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22/03/2016

Homélie du dimanche de la Résurrection, Pâques, C

Homélie du dimanche de la Résurrection, Pâques, C

Ac 10, 34a. 37-43 ; 1 Co 5, 6-8 ; Jn 20, 1-9 ou Lc 24, 1-12

Merveilleux récit, un peu fantastique, une vision d'apocalypse ! Quelques femmes ont vu et entendu, elles ont connu la panique qui paralyse, puis l'exubérance qui les fait courir et raconter. "Merci donc aux femmes qui ont crié au monde le premier mot de cette Bonne Nouvelle !", écrit une religieuse belge dans un document pour la promotion de la femme. Elles nous donnent aussi une fameuse leçon. Le Christ est quelqu'un qu'il faut chercher, mais quelqu'un dont la rencontre est souvent une surprise. Comme elles, nous cherchons parfois un Christ souffrant, un cadavre, et nous trouvons un être vivant… Quelle que soit la surprise des rencontres, il nous faut aussi, comme ces femmes, comme ces apôtres, accepter les rendez-vous que nous propose le Seigneur. Comme elles aussi, nous devons accepter un certain nombre de missions, et notamment celle d'annoncer que le Christ est vraiment ressuscité. Et nous souvenir que le dimanche est vraiment le jour du Seigneur et que ce jour mérite d'être célébré dans la joie toujours plus grande que la crainte, même si elle ne doit pas toujours, comme aujourd'hui, éclater comme un feu d'artifices.

Mais, croyons-nous en Jésus ressuscité ? Et qu'est-ce que cela veut dire ? Nous ne sommes pas tout à fait à l'aise parce que notre foi est bien souvent appuyée sur des béquilles pas très solides : les béquilles de la science humaine, les béquilles du sensible. Nous aimerions voir, sentir… pouvoir être assurés, affermis, enracinés dans une certitude physique. Et pourtant, toutes les preuves du monde ne nous donneront jamais la foi. Notre curiosité instinctive nous fait rêver de description précise. Nous voudrions pouvoir imaginer exactement la résurrection. Notre esprit scientifique, dont nous sommes tous plus ou moins marqués, multiplie les objections, jusqu'à la tentation de ne pas croire… Tout cela est beau, mais un peu fort…

Evénement devenu le fondement de l'Eglise, la première et essentielle prédication des apôtres, fondement de la foi de tous les chrétiens et de notre propre foi : Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide, vide aussi notre prédication ! Cela était vrai du temps de Pierre et de Paul, cela reste vrai aujourd'hui. Et nous nous disons au fond de notre cœur : Le Christ est-il vraiment ressuscité et notre foi n'est-elle pas vaine ?

La catéchèse, et même l'exégèse, nous présentent parfois un Christ qui ne serait ressuscité que dans le cœur et l'esprit des apôtres, une résurrection strictement subjective, intérieure, une pure expérience mystique. Et, en effet, la Résurrection échappe à l'histoire, il n'y avait pas de témoin au moment même. Les apôtres n'ont pas cherché à décrire ce qu'ils n'avaient pas vu. Mais c'est un événement qui est au-delà de l'histoire. Il s'agit d'un autre corps, d'un autre mode de vie, d'un autre monde.

Historique cependant, puisque les apparitions, quel que soit leur genre, sont arrivées à un certain moment, et que les conséquences de la résurrection sur l'histoire sont vraiment incalculables. Mais il s'agit surtout d'une expérience de foi.

Il y a, en effet, plus que ce qui se mesure, se compte, ou se voit. Il y a plus que des instruments de perception, autre chose que des photos… Il y a toujours la foi qui fait discerner, qui fait voir ce que d'autres ne voient pas.

Croire à la résurrection de Jésus, c'est croire que l'être de Jésus ne vit pas seulement dans la mémoire des êtres humains, mais qu'il a été rendu personnellement, tout entier, à la vie qui ne finit pas… Et il n'est pas difficile de comprendre que la foi en cette réalité bouleverse véritablement la vie.

Mais la foi en la résurrection n'est pas simplement un problème de vie future. Comme les apôtres, il nous faut à chaque instant proclamer que Jésus vit encore aujourd'hui. Confesser Jésus, ce n'est pas simplement rappeler l'existence terrestre de Jésus de Nazareth, qui a vécu en chair et en os. C'est dire, c'est montrer, c'est prouver qu'il est encore quelqu'un, et qu'il vit. C'est ravitailler sans cesse le dynamisme de notre foi, c'est dégager sans cesse nos écluses intérieures pour laisser passer le souffle de l'Esprit. C'est prouver par notre comportement que la vie ici-bas n'est pas un but et que le véritable étalon d'or ce sont les valeurs de l'esprit et la fidélité à celui qui nous a révélé le Père. C'est montrer aussi, même dans l'épreuve, une sérénité qui étonne, et dans la vie, une joie qui fait pressentir un bonheur que le monde ne peut donner.

Rappelons-nous, en méditant et en réaffirmant les promesses du baptême, qu'il s'agit bien pour nous, aujourd'hui, de poser non pas seulement un acte de foi intellectuel, mais un acte de foi qui est un engagement vis-à-vis d'une personne et qui nous rend capables de le suivre, de surmonter la peur, de nous faire missionnaires.

Et qu'en sortant de cette église, nous nous sentions pleins d'espérance, pleins d'une joie profonde, tellement grande qu'elle soit capable de surmonter les méchancetés, les tristesses, les rancunes, les faiblesses, les fautes, pour essayer de jeter sur le monde un regard plus optimiste, plus constructif, plus révélateur de vie, voir dans tous et partout le germe de bien, le germe de vie, le germe d'espérance. Et ainsi, ressusciter à une vie nouvelle, selon Jésus Christ, c'est-à-dire une vie de charité, de justice, de compréhension, de fraternité.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

 

Commentaires

"voir dans tous et partout le germe de bien, le germe de vie, le germe d'espérance".
Croire en Jésus vivant parmi nous c'est donc voir le monde à travers Lui.
J'ai vécu une expérience qui m'a confirmée dans cette vision d'un Jésus vivant par sa parole. Un matin, je me tenais prêt de mon mari malade. J'allais me laisser emporter par une colère lorsque j'entendis dans le silence de mon être: "Prends-le pour Jésus" puis un mouvement de ma mémoire me rappela une parole de l'Évangile: "Ce que tu fais au plus petit d'entre les miens c'est à moi que tu le fais".
Quelques mois plus tard mon mari mourut. J'étais à son chevet au moment de ses derniers soupirs. Cette fois la voix intérieure me dit: "Prends-lui la main". J'obéis et dans nos deux mains jointes le mot Jésus était écrit.
Je crois que je n'oublierai jamais cette expérience.
Depuis je fais appel à Jésus afin qu'Il vienne à mon aide. J'ai très souvent des réponses étonnantes. Mais il y a une demande qui reste sans réponse c'est celle de voir quelqu'un venir demeurer avec moi.
Serait-ce qu'Il veuille demeurer mon compagnon de prédilection?

Écrit par : rita rousseau | 01/04/2010

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