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10/02/2010

Homélie du 7e dimanche ordinaire C

Homélie du 7e dimanche ordinaire C

1 S 26, 2. 7-9, 12-13, 22-23 ; 1 Co 15, 45-49 ; Lc 6, 27-38

Si vous aimez les romans d’aventures ou les policiers, je vous conseille de lire le premier livre de Samuel dont vous avez entendu un petit extrait. Mais pour mieux comprendre ce passage, il faut savoir que le roi Saül 1er était furieusement jaloux de l’un de ses jeunes officiers, appelé David. Et pourquoi ? Il avait vaincu à lui tout seul le terrible Goliath, le héros de l’ennemi philistin. Conséquence ? Toutes les femmes du pays chantaient sa louange, dit la Bible. Il était devenu LA vedette. Le roi en prit ombrage, jusqu’à craindre pour son trône. Il se mit à lui tendre des pièges diaboliques pour l’éliminer.

Or, un beau jour, énorme scoop dans les journaux du matin. David, poursuivi par un commando d’élite, commandé par le roi lui-même, a réussi à s’emparer de la lance et de la gourde de Saül, dans sa tente pendant qu’il dormait. Et sans profiter de l’occasion pour lui couper la tête. Il avait raté une occasion unique de se venger de son persécuteur. Par contre, il avait refusé et dépassé la loi du talion, une loi de vengeance, qui consiste à rendre coup pour coup.

La violence part du cœur de l’être humain. C’est là qu’elle est engendrée. C’est l’être humain qui a imaginé un dieu à sa propre ressemblance, c’est-à-dire un dieu guerrier. Un dieu des armées. Aujourd’hui encore, on voit des hommes réquisitionner Dieu pour faire la guerre, ou même qui la font pour lui obéir. Comme si Dieu leur demandait d’être violents et qu’il était là pour cautionner leurs crimes. Une lecture intégriste et fondamentaliste de la Bible et du Coran peut sans doute conduire à l’image d’un Dieu armé. Mais c’est oublier que tous les prophètes, et parmi eux Jésus, dénoncent la violence, pour prêcher un Dieu de miséricorde et de pardon, d’amour et de paix. Un Dieu désarmé.

Jésus ne connaît qu’une loi : celle de l’amour. Un amour absolu. Et il en tire toutes les conséquences, que nous sommes tentés de considérer parfois comme excessives. Mais le Dieu de Jésus est désarmé. Et il invite l’être humain à se désarmer lui-même. Un Dieu désarmant. La rencontre et la connaissance de ce Dieu désarmé, a-t-on écrit, désarme l’homme. Il désarme son regard, son cœur, son intelligence et ses bras.

Jésus nous propose d’ailleurs des exemples concrets et percutants. Ils peuvent nous paraître excessifs. Mais ils ne sont pas là pour nous proposer une solution précise et concrète. Il montre la direction qu’il faut prendre, les principes dont il faut s’inspirer et qui devront être incarnés dans telle ou telle circonstance. "A celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre". C’est une affirmation radicale, à laquelle nous tentons d’échapper même par des boutades. Or, Jésus n’a pas appliqué cet enseignement à la lettre. Il n’a pas présenté l’autre joue au valet qui le giflait. Mais il a fait beaucoup plus que ne pas riposter... Tout comme on a vu des Gandhi, des Martin Luther King, Anouar el Sadate ou Ytsak Rabbin, qui ont, ainsi, présenté l’autre joue. La sagesse évangélique, et pas seulement pratiquée par des chrétiens.

Cette page d’évangile mériterait d’être méditée, ruminée très souvent. Elle rejoint directement notre vie quotidienne la plus ordinaire. Nous sommes, en effet, très souvent confrontés à des situations d’oppositions, de divergences, de colères, de rancunes. Et cela, dans tous nos milieux de vie. Nous pouvons avoir des antipathies tenaces, des rancoeurs "justifiées". Nous pouvons être, même en famille, blessés par certaines paroles, des attitudes, des comportements. Nous pouvons être sujets de critiques, de calomnies, de malveillances, de jugements téméraires. La question est de savoir quelles sont nos réactions. Non pas spontanées, ni purement intérieures, mais extériorisées. Ainsi, Jésus nous donne le mode d’emploi : Il faut réagir par le bien. Par une réponse d’amour : un service offert, une prière sereine, la main tendue. Ce qui peut être difficile. Mais c’est un test pour la foi. Est-elle capable de changer vraiment notre vie, jusqu’à épouser les propres attitudes de Jésus ?

Avouez que les occasions ne manquent pas ! L’actualité nous en fournit régulièrement des exemples. Parfois même héroïques. Ainsi, il y a quelques années, Carla Tucker était exécutée au Texas pour un double meurtre. Durant son séjour en prison, elle s’était convertie radicalement. Maintenant, devinez : Qui ? se trouvait parmi les personnes qui l’ont aidée dans ses derniers et terribles moments ? Son mari. Ce qui peut encore se comprendre. Mais également, tenez-vous bien, le frère de la femme qu’elle avait sauvagement assassinée 14 ans plus tôt.

C'est par des gestes exceptionnels, des attitudes prophétiques, des folies évangéliques et une incessante révolution des esprits que le disciple du Christ brise le rythme infernal de la haine, de l'injustice, de l'égoïsme et de la violence. Mais il faut être passionné du Christ pour nager à contre-courant, parler quand la foule se tait, se taire au milieu des lamentations et dénoncer ce que tous applaudissent.

 

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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