnée par certains tenants d’un judaïsme rigide, formaliste et intransigeant. Ce qui vaut tout autant pour le christianisme.

C’est ce que démontre la parabole du Samaritain. D’abord, il ne s’agit pas d’"un bon Samaritain", ni d’un Samaritain exceptionnel, mais bien d’un Samaritain ordinaire. Un sans loi. Un homme, écrit Luc. Avant lui, nous trouvons deux fonctionnaires du sacré, excellents connaisseurs des lois, rites et règlements. La célébration liturgique terminée, ils sortent du Temple et retournent chez eux… Sur la même route, dans le fossé, un anonyme, victime d’un "car jacking", battu, blessé, couvert de sang, dépouillé de son portefeuille, de ses cartes de crédit et de son portable, dirions-nous aujourd’hui.

Voilà les fonctionnaires du Temple confrontés à un cas de conscience. En effet, ils sont de service pour le sacrifice du soir. D’où, obligation de rester purs de tout contact avec du sang ou un cadavre, précise la loi de pureté. Un règlement sacré. Pas question de prendre des risques. Ils vont donc interpréter la loi de pureté à la lettre… Ils changent de trottoir. Priorité absolue à la loi religieuse et à la validité du culte.

En réalité, ils dissocient arbitrairement l’amour de Dieu et l’amour du prochain, comme s’il n’y avait pas une relation étroite et indissoluble entre les deux. L’unique commandement d’amour, en effet, a deux dimensions inséparables : une verticale et une horizontale.

Le troisième passant, c’est le Samaritain. Ce mal pensant, ce pelé, ce galeux, qui, lui est saisi de compassion, pris aux tripes. Comme on le verra dans une autre page de l’évangile, avec Jésus, saisi de compassion à la vue de la veuve de Naïn. Il ne pense pas d’abord à lui, mais à l’autre. De même, le Samaritain, qui réagit en prenant des initiatives interdites, selon les interprétations rigoristes et ritualistes de la Loi. De plus, il ne va pas se contenter du minimum d’assistance à personne en danger. Il songe même à la suite, jusqu’à y consacrer du temps et de l’argent.

Or, Jésus va prendre l’hérétique-Samaritain comme un modèle d’application concrète du grand précepte de la Loi. Car aimer son prochain, c’est aussi se débarrasser de préjugés de races, de castes, de nationalités, de religions. C’est donc zéro à l’examen pour les spécialistes du culte,  pourtant parfaitement compétents en la matière.

Mais qui, en définitive, est le prochain ? En réalité, la Loi ne le précise pas. D’où, la question du disciple. Pour Jésus, et contrairement à l’opinion courante, le prochain est celui qui manifeste de la miséricorde et non pas l’homme en détresse, laissé sur la route et bénéficiaire du geste de compassion. Le prochain, ce n’est donc pas l’autre à aimer et à secourir, mais bien celui qui s’est fait proche de lui. Celui qui ne consulte pas d’abord et scrupuleusement le règlement, mais qui s’approche au lieu de changer de trottoir ou de rester à distance. Et plutôt que de discuter, il met la main à la pâte. C’est ce que nous sommes invités à faire.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

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Écrit par : Sylvestre | 10/07/2010

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