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13/02/2010

Homélie du 9e dimanche ordinaire C

Homélie du 9e dimanche ordinaire C

1 R 8, 41-43 ; Ga 1, 1-2, 6-10 ; Lc 7, 1-10

Depuis des siècles, et à toute célébration eucharistique, c'est la déclaration d'un païen, interdit de Temple, que prêtres et fidèles sont invités à proclamer avant de recevoir le Corps sacramentel du Christ : "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ; mais dis seulement une parole et je serai guéri". L'évangile de ce dimanche nous rappelle, si besoin en est, l'origine de ces paroles de confession qui nous sont particulièrement familières. Elles sont signées par un centurion de l'armée romaine dont l'ouverture d'esprit, la tolérance et l'étonnante sollicitude qu'il portait à son esclave ont provoqué l'admiration du prophète de Nazareth. D'où cette réaction de Jésus, qui a dû en choquer plus d'un : "Je vous le dis, même en Israël, je n'ai pas trouvé une telle foi !".

Autrement dit, il y a des modèles évangéliques et des croyants exemplaires en dehors des Eglises et parmi les marginaux et les exclus des temples de pierres. Affirmer le contraire serait rejoindre ces prédicateurs qui jetaient le trouble parmi les Galates et voulaient "renverser l'Evangile du Christ", enfermant la Bonne Nouvelle dans des pratiques figées et périmées, au lieu de se laisser constamment transformer par le message dynamique de la foi.

Jésus mis à part, le personnage central du récit de Luc n'est pas le miraculé, mais bien cet officier païen qui "avait davantage de foi que les juifs, bloqués dans leurs certitudes, empêtrés dans leurs traditions, soucieux de respecter les règles de la Loi. Le païen, paradoxalement, était libre...tout prêt à accueillir la nouveauté de Jésus" (1).

Le récit du centurion, si proche du Christ sans le savoir, montre également combien ce païen était respectueux des convictions de ses interlocuteurs juifs. Il ne pouvait ignorer, en effet, que sa maison était considérée comme "impure" et donc interdite aux "vrais croyants". L'officier ne se sent donc pas "digne" de recevoir le juif Jésus sous son toit. Ce qui ne l'empêche pas toutefois de faire totale confiance en cet homme "dont il avait entendu parler".

Impressionnante leçon d'ouverture, de liberté spirituelle et de non-conformisme, de la priorité de l'amour et du service sur toutes les traditions et règlements faits de mains d'homme, quand on voit Jésus, dépassant les interdits religieux, se mettre en route vers la maison "impure" pour répondre tant à la foi de cet étranger qu'à l'amour exemplaire, exceptionnel à cette époque, qu'il porte à son esclave.

Déjà bien avant le Christ, sages et prophètes ont vigoureusement combattu les tentations humaines de "coloniser la religion", de la transformer en idéologie et de retourner "l'élan de la foi en esprit de système et de secte". Perpétuelle tentation encore de fermer les fenêtres, de dresser des clôtures, de suspecter et même de condamner toute ouverture.

Près de huit siècles avant Jésus-Christ, le premier Livre des Rois a déjà des accents évangéliques. Comme Jésus, Salomon a lutté contre une fausse sacralisation du Temple qui en faisait "la" maison de Dieu, fermée à l'étranger, comme si ce sanctuaire de pierre était plus sacré qu'un être humain, sanctuaire de chair, ou comme si des hommes pouvaient emprisonner Dieu en un lieu et sélectionner d'autorité ceux et celles dont la prière pourra être exaucée ! "Vous êtes le Temple de Dieu...Votre corps est le Temple de l'Esprit", dira saint Paul aux Corinthiens.

L'admirable prière du fils de David (1e lecture), n'est-elle pas déjà imprégnée de l'esprit d'ouverture universelle que nous retrouvons au grand rassemblement d'Assise ? "Si donc, à cause de ton Nom, un étranger, qui n'est pas de ton peuple, Israël, vient d'un pays lointain prier dans ce Temple, toi, au ciel où tu résides, écoute-le. Exauce toutes les demandes de l'étranger".

Grande leçon d'humilité pour tous ceux et celles, dont nous sommes aisément, qui veulent limiter les initiatives incessantes de l'Esprit, ou réduire la Bonne Nouvelle à un code juridique pétrifié. La Parole libératrice de vie et d'amour, de paix et de communion n'accorde aucun monopole. Elle ignore les privilèges. Aujourd'hui, comme hier, il est en tout lieu des hommes et des femmes étiquetés "loin de Dieu" et qui en sont cependant très proches par leur sens aigu du service et du pardon, leur esprit d'ouverture et de tolérance, leur respect et leur amour du prochain, leur manière d'agir, de réagir et même de prier. Jésus nous invite aujourd'hui à reconnaître l'Esprit qui les anime, à rendre gloire à Dieu pour les merveilles qu'ils opèrent et à ne pas leur ménager notre admiration.

(1) "Parole de Dieu pour chaque dimanche" - année C - Noël Quesson - Droguet et Ardent - p 192.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

(parue dans "Prends et mange chaque dimanche la Parole", Fabien Deleclos, Duculot (1991), p 227-228)

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