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14/06/2016

Homélie du 12e dimanche ordinaire C

Homélie du 12e dimanche ordinaire C

Za 12, 10-11 ; 13,1 ; Ga 3, 26-29 ; Lc 9, 18-24

Jésus de Nazareth n'a certainement pas inventé la technique du sondage, mais il l'a modestement utilisée dans ce qui pourrait être qualifié de mini-sondage. Les réponses données par la foule ne doivent pas nous surprendre. Aujourd'hui aussi, elles seraient très variées, souvent théoriques et rarement tout à fait satisfaisantes.

En Israël, depuis des siècles, des prophètes annonçaient régulièrement la venue d'un messie, d'un libérateur. Mais sa personnalité et sa mission variaient selon les époques, les écoles théologiques, les tendances ou les circonstances.

Quand on parcourt les livres du premier testament, on découvre d'ailleurs beaucoup de messies. Messie signifie en hébreu "celui qui a été marqué par l'onction avec de l'huile de l'olivier". Une huile considérée comme un don de Dieu et qui a symbolisé le don de Dieu par excellence qui est son Esprit. Est donc messie celui que Dieu, avec (ou même sans) onction d'huile, imprègne de son Esprit pour lui faire accomplir son œuvre.

Et messie en grec se dit "christ". Donc, Messie et Christ, c'est la même chose. Ainsi, dans l'histoire d'Israël, tous ceux qui reçoivent l'onction royale, l'onction prophétique ou l'onction sacerdotale sont des christs ou des messies.

Or, Jésus de Nazareth n'a pas reçu d'onction d'huile matérielle. Mais quand il reçoit le livre d'Isaïe dans la synagogue de Capharnaüm, il proclame : "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction." Une onction spirituelle, qui est la présence et l'action de l'Esprit.

La réponse que donne Pierre à la question de Jésus est donc correcte, mais ce n'est, dirions-nous, qu'une réponse toute faite, sortie du catéchisme des premières communautés chrétiennes auxquelles appartenait Luc. Elle ne dit pas de quel genre de messie il s'agit. Et il existait plusieurs conceptions différentes, et même opposées. Nationaliste, politique et même raciste, tel ce texte pharisien du siècle précédant la naissance de Jésus, qui décrit le messie "chassant l'immigré et l'étranger de la terre sainte pour en bannir toute souillure et gouvernant toutes les nations de la terre depuis Jérusalem".

Une conception très répandue, qui était fort probablement celle des disciples. De toute manière, Jésus interdit à Pierre d'en parler. Et il lui apporte aussitôt un correctif de taille en annonçant qu'il devra souffrir. Jésus ne sera donc pas, contrairement à certaines espérances, un homme de pouvoir, ni un vainqueur politique ou militaire, ni un chef religieux tout-puissant et applaudi, mais bien un "Fils de l'Homme". Ce qui est le symbole biblique des "justes" ou des "saints" persécutés, mais finalement triomphants. Un Christ qui va, comme la suite le montrera, être incompris et rejeté par les sages de son peuple, par les chefs des prêtres, l'élite religieuse et la société bien pensante, jusqu'à être condamné à mort. Ce n'est pas un messie très séduisant et le suivre comportait et comporte toujours d'énormes risques.

La réponse de Pierre, littéralement bonne, n'engageait cependant à rien. Il ne suffit pas que nos énoncés théologiques soient théoriquement irréprochables et donc orthodoxes. Il leur manque souvent l'essentiel, qui est d'être concrétisés, incarnés par une conversion effective de mentalité et de vie. La seule vraie réponse valable pour ces candidats disciples était d'oser s'impliquer personnellement et collectivement dans l'aventure du Christ, marcher à sa suite, entrer dans l'esprit des béatitudes, au risque de subir son sort. Ce qui est vrai pour tous les temps.

Si l'on interroge les foules, mais aussi les chrétiens, tout au long des 2000 ans de christianisme, on constate qu'ils refont constamment Jésus Christ à leur image. Un Jésus sur mesure. Même un Jésus athée. C'est un "sondage" de ce genre qu'a réalisé le Père Sesboué dans l'ouvrage "Jésus Christ à l'image des hommes" (DDB). Il y a certes des images déformées, des interprétations déséquilibrées, des caricatures… Mais elles sont révélatrices des questions que tous, à chaque époque, se posent à propos de Jésus…

Imaginons maintenant que Jésus, présent incognito dans notre assemblée, se lève, interrompe l'homélie et nous dise : "Pour vous, personnellement et collectivement, pour vous tous réunis ici en mon nom, qui suis-je ?" Qui suis-je pour toi ? Qui suis-je pour toi ? … Quelle réponse personnelle pourrions-nous donner ? (1). Non pas une réponse d'examen, c'est-à-dire conforme à une définition du catéchisme, mais une réponse exprimant la qualité de la relation que nous entretenons avec lui. Nous aurions peut-être peur de constater combien il y a de Jésus différents dans les têtes et les cœurs des uns et des autres. Et peut-être aurions-nous peur de nous trouver face à nous-mêmes. La tentations est de se faire du Christ une image qui nous arrange, qui nous évite d'être dérangés et de devoir changer quelque chose à nos idées, nos habitudes, à nos "certitudes".

Ce qui est en jeu, ce n'est pas de donner une réponse et de proclamer que Jésus est Messie. La question nous est posée pour que nous puissions vérifier notre position vis-à-vis du Seigneur, pour que nous nous mettions ou remettions en route. Prendre son chemin, porter sa croix chaque jour, apprendre à donner sa vie goutte à goutte, tous les jours, modestement, en aimant les autres, en construisant la paix, en combattant pour la justice et la dignité de toute personne humaine.

En méditant l'enseignement de Paul dans la première lecture, nous constaterons que, personnellement et en Eglise, nous sommes encore bien loin d'avoir revêtu le Christ. Ou plutôt d'en avoir compris toutes les conséquences pratiques.

"Pour vous, qui suis-je ?" Voici une invitation pressante à vérifier constamment nos idées sur Jésus et à comparer nos comportements avec les siens.

(1) "Eclats d'Evangile", G. Bessière et H. Vulliez, DDB 1998.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Un jour, près de mon mari malade, une voix intérieure me dit:"Prends-le pour Jésus" puis une parole venue de ma mémoire:"Ce que tu fais aux plus petits d'entre les miens c'est à moi que tu le fais".

Cette expérience apporte la réponse à la question du jour.

Par son esprit Jésus est présent dans le coeur de toux ceux qui souffrent. Il est amour, miséricorde, bonté etc.

Écrit par : Rita Rousseau | 21/06/2010

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