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23/02/2016

Deux homélies du 3e dimanche de carême C

Deux Homélies du 3e dimanche de carême C

Ex 3, 1-8a, 10.13-15 ; 1 Co 10, 1-6. 10. 12 ; Lc 13, 1-9

Aucune vie humaine ne se déroule comme un long fleuve tranquille. Même si certains en donnent l'apparence. Par contre, il en est beaucoup qui sont synonymes de calvaire ou de champ de bataille. Il est certes parfois question de vie dorée, mais ce n'est jamais de l'or pur. Nous sommes tous et chacun confrontés malgré nous à des risques et à des situations imprévues : accidents, maladies, cataclysmes…

Il n'est sans doute pas inutile de rappeler qu'à l'époque de Jésus, on considérait encore, généralement, que les maladies, les infirmités, les accidents, et même la mort, signifiaient le châtiment d'une faute ! Dans un tel contexte, il n'était donc pas rare que des gens se scandalisent de voir des crimes restés impunis, alors qu'ils auraient dû être immédiatement sanctionnés par Dieu lui-même. Comme si Dieu était le grand justicier qui punit avec des tremblements de terre, des brutalités policières, des inondations ou des incendies. Mais qui épargne les gens pieux. L'assurance tous risques la plus sûre serait donc la religion. D'où, l'inquiétude des disciples face à des faits divers sanglants. Faut-il en conclure que les victimes étaient aussi les coupables ?

Ne demandez pas des comptes à Dieu. Il n'est pas distributeur de punitions ni de mort. Ce qu'il propose, c'est le bien et la vie. Et c'est d'ailleurs ce qu'il offre. Par contre, ce qui est vrai, c’est que tous et chacun des humains que nous sommes sont pécheurs. Nous ne sommes pas vierges de toute méchanceté, de toute injustice, de toute vengeance, de toute cruauté. Ce qui nous rend un peu complices et participants au malheur global présent dans le monde. Nous sommes solidaires et tout le monde a besoin de conversion.

Quand nous sommes confrontés à un échec, à une maladie, un deuil, ou à d’autres épreuves, il arrive que des croyants se demandent : Mais qu’ai-je fait au Bon Dieu ? Comment peut-il permettre une telle épreuve, à moi qui ne lui ai rien fait ? A moi qui suis pratiquant et qui observe les commandements ? C’est à y perdre la foi.

Mais Dieu n’est pas un bourreau, il est tout au contraire solidaire de ses enfants.

La première lecture nous l'a d'ailleurs rappelé : "J'ai vu la misère de mon peuple ; j'ai entendu ses cris ; je connais ses souffrances ; je suis descendu pour le délivrer et le faire monter vers une terre ruisselante de lait et de miel…".

Cependant, il faut bien reconnaître qu’après deux mille ans de prédication de l’Evangile, l’idée n’est pas tout à fait morte d’un Dieu gendarme, distribuant des contraventions. Ou d’un Dieu bon papa gâteau, accordant des récompenses et permettant même de gagner à la tombola. Comme si le Seigneur accordait aux plus vertueux des bons points de santé, des assurances de réussite, et aux coupables la sanction d’un accident, d’un échec, de la maladie, ou d’autres épreuves.

Il est vrai qu'au temps de Jésus certains rabbins expliquaient qu’il y avait un lien étroit entre une transgression de la Loi de Moïse et son châtiment divin spécifique : La lèpre, par exemple, était considérée comme la punition de ceux qui pèchent par la langue. Ainsi, dans la Bible, Myriam, sœur de Moïse, critique son frère derrière son dos. Autrement dit, elle le tue avec sa langue. Aussitôt, elle est frappée de lèpre. Une maladie qu’on ne peut pas cacher. Comme si Dieu cultivait l’esprit de vengeance !

Chez nous, on disait parfois aux enfants : "Si vous faites ceci, ou cela, le Bon Dieu vous punira". Tout comme des chrétiens quelque peu masochistes diront que  : "Dieu châtie ou éprouve ceux qu’il aime".

L'évangile de ce jour nous dit exactement le contraire. Dieu n’envoie pas la souffrance. Il la combat sur tous les fronts, non pas en multipliant les miracles, mais en nous invitant à lutter contre elle, à l’assumer, et même à nous en servir comme éducatrice pour un plus grand bien.

Jésus nous a suffisamment montré que le Père n’utilise pas les épreuves comme des sanctions ou des représailles, à la manière des humains. Par contre, on peut toujours y voir des signes pour nous sortir de notre torpeur, nous rendre plus solidaires, lutter contre toute violence et toute injustice, promouvoir la réconciliation, le pardon et la paix, là où nous sommes, à notre échelle.

L'aventure de Moïse est du même genre. Quand il a vu l'arbre sacré s'enflammer, peut-être foudroyé par un orage, il y a vu un signe qui l'a conduit à ouvrir les yeux sur la situation malheureuse des Hébreux en Egypte. Le Dieu de ses ancêtres lui indiquait une responsabilité et lui confiait une mission. Dieu était moins dans le buisson que dans son cœur. Il y avait une rencontre réelle, mais spirituelle, intérieure.

Nous sommes tous appelés à la conversion, tous appelés à porter du fruit. Dieu, le Père, est comme cet ouvrier vigneron qui contredit la logique de son propriétaire en proposant un nouveau délai de chance au figuier. C’est bien un Dieu patient, mais exigeant. Il allie force et tendresse, justice et miséricorde, l’amour des êtres et l’opposition au mal. Il nous laisse toujours des délais, il nous offre des rappels et des avertissements, pour que nous puissions toujours rectifier notre conduite et porter du fruit. Mais, il y aura un dernier soir et un dernier matin. 

Aujourd'hui, comme à Corinthe ou dans le désert, Dieu attend la réponse de la foi et une conversion permanente qui ajuste notre regard au sien et notre comportement à celui du Christ. Une incarnation. Une concrétisation.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Homélie du 3e dimanche de carême C

 

Thème : Le baptême de l'Esprit ! Un réveil !

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l'homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était " Retrouver le souffle et la liberté de l'Esprit")

Les signes font partie du langage de Dieu. Ils sont comme des perles lumineuses qui balisent notre pèlerinage terrestre vers un ailleurs définitif. C'est pourquoi il nous faut lever la tête et contempler les étoiles. Sans oublier pour autant de baisser les yeux pour oser croiser ceux des exclus couchés dans les fossés de nos chemins, comme autant de Christs abandonnés. Il est aussi impératif d'observer la terre pour nous laisser interroger par l'actualité et laisser l'actualité interroger la Bible. C'est ce que faisait déjà Jésus, toujours attentif à la fois aux voix de Dieu et à la vie de tous les humains.

Saint Luc en témoigne. Lui qui n'était certes pas un journaliste au service d'une feuille à sensation. En ce temps-là, comme en ce temps-ci, Dieu "parle" et "agit" au cœur du quotidien. C'est là, et non pas en dehors de lui, que se tisse l'histoire sainte. Car ce quotidien est témoin de ce que nous sommes, de ce que nous accomplissons, de ce que nous endurons. Dieu le voit et il l'entend.

Pour développer son homélie, Jésus a épinglé deux faits divers. Les dernières nouvelles du journal télévisé. Car "rien n'est profane, des choses, des personnes, des événements", écrit le regretté Michel Quoist dans ses "Prières". Ce jour-là, le gouverneur de Judée a fait massacrer un groupe de pèlerins en prière dans le Temple. Horrible ! Tandis qu'à Jérusalem, un grave accident est survenu au pied d'un rempart, dix-huit personnes ont payé de leur vie ce qui était peut-être une erreur d'architecture.

Jésus ne va pas "faire la morale", mais commenter l'événement au plan religieux. Les carnages, les pogroms, tout comme les épidémies et les accidents spectaculaires, ne sont pas, comme ses auditeurs l'imaginent, la punition d'un péché ni une injustice de Dieu. Non!

Par contre, ce qui est vrai, c'est que toutes les violences humaines partent du cœur de l'être humain. C'est là que couvent les foyers d'incendie, c'est là qu'il faut les éteindre. Profitez du temps qui vous reste, dit Jésus, pour rectifier la direction de votre vie. Nous avons tous des responsabilités. Et nul n'est vierge de toute culpabilité. Même Jean-Paul Sartre, le maître français de l'Existentialisme athée, affirmait à juste titre que "L'homme est totalement et profondément responsable de tous les hommes".

Le figuier que vous êtes, nous répète Jésus aujourd'hui, est peut-être stérile. Voici l'occasion providentielle du carême pour lui procurer de l'air, du soleil et de l'engrais. Alors, il portera du fruit. C'est une forme d'avertissement. "Ne remettez jamais l'essentiel au lendemain". Réveillez-vous, réagissez, osez entreprendre.

Même leçon, avec Paul, qui nous invite à puiser dans l'histoire d'un petit peuple, soumis à l'esclavage d'un plus grand. Puis libéré. Ce qui n'a pas empêché les désenchaînés de déplaire à Dieu tout au long de leur marche vers leur future patrie. Les pèlerins de la liberté n'ont cessé de récriminer. Nous aussi. Beaucoup ont même succombé au charme des idoles, jusqu'à sombrer dans une véritable mort spirituelle. Le même danger nous guette.

Cette histoire doit nous servir d'exemple, disait l'apôtre aux Corinthiens. Ces événements sont éducatifs. Ils sont toujours d'actualité. Les récits bibliques constituent, en effet, une admirable leçon de spiritualité incarnée. Une pure théologie de la libération. Libération de l'âme et du corps, des cœurs et des esprits, celle des humains enchaînés et celle des peuples asservis.

Au départ, il y eut Moïse. Un enfant trouvé et adopté. Un jour, devenu homme, il prend la défense d'un Hébreu agressé, et frappe à mort le coupable égyptien. Mais ce jeune champion de la justice et de la défense des faibles fut incompris de ses proches, menacé d'être dénoncé, obligé de fuir. Il sera désormais un assassin, recherché par la police. Il ne lui restait plus qu'à trouver refuge à l'étranger. Ce lion redoutable se mua en paisible berger, désarmé, sans prestige, impuissant.

C'est lui cependant qui sera réveillé et enflammé par l'Esprit. Tel ce buisson symbolique qui brûle sans se consumer. Ou, comme le chantera plus tard le plus beau des poèmes du Livre des livres : "L'amour est un embrasement sans fin, un feu qui brûle de l'intérieur sans jamais se consumer."

L'Amour en Dieu, qui est l'Esprit, est une flamme ardente qui éclaire, réchauffe, cautérise, et guérit les blessures. Celles du péché et celles de tous les esclavages. C'est pourquoi Dieu aussi, comme Moïse, a vu la misère de son peuple qui est en Egypte.

Il a vu l'oppression inhumaine qu'il devait subir. Il a entendu les lamentations des ouvriers brutalisés sur les vastes chantiers de construction et autres travaux forcés. Comme Moïse, il a vu se multiplier les humiliations de ces réfugiés sans défense. Comme Moïse, il a entendu les cris des Hébreux nouveaux nés de sexe mâle, condamnés par la Loi à être égorgés. Il connaît bien les souffrances de ce peuple asservi par des gens sans pitié. Mais la mesure est comble. Il va les délivrer. Non par un miracle spectaculaire, qui puisse forcer la conviction des hommes, mais bien, comme il le fait toujours, par la foi et le courage de l'un d'entre eux.

Moïse est l'homme rêvé. Un vrai témoin qui a vu, de ses yeux vu. Un témoin et une victime. Homme de cœur et d'audace, il avait déjà voulu, au risque de sa vie, "faire œuvre de justice et défendre le droit des opprimés", comme chante le psaume 102. C'était l'amorce d'un projet de libération. Qui fut brisée dans l'œuf. Le voici impuissant et exilé, sans pouvoir et sans espoir. Forcé à l'humilité et au silence. Un terrain favorable et fécond pour accueillir et faire germer la Parole de Dieu. Une parole de feu, qui embrase le cœur et interpelle l'esprit. Un feu visionnaire.

Tu parleras à tes compatriotes, dit le Seigneur. Je l'ai déjà fait ! Ils ne m'ont jamais écouté ! Va trouver Pharaon ! Inutile, il est impitoyable, intraitable, et il me recherche. Va trouver Pharaon ! Pourquoi m'écouterait-il, je n'arrive même pas à bien m'exprimer. Va trouver Pharaon ! J'ai besoin de ton expérience et je serai avec toi... Moïse fit enfin confiance à cette inspiration de l'Esprit, à ce Souffle, à cette mission à première vue suicidaire.

Ainsi, celui qui, plus tard, sera présenté comme figure du Christ, accepte d'être totalement solidaire des marginalisés de la société égyptienne. Moïse va donc mener campagne et multiplier les initiatives pour qu'ils retrouvent leurs droits élémentaires, leur dignité et l'espoir de la liberté. Soutenu par sa foi en Dieu et l'amour de son peuple, Moïse réussira. Mais plus encore qu'une libération sociale et politique, la longue aventure du désert sera l'histoire d'une libération et d'une alliance spirituelles.

Tout un peuple sera appelé "à marcher du même pas que Dieu".

Le pèlerinage terrestre de l'humanité est du même type. Celui de l'Eglise aussi. Le nôtre également. C'est à nous et à tous ceux et celles qui le suivent que le Christ demande de voir aujourd'hui l'élargissement de la fracture sociale que creuse l'apartheid par l'argent, "avec toutes ses conséquences d'injustices et de déchéances humaines". Voir, regarder, mais aussi écouter les cris de souffrance. Et puis, entreprendre, c'est-à-dire faire œuvre de libération. En nous laissant d'abord libérer nous-mêmes des chaînes de nos esclavages intérieurs. Il nous faut pour cela écouter, ruminer, savourer et prier la Parole. Elle nous rapprochera du Buisson Ardent. Ce Feu, capable de nous enflammer, pour qu'à notre tour nous soyons contagieux de chaleur et de lumière.

"Sur le Sinaï, Moïse n'a pas rencontré Dieu, mais lui-même", a dit quelqu'un. En vérité, commente le cardinal Etchegaray, il s'est rencontré lui-même dans la lumière de Dieu. Un Dieu qui remplit le cœur de confiance. Et qui envoie en mission de libération et de solidarité pour faire advenir son Royaume dès ici-bas.

Les expériences religieuses, spirituelles et mystiques que traduisent la très riche symbolique biblique, ne sont pas une exclusivité du passé. Même un Maurice Barrès (1862-1923), qui n'a rien d'un moine, mais qui dans son journal intime exprime les "mélodies qui sont en lui", écrit ceci : "A de certains moments, si je me promène, il me semble qu'une digue se brise en moi et qui, surexcitant et heurtant toutes mes pensées, transfigure le monde. Tout m'arrête, tout m'intéresse, tout m'est un buisson ardent, et il me semble que je n'aurai pas assez de l'éternité pour écouter cette multitude de chants".

"Tout m'est buisson ardent", répète aussi le Père Carré, de l'Académie française, titrant le dernier volume de son Journal. Pourquoi ? Parce qu'il a conscience que l'Esprit Saint utilise les événements quotidiens, y compris les plus humbles, et qu'il peut sanctifier nos journées jusqu'à l'extrême de l'amour.

Plus interpellant encore est ce cri de Paul Claudel, lancé à la face des chrétiens, et qui peut conclure notre troisième étape : "Vous êtes feu et vous ne brûlez pas" ! Mais que faire ? Réveiller le feu et ranimer la flamme. Rendre souffle à notre baptême, le réactiver. C'est le baptême de l'Esprit. Un réveil. Tout simplement.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

Commentaires

"Réveillez-vous, réagissez, osez entreprendre."
Lire ces paroles alors que j'ai conçu un projet en hommage à François d'Assise devrait me donner des forces pour avancer au large. Pourtant je serais tellement plus rassurée si quelqu'un venait m'accompagner. Ce qui me manque c'est donc la conviction que l'Esprit Saint est à l'oeuvre en moi.

Écrit par : rita rousseau | 06/03/2010

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