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02/02/2016

Homélie du 5e dimanche ordinaire C

Homélie du 5e dimanche ordinaire C

Is 6, 1-8 ; 1 Co, 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11

C’est sur sa propre barque, et en plein travail, que Simon, le petit patron pêcheur, s’est fait interpeller par un charpentier, qui n’y connaissait rien dans le repérage des bancs de poissons, ni dans le lancer des filets. Tellement peu qu’il s’est fendu d’un conseil saugrenu et dangereux. Mais Simon-Pierre lui fait confiance jusqu’à prendre le risque d’avancer au large. En réalité, l’objectif de Jésus était tout autre. Il s’agissait de confier à une poignée de pêcheurs une toute autre mission. Celle que recevront plus tard tous les baptisés. Non pas une mission de pouvoir, mais une mission de service. Appelé et envoyé pour annoncer. Une vocation chrétienne générale, et donc pas nécessairement une vocation sacerdotale ni une vocation religieuse.

Je prends d’autres exemples. Ainsi, il y avait une fois... un jeune aristocrate appartenant au milieu distingué de la capitale de son pays. Il fréquentait assidûment les grands de ce monde. Proche du Palais, il connaissait jusqu’aux dessous de la politique. Ardent patriote, il était sans doute voué à une brillante carrière. Un jour, il assiste à une liturgie solennelle, et il est bouleversé d’entendre chanter "Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers, la terre est remplie de ta gloire...". Or, c’est un royaliste convaincu. Et voilà qu’à 25 ans, il découvre tout d’un coup que finalement c’est Dieu le véritable roi, le roi des rois. C’est donc lui qui mérite parfaite obéissance et total dévouement. Alors, il prend conscience de la vanité de ses choix, de l’orgueil qui le mène et qui aveugle aussi son peuple, plus préoccupé d’argent et de plaisir, que de fidélité à la Parole de Dieu.

Cet homme, au caractère décidé, intrépide, se porte alors volontaire au service de Dieu et de sa Parole. C’est ainsi que cet aristocrate politicien va se faire l’audacieux et infatigable témoin et le porte parole du Seigneur. Il ne se laissera rebuter ni par l’indifférence ni par l’hostilité ni par les oppositions et les moqueries de ses concitoyens. Il ne fut ni prêtre ni religieux, mais tout simplement époux et père de famille. Il fut surnommé le Prince des prophètes. Il s’appelait Isaïe..

Autre exemple, celui d’un intellectuel, spécialiste de la Bible, ultra conservateur, fanatique des "traditions". Un homme intolérant. Il fut en son temps un adversaire et un persécuteur impitoyable des chrétiens. Or, un jour, le temps d’un éclair, il comprend l’horreur de son comportement. Il est retourné comme une crêpe. Devient apôtre de Jésus Christ. Mais il lui faudra du temps pour se faire accepter, car les chrétiens qui le connaissaient en avaient peur. Il est bien connu sous le nom de Paul de Tarse. C’est même une colonne de l’Eglise.

Plus près de nous, connaissez-vous Madeleine Cinquin ? Elle a connu une jeunesse frivole. Cerise sur le gâteau, elle était dotée d’ "un caractère épouvantable, têtue, capricieuse, autoritaire et coléreuse". Ce qui ne l’empêchera pas d’entrer au couvent. Elle sera professeur de Lettres, jusqu’à l’âge de sa pension, mais toujours pour des élèves de la haute bourgeoisie, aussi bien française que turque, tunisienne ou égyptienne. Puis, tout d’un coup, à 60 ans, elle veut consacrer le reste de sa vie aux lépreux. Mais le nonce en Egypte lui propose un bidonville de chiffonniers. Elle y verra un appel et dira oui à l’ "enfer". Madeleine, dite Sœur Emmanuelle, restera toujours aussi têtue.

Dieu n’appelle jamais des "parfaits". Il appelle n’importe qui, n’importe comment et n’importe où.

A notre époque, par exemple, il peut surprendre n’importe qui, interpeller, appeler, sur le quai du métro ou dans une grande surface. Il en est qui l’ont rencontré en soignant des blessés, d’autres durant leur séjour en prison, à la suite d’une épreuve ou d’une lecture d’évangile, d’un service rendu ou reçu, ou encore d’un témoignage découvert sur le petit écran. Celui que l’on a surnommé le grand silencieux n’est jamais muet. Il nous fait signe constamment, en plein travail ou en plein bouchon, au restaurant ou dans la buanderie. Il faut cependant reconnaître que tout appel suscite d’emblée un certain désarroi, peut-être même une belle frayeur. L’interpellé prend brusquement conscience de ses limites et des risques encourus. Isaïe, par exemple, a commencé par trembler et à paniquer. Mais il a pressenti que Yahwé avait besoin des humains pour s’adresser aux humains. Il s’est porté volontaire, pour servir de messager d’une Parole qui invitait à la conversion son propre peuple, empêtré dans toutes sortes de "combines" humaines. Ce qui traduisait un manque de foi en Dieu, et un oubli de l’essentiel.

Au-delà des jugements et des calculs de la prudence humaine, tout relève en définitive du domaine de la confiance. Tout dépend d’elle. Ce sont bien là les risques de la foi. Et l’on n’a rien sans risque !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Au-delà des jugements et des calculs de la prudence humaine, tout relève en définitive du domaine de la confiance. Tout dépend d’elle. Ce sont bien là les risques de la foi. Et l’on n’a rien sans risque !P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

Formidable conclusion qui vient à la suite d'une aussi formidable démonstration par des faits, des exemples.

Chacune des homélies du Père Fabien Deleclos sont des bijoux. Pour moi qui ne fréquente plus l'église paroissiale et qui pourtant ressens le manque sur le plan de l'enseignement de l'évangile, ma découverte de ces homélies est un événement providentiel.

La fondation de LA MAISON D'ESPÉRANCE du HSF traverse une période critique et j'ai vraiment grand besoin d'aide. Ici je découvre un oasis dans mon désert.

Que le Seigneur et son fidèle disciple que fut François d'Assise me viennent en aide. J'en rends grâce et je devrais chanter un Magnificat plein de joie.

Écrit par : rita rousseau | 03/02/2010

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