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03/11/2015

Homélie du 32e dimanche ordinaire B

Homélie du 32e dimanche ordinaire B

1 R 17, 10-16 ; He 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44

Dans le match qui oppose Jésus aux scribes, il ne faut pas nous considérer comme des spectateurs qui comptent les coups et qui se réjouissent de voir des vaniteux et des prétentieux recevoir une volée de bois vert… Jésus prend un exemple. Mais, au-delà de la catégorie des scribes, qui sont les scientifiques et interprètes officiels des Ecritures, il vise tous ceux qui, de près ou de loin, leur ressemblent… Et qui oserait dire honnêtement qu'il est toujours et totalement étranger à ce portrait et à ce comportement ?

Ici, Jésus menace d'une sévère condamnation, non pas des gangsters ou des assassins, mais des croyants, pratiquants très cultivés qui, tout en étant pieux, veulent partout se mettre en valeur. Par leurs toilettes et leurs vêtements luxueux, ils cherchent à éblouir les passants, ils mendient l'admiration du public, ils sont infiniment soucieux de leur image de marque et cultivent avec soin leur réputation mondaine. De plus, ils se battent pour les préséances, les honneurs, les premières places sur la liste des donateurs ou même dans les dîners… Leur vie quotidienne et leurs relations humaines sont bien souvent empoisonnées par des vanités et des susceptibilités très puériles.

Avec cela, ils sont avares, rapaces, impitoyables et sans cœur quand il s'agit de leurs sous… Et tant pis pour la justice… Ils sont même capables de s'enrichir au détriment des plus pauvres. L'argent n'a pas d'odeur.

Mais il n'y a pas que les scribes qui ont besoin de mise en garde et d'examen de conscience… Les croyants pratiquants les plus généreux de leurs biens temporels ne doivent pas se faire trop d'illusions sur la qualité de leur générosité… Voyez, dit Jésus, beaucoup de gens riches donnent de grosses sommes, des billets bleus, des billets verts… C'est très bien. Mais ils ont puisé dans leur superflu. Voyez cette pauvre veuve, et donc, à l'époque, sans traitement, sans pension, sans travail, sans indemnité. Elle est, au temps de Jésus, le symbole de la faiblesse, de la solitude, de l'insécurité. Une marginale ! Elle dépose deux leptes, les plus petites pièces de la monnaie alors en circulation. Quelques centimes. Mais elle les a pris sur sa misère, sur son minimum vital, sur son nécessaire… Et voilà, dit Jésus, la plus généreuse. Une grande dame !

Nous retrouvons le même avertissement, la même leçon, dans la première lecture. Ici, l'exemple est encore plus percutant, car la veuve fait partie d'une nation ennemie, et elle n'est même pas croyante… Non seulement elle est pauvre, mais c'est une période de famine et celui qui lui tend la main est un étranger et un ennemi de sa race.

Dans les deux cas, ce qui est souligné et loué, ce n'est pas la foi, c'est la qualité du cœur, totalement ouvert et capable de prendre des risques : toutes deux ont donné leur vie, comme Jésus la donnera lui-même. Un amour qui prend les risques du don total et qui ne calcule pas… La confiance l'emporte sur la peur.

L'Evangile ne nous donne pas de solutions toutes faites. Mais nous sommes, vous et moi, de ces gens qui fréquentent le Temple, qui participons aux offrandes et aux partages. Nous ne connaissons pas la famine, mais nous vivons en période de crise… Il y a ceux qui ont à peine le nécessaire, d'autres qui bénéficient de larges superflus..

Moi, je n'ai de leçon à faire à personne. Nous avons tous à méditer ces exemples et les durs avertissements qui les accompagnent. On nous donne même des païens en exemple. Il y a matière à réflexion, et pas seulement pour aujourd'hui.

Ne cherchons pas trente-six bonnes excuses pour éviter l'affrontement et nous réfugier dans la fuite !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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