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21/06/2016

Homélie du 13e dimanche ordinaire C

Homélie du 13e dimanche ordinaire C

1 R 19, 16b, 19-21 ; Ga 5, 1, 13-18 ; Lc 9, 51-62

De la charrue à la politique, de la vie confortable aux risques de l'aventure, de l'anonymat au succès populaire ! C'est ainsi que pourrait se résumer l'histoire de ce cultivateur aisé, appelé Elisée ou "Dieu a aidé", après sa surprenante rencontre avec Elie, "homme de Dieu", grand défenseur de l'orthodoxie et prophète découragé par l'inconduite d'un "peuple de Dieu" qui a rompu l'alliance avec Dieu, démoli ses autels et même tué ses prophètes (1 R 19, 14). Mystère d'une rencontre, audace d'un appel : "J'ai besoin de toi pour prendre ma relève"… Et ce fut le coup de foudre. Le laboureur partagea ses biens, fit ses adieux à ses parents, "partit à la suite d'Elie et se mit à son service"… On le retrouvera plus tard aux confréries prophétiques, conseiller militaire, actif dans les affaires intérieures du pays et dans la politique internationale. Sachant se faire écouter, il n'hésitait pas à en appeler à la Parole de Dieu chaque fois que l'institution royale était déficiente (1).

Débarrassée des enflures propres à l'enthousiasme admiratif des récits et poèmes épiques, la destinée d'Elie fait partie des histoires courantes en tous temps et en tous lieux. Mystère de ces rencontres qui jalonnent notre vie quotidienne et dont une seule peut modifier toute une vie. Visite de la maladie qui vient remettre les pendules à l'heure. Confrontation avec l'injustice ou la misère, la générosité et le dévouement. Voix prophétique qui secoue notre échelle des valeurs, ou voix intérieure murmurant de pertinentes questions et suggérant des réponses mobilisatrices.

Point n'est besoin pour autant d'être en retraite, à l'église ou en extase. Elisée a été "saisi" la charrue à la main. Gédéon battait le blé dans le pressoir. Samuel perçut la voix de Dieu la nuit dans un rêve. Et Matthieu était tout simplement de garde au bureau des contributions. Pourquoi s'étonner d'une telle simplicité quand on voit tant de rencontres bouleversantes et décisives provoquées par un train en retard, un accrochage de voitures ou le prêt d'un livre.

Ainsi, à qui veut bien être attentif, les appels au service fusent de tous les côtés. Non pas comme une menace pour notre liberté, mais au contraire pour nous libérer de certains esclavages et, comme dit Paul, pour se mettre par amour au service les uns des autres, "car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (2e lecture).

Sans les exclure, cela va de soi, il ne s'agit pas ici de vocation sacerdotale ou religieuse. Ce dont il est question essentiellement, c'est de l'appel général que Jésus adresse à tous ceux qui veulent le suivre, non pas sous la contrainte d'une "Loi", mais par choix libre, confiant et courageux.

Cependant, qui que nous soyons, nous avons peine à croire que la véritable et pleine liberté est de se mettre au service de Dieu et du prochain. Il est vrai que la tendance instinctive de l'humain charnel est de "se faire centre de tout en se coupant des autres tout autant que de Dieu" (Urs von Balthasar). Les conséquences, nous les connaissons pour en être témoins chaque jour, dans tous les domaines et à tous les niveaux : course à la domination, écrasement des plus faibles, élimination des adversaires, asservissement de l'homme par l'homme, violences de tous genres. Mais, comme nous le rappelle l'Evangile, il y a aussi d'autres asservissements : celui du racisme et de l'intolérance dont font preuve les Samaritains envers les Juifs de passage, celui de Jacques et de Jean, prisonniers de leurs rancunes et de leur esprit revanchard. On pourrait y ajouter l'esclavage du confort et des habitudes, celui de la mode et du qu'en dira-t-on.

La vraie grande liberté, qui conduit la personne à sa plénitude est amour et service. Elle est essentiellement d'ordre intérieur, là où se trouvent ses racines et sa force. Etre libre, ce n'est pas "se laisser aller aux pulsions de l'égoïsme", mais bien au contraire se libérer de leur esclavage. Comme l'écrivait Paul aux chrétiens de Corinthe : "Tout m'est permis mais tout ne construit pas" (1 Co 10, 23). Ou encore : "Tout m'est permis mais tout ne me convient pas. Tout m'est permis, mais moi je ne me laisserai asservir par rien" (1 Co 6, 12). L'Esprit nous délivre de la Loi. L'enseignement et l'attitude de Jésus nous en donnent la preuve tout au long de l'Evangile.

Si nous réussissons ce test, c'est que nous sommes vraiment libérés et capables d'en libérer d'autres.

(1) "La Bible de A à Z", tome 3, Personnages, Brepols 1989.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Que son esprit nous rende de plus en plus libre.
merci pour votre engagement évangelique.
P. IKANI

Écrit par : Père IKANI | 22/06/2010

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