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26/01/2016

Homélie du 4e dimanche ordinaire C

Homélie du 4e dimanche ordinaire C

Jr 1, 4-5, 17-19 ; 1 Co 12, 31 - 13, 13 ; Lc 4, 21-30

Il est bien agréable et enrichissant de pouvoir savourer discours, conférences ou homélies d'un orateur de talent quand son art est mis au service de ses compétences. Connaissance ou témoignage bien et clairement exprimé est régal pour l'oreille, réconfort pour le cœur, nourriture pour l'esprit. Le commentaire qu'a fait Jésus du livre d'Isaïe dans la synagogue de Nazareth a séduit son auditoire. "Tous exprimaient leur admiration à l'égard de Jésus et s'étonnaient des paroles merveilleuses qu'il prononçait".

Accueil bien chaleureux, mais de courte durée. Le charme fut rompu par ce refus borné de recevoir une leçon de ce simple "fils de Joseph", charpentier du village. Jugement superficiel et mesquin, orgueilleuse résistance à tout changement et conversion. Jalousie aussi et déception d'avoir moins reçu que ceux de Capharnaüm, le village voisin.

Comble de l'intolérable, voici que ces pieux croyants et pratiquants sont comparés aux plus fidèles de leurs ancêtres dans la foi ! Le lieu de prière devint aussitôt foire d'empoigne… Explosion de colère, cri de fureur, mouvement de protestation. Jésus est conspué, empoigné, chassé de la synagogue et menacé de mort. Il s'en est fallu de bien peu pour qu'on le retrouve le crâne fracassé au fond du ravin. Un classique dans l'histoire des prophètes.

Ceux qui accueillent le Christ et ses messagers sont souvent aussi ceux qui les rejettent et les condamnent. Applaudissement pour la "vedette", la grandeur et la beauté de l'idéal proclamé. Mais indifférence, sinon opposition d'inertie ou de violence aux exigences présentées.

Le prophète est celui ou celle qui a reçu de Dieu le don ou charisme de la parole, non pour flatter ou détruire, mais pour dénoncer et encourager, critiquer et bâtir. Ils se doivent d'être témoins de Dieu, passionnés d'amour et de vérité, et capables de "faire face à tout le pays, à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple". Ils sont faits pour combattre et sont combattus, même par ceux de leur famille, de leur patrie, de leur religion. Comme une "ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze", ils ont mission de secouer, de guérir et d'éclairer ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés, leurs étroitesses et leur péché, au risque d'être incompris, marginalisés, persécutés par ceux-là mêmes qu'ils viennent guérir et sauver.

Chose étrange, nous supportons mal la fonction critique des prophètes. Elle nous irrite et nous scandalise. Il est vrai que ce mot de sagesse et d'amour est barbouillé de méchancetés, défiguré par la jalousie, suspect sinon odieux à beaucoup. La critique n'est-elle pas devenue synonyme de jugement sévère, défavorable et souvent méchant à l'image de nos critiques hypocrites "de salon", où l'on se délecte de calomnies et de médisances sur le dos des absents ?

La critique ordinaire ou vulgaire est fruit de la jalousie ou de la rancune, une façon vaniteuse et infantile de vouloir se grandir en abaissant les autres.

La véritable critique, au contraire, est un art qui exige beaucoup d'humilité et de confiance. Un art d'aimer. Ce merveilleux don de Dieu, décrit par Paul, qui n'entretient ni jalousie, ni rancune, ne cherche pas son intérêt, trouve sa joie dans ce qui est vrai et refuse de se réjouir de ce qui est mal.

Qui a reçu le charisme de la parole et "cherche à obtenir ce qu'il y a de meilleur", c'est-à-dire la charité, ose aimer dans la vérité. C'est ainsi qu'un saint Bernard a bravé la colère des courtisans et défié la béate admiration des foules en faisant entendre haut et fort ses critiques et ses mises en garde au pape Eugène III. Et que dire de Catherine de Sienne harcelant Grégoire IX pour qu'il abandonne Avignon et rentre à Rome !

Qui n'aime pas en toute vérité applaudit aveuglément, encense, flatte, ment et se tait, au risque de voir la vedette, le guide ou le proche, répéter des erreurs, se tromper de chemin ou tomber dans un piège. Heureuse critique, au contraire, exprimée dans l'amour, reçue dans la confiance, et qui permet à l'autre de corriger sa trajectoire, rectifier sa route, purifier ses pensées, voir un peu plus clair et progresser dans le bien.

A tous les niveaux, et jusque dans la vie quotidienne, la parole d'amour et de vérité "est une chose extraordinaire quand on accepte d'être parfois blessé pour mieux communier".

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

"A tous les niveaux, et jusque dans la vie quotidienne, la parole d'amour et de vérité "est une chose extraordinaire quand on accepte d'être parfois blessé pour mieux communier".P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

Si je cite la conclusion de cette éclairante homélie c'est qu'elle vient clore un texte qui dès son ouverture a retenu mon attention.
O combien éclairante cette homélie pour moi qui depuis mes quarante ans j'ai reçu l'appel à mettre des mots sur mon monde, à appeler les chose! Depuis d'une façon habile ou malhabile je parle, j'écris.
Superbe, sublime vocation quand on considère que Jésus est le Verbe incarné, que Dieu est Parole créatrice.

Écrit par : rita rousseau | 03/02/2010

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