Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

05/01/2016

Homélie du Baptême du Seigneur, C

Homélie du Baptême du Seigneur, C

Is 40, 1-5, 9-11 ; Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7 ; Lc 3, 15-16, 21-22

 Le peuple était en attente. Il attendait un messie. Non pas "dans un fauteuil", mais en cherchant parmi les hommes de Dieu une parole, un signe, une présence.

 

Le portrait du libérateur avait été esquissé bien des fois au cours de l'histoire d'Israël. Tous les portraits cependant n'étaient pas parfaitement ressemblants. Dans la riche collection passée, il fallait pouvoir choisir et discerner. Et chacun sait que l'on cherche, même inconsciemment, ce que l'on espère, au risque de ne retenir que ce qui nous convient… Les spécialistes n'étaient même pas d'accord… En période d'occupation et de tensions diverses, on mêle aisément les espoirs de la chair et les espérances de l'esprit, les rêves politiques et les réformes du cœur, les ambitions terrestres et l'idéal du royaume éternel.

Les experts et les puissants, les plus compétents et les mieux informés, mais aussi les plus attachés à leurs certitudes et privilèges, n'avaient guère apprécié la révélation faite, par les mages, d'un roi naissant dans la discrétion. Ne se présentait-il pas comme concurrence déloyale et danger pour l'ordre établi ?

Les gens simples avaient sans doute moins d'obstacles à franchir, moins d'a priori à combattre, plus à gagner et moins à perdre. Le non-conformisme de Jean Baptiste, ses références au Livre Saint, ses appels à la conversion très concrète, devenaient pour la foule troublantes prophéties, séduction et Bonne Nouvelle… La foule est prête à écouter le baptiseur et même à le suivre… Mais Jean Baptiste désigne le Messie, Lui baptisera dans l'eau et le feu. Le libérateur tant attendu est là, proche, accessible. Un homme perdu dans la masse, discret jusqu'à l'incognito, solidaire du peuple dont il épouse la démarche et les rites.

Mais dans l'Evangile, véritable langage codé, truffé d'allusions à la mémoire du peuple d'Israël, les symboles tiennent une place prépondérante. Les cieux qui s'ouvrent expriment chez Isaïe l'intervention de Dieu, qui promet une nouvelle intimité entre lui et les êtres humains. L'Esprit qui descend comme une colombe se retrouve déjà dans la Genèse quand l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Et c'est une colombe que Noé libère après le déluge pour s'assurer que la terre est sèche et que Dieu a refait un monde nouveau. Il en est de même pour la voix, la parole, voix de Dieu lors de la première création, parole de Dieu qui crée Adam, parole de Dieu qui présente en Jésus une création nouvelle : "C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré". Le baptême de Jésus apparaît donc comme une investiture. Il est proclamé et reconnu Fils.

Le baptême des chrétiens n'est pas autre chose. Il n'est pas simple rite, mais une invitation au dialogue avec ce Dieu qui nous aime. Il est signe d'une alliance d'amour, la réponse à une invitation. Une vocation. Il est également une mission, celle de créer un monde de justice, de beauté et d'amour.

Ainsi, baptême et foi vont ensemble. Le baptême est comme la conséquence de la foi et il s'accomplit dans la foi. "Qu'est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ?", disait l'Ethiopien païen au diacre Philippe, qui lui répondit : "Si tu crois de tout ton cœur, cela peut se faire". Autrement dit encore, le sacrement constitue le sceau de la foi, il ne saurait la remplacer.

On a souvent baptisé de manière inconsidérée et même à tour de bras. Au point que, par la suite, il a fallu transformer ces baptisés en chrétiens. On avait souvent oublié en effet que l'évangélisation, c'est-à-dire l'annonce et la présentation de la Bonne Nouvelle à la liberté de l'être humain ont priorité absolue sur le sacrement, car c'est seulement lorsque la prédication de Jésus Christ rencontre la foi de la personne qu'il peut y avoir baptême. Comme le déclarait, par exemple, Paul aux Corinthiens : "Le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais prêcher l'Evangile".

Reste que l'humble signe du baptême est celui du passage d'une vie à une autre, à la rencontre de quelqu'un que l'on apprend à connaître et à suivre par une conversion du cœur. Il nous fait entrer dans une vie nouvelle par un engagement à suivre celui qui est Parole, Vérité, Chemin et Vie. Il est accueil d'un esprit de renouveau, l'entrée dans la famille de ceux qui ont rencontré le Seigneur et en vivent. Il est geste d'un jour et permanente conversion, engagement personnel et manière de vivre ensemble.

Il nous fait devenir fils et filles du Père, en nous laissant pénétrer par son esprit et en acceptant de rayonner l'amour dans toute notre vie.

Il nous faut redécouvrir le sens réel de ce premier sacrement de l'initiation chrétienne, sa dynamique de "passage", ses exigences de continuelle transformation.

Chaque eucharistie prolonge et renouvelle notre première rencontre avec le Messie. Elle nous interpelle aussi : Qu'avons-nous fait de notre baptême ? Qu'avons-nous fait de cette alliance avec notre Dieu ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Juste pour vous dire merci pour ces méditations sur la Parole de Dieu au fil des jours. Bonne Heureuse et Sainte Année 2010 et du Sacerdoce.
Dieu vous benisse.

Écrit par : BATIONO Francis | 06/01/2010

Qu'ai-je fait de mon baptême ?
En recevant le sacrement de Baptême le baptisé reçoit un prénom.
C'est par ce prénom que nous sommes appelés. J'avais 40 ans lorsque je fus atteinte d'une grave maladie au cours de laquelle j'ai frôlé la mort avant de subir une opération chirurgicale. À mon réveil j'ai fait un rêve au cour duquel quelqu'un m'appelait par mon prénom juste avant de me donner ces deux ordres: Mets des mots sur ton monde et appelle les choses.
Par ces deux ordres j'accédais au monde de la parole. La parole de Dieu prit la première place dans ma vie. Pour remplir ces ordres j'ai écrit quelques poèmes qui mettaient effectivement des mots sur mon monde. Ils m'ont permis aussi d'appeler les choses c'est-à-dire de créer un monde nouveau.
40 ans plus tard,j'étais veuve depuis quelques semaines, je participais à une célébration eucharistique au cours de la Semaine Sainte. Après la messe on distribuait des paroles bibliques. Voici celle qui me fut donnée." Vis toujours en ma présence. Je vais établir une nouvelle alliance entre toi et moi" Gn.17, 1-2

Après avoir fondé LA MAISON D'ESPÉRANCE du HSF j'en assure la direction en concevant des projets qui ont regard à l'environnment.
Chaque pas que je fais dans ce monde je dois le faire en étant soumise à la volonté de Dieu.
"Qu'ai-je fait de cette alliance avec mon Dieu?" N'est-ce pas que mon histoire est la réponse à votre question? Vos mots expriment vraiment ce que je réalise c'est-à-dire: une mission, celle de créer un monde de justice, de beauté et d'amour.

Écrit par : rita rousseau | 08/01/2010

Le baptême des chrétiens est une invitation au dialogue avec ce Dieu qui nous aime.
C'est la première fois que je lis une si belle définition du baptême.
Pour débuter un dialogue avec Dieu-Amour il faut croire qu'Il est présent parmi nous. Pour cela il ne faut pas se scandaliser devant les guerres qui se multiplient dans notre monde mais continuer à créer autour de nous des lieux de paix comme François d'Assise.

"Le baptême est le signe d'une alliance d'amour",
Un signe...Dans l'ensemble des gestes du baptême il faut voir une alliance d'amour. Une idée me vient: Il faudrait pouvoir relire souvent les paroles qui sont prononcées à l'occasion du baptême.

"Le baptême est une invitation, un appel.

À cet appel le baptisé doit répondre par des missions variées qui ont toutes comme objectif de créer un monde de justice, de beauté et d'amour

Écrit par : rita rousseau | 08/01/2010

"Qu'avons-nous fait de notre baptême?" "Qu'avons-nous fait de cette alliance avec notre Dieu?"

Notre baptême...Dans la tradition catholique romaine les enfants recevaient et reçoivent encore le baptême quelques jours après la naissance même si on éloigne quelque peu maintenant. Lorsque j'ai entendu les premières critiques à ce propos je me suis posé la question: Cette tradition a-t-elle une raison d'être? Ma réponse était à peu près ceci:
Puisque par ce sacrement nous entrons sous le règne de Dieu n'est-il pas facilement concevable d'y entrer dès les premières heures de la vie? Les parents, tous pratiquant à cette époque, manifestaient leurs croyances en ce règne de Dieu en rappelant à leurs petits mousses la présence de Jésus devant leurs moindres gestes. Le petit Jésus est content ou pas selon. Cette référence à Jésus créait le lien essentiel pour le reste de la vie. Le risque c'était de garder une image enfantine de la personne de Jésus le Christ.
N'étions-nous pas dans l'enfance de la mission de Jésus? Nous avons bien vieilli depuis.

Écrit par : rita rousseau | 10/01/2010

Les commentaires sont fermés.