Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

30/10/2012

Deux Homélies du 31e dimanche ordinaire B

Homélie du 31e dimanche ordinaire B

Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34

Pascal Obispo, musicien, parolier et chanteur,… Elie Chouraqui, réalisateur populaire et metteur en scène, ensemble, ont mis sur pied une comédie musicale sur "Les dix commandements", ou la Bible en danses et chansons. Et la chanson phare est faite pour donner au public, comme son titre l'indique, "l'envie d'aimer". Mais, en même temps, de redécouvrir le Décalogue. Et son actualité. Car le Décalogue est vraiment un texte pour aujourd'hui. Il rejoint d'ailleurs l'actualité liturgique qui, par Moïse et Jésus, vient de nous rappeler que les deux amours, de Dieu et du prochain, ne font qu'un. Cet inséparable duo résume toutes les lois et tous les commandements, qu'ils soient 10 ou 613. Nous avons cependant besoin qu'on nous le rappelle constamment.

Nous avons beau dire et répéter, écrire et chanter qu'il est "si simple d'aimer", que l'"essentiel est d'aimer", ou qu'il "suffit d'aimer", la perpétuelle difficulté c'est qu'en définitive nous ne savons pas réellement ce que peut signifier ce mot magique. D'autant plus que les êtres humains projettent sur lui toutes leurs attentes démesurées, leurs espoirs les plus fous et leurs fantasmes. Et bien souvent sans s'en rendre compte, en ne cherchant rien d'autre qu'eux-mêmes.

D'où la question : Quand donc arriverons-nous à nous débarrasser tout à fait de nos illusions d'amour pour en découvrir le vrai secret ? Un secret révélé il y a plus de trois mille ans. Mais qui a dû être régulièrement répété, commenté et réactualisé, tout au long d'une histoire parsemée de désobéissances, d'égoïsmes et de refus d'écouter. Même depuis la venue du Christ, nos 2000 ans de christianisme, et leur moisson abondante de fruits spirituels, sociaux et culturels, ont été abîmés par des injustices, des haines et des guerres à tous les niveaux. Et cela continue.

C'est pourquoi, depuis Moïse et régulièrement, surtout en période de drame et de tragédie, d'intolérance, de haine et de guerre, des prophètes rappellent à temps et à contretemps, et même au péril de leur vie, qu'il faut retourner aux sources et au secret de la vie relationnelle et de la vie harmonieuse, non seulement dans le couple et la famille, mais aussi dans la société et toute l'humanité. Il s'agit donc de réfléchir à nouveau sans se lasser et d'en tirer les conséquences.

C'est d'ailleurs ainsi qu'est né le livre du Deutéronome, qui signifie "la deuxième loi", c'est-à-dire une deuxième expression des enseignements que la tradition attribuait déjà à Moïse. Des enseignements trop souvent oubliés, entraînant des conséquences dramatiques. Il n'y a pas d'autre remède que d'en revenir aux exigences de l'alliance et s'imposer une conversion en profondeur.

C'est ainsi que le premier et le deuxième commandement, indissolublement unis, constituent la priorité absolue qui s'impose en toutes circonstances. Plus et mieux qu'un commandement ou qu'un ordre, c'est un principe "incontournable". Une Parole de vie.

C'est ce même processus et c'est ce même esprit que l'on retrouve dans la comédie musicale des "Dix commandements". Bien sûr, et fatalement, elle paie son tribut au romanesque, à l'imaginaire et au légendaire. Mais son message est profondément incarné aujourd'hui. Ainsi, Pascal Obispo décrit ces dix commandements comme un chant d'amour, qui est à la base de toute notre culture, et même à l'origine de nos lois dites laïques. Ce chant rappelle que nous avons tous les mêmes racines et que, finalement, nous aspirons tous aux mêmes choses. Avec Chouraqui, il a voulu en faire une histoire forte, porteuse d'un message de paix et de fraternité, multiculturel et multireligieux, dans le plaisir même d'un spectacle très vivant. Ce qui se concrétise déjà dans la sélection des quatre hommes et des cinq femmes choisis, non seulement pour la qualité de leur voix, mais parce qu'ils sont juifs, musulmans, chrétiens et bouddhistes. Un signe et une leçon.

De plus, un prolongement écrit l'accompagne. Un livre, où un grand rabbin, un évêque catholique, un grand mufti et un porte-parole de la laïcité, dialoguent paisiblement et relisent ensemble d'une façon originale les Tables de la Loi de Moïse, les dix Paroles. L'objectif ? Tous ont conscience de se trouver confrontés au danger actuel des intégrismes et de l'intolérance, des égoïsmes et des divisions. Et cela dans une société marquée par la quête fébrile du profit et de l'argent. C'est le retour du Veau d'or. D'où, le souci des intervenants de proposer un nouvel examen des sources de l'éthique et répondre au besoin vital d'un dialogue interreligieux et interphilosophique, de manière, notamment, à ce que des croyants de diverses fois et religions, ainsi que des non-croyants, puissent penser ensemble l'avenir des valeurs humaines, et donc de l'humanité.

Cet échange de vues a paru comparable à celui du scribe et de Jésus. Hors de tout esprit de clocher. Le débat répercuté par l'ouvrage débouche dans un Appel public pour "vivre ensemble" plus humainement.

Aimer Dieu se réalise dans le geste quotidien de ceux et celles qui accueillent et respectent leur prochain. La compassion, la solidarité, sont des forces extraordinaires, qui font que chacun de nous devient le relais, le transmetteur de l'amour de Dieu. Il n'y a pas d'amour de Dieu possible sans amour du prochain. Et en commençant par ce dernier.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Homélie du 31e dimanche ordinaire B

Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34

 

 L'amour ! Sujet inépuisable, familier et passionnant… Mais l'amour est mis à toutes les sauces. Et celui évoqué par l'Evangile peut nous paraître très mystique, très éloigné de nos préoccupations quotidiennes…

Nous avons peine à croire que le prophète de Nazareth soit le plus grand expert et le meilleur conseiller pour tout amour, qu'il soit conjugal ou parental, amour du tout proche ou du lointain, de l'ami ou de l'ennemi, amour de Dieu ou amour des êtres humains.

Or, le Christ nous apprend que tous les amours se tiennent et se conditionnent l'un l'autre, à tel point que l'amour du prochain n'est pas seulement une exigence ou une conséquence de l'amour de Dieu, mais aussi, en un certain sens, sa condition préalable.

Seul celui ou celle qui aime son prochain peut effectivement savoir qui est Dieu et ce n'est qu'en aimant Dieu plus que tout que l'on est le mieux capable, consciemment ou non, d'accueillir l'autre, qu'il soit enfant, parent, conjoint ou voisin, gratuitement, sans le transformer en un instrument de notre égoïsme ou de notre propre volonté de puissance.

Il n'est certes pas facile d'aimer, et l'on voit même ceux qui s'aiment avoir bien de la peine à bien s'aimer. En réalité, l'amour, comme l'écrit le poète, est une fleur rare. Il ne survient que par-ci par-là. Des millions de gens sont dans l'illusion qu'ils s'aiment. Nous n'aurons jamais fini de nous débarrasser de nos illusions d'amour. Il nous faut donc constamment apprendre et réapprendre à aimer, pour nous dégager de ce bourbier d'égoïsme et de réactions primitives dans lesquelles nous sommes constamment enlisés.

Première leçon : elle vient du bon sens, confirmé d'ailleurs par le dictionnaire : Quel est le sens de l'amour ? Sa première et essentielle définition : Une disposition favorable de l'affection et de la volonté. Ou encore, une disposition à vouloir le bien d'un autre que soi et à se dévouer à lui.

Or, trop souvent, si pas la plupart du temps, nous confondons l'amour avec le seul attrait esthétique, physique ou de sympathie. Nous retenons l'affectivité en oubliant le rôle de la volonté. Et nous déclarons un peu vite aimer l'autre en ne recherchant réellement que nous-même, notre avantage, notre plaisir, notre intérêt.

Ce qui explique aussi que nous buttons sur le grand précepte de l'amour du prochain et surtout l'amour des ennemis. Nous avons tendance à les trouver impossibles parce que nous confondons l'amour et l'affection sensible… C'est d'ailleurs une des causes qui rend aujourd'hui bien des jeunes couples très fragiles, victimes d'une morale de la satisfaction personnelle et de la surcharge affective qu'ils attribuent au couple et à la famille.

Jésus ne cesse de nous rappeler, par la Parole, mais surtout par son comportement, que tout amour trouve sa source et sa haute qualité en Dieu. Et c'est précisément cette qualité qui donne un sens plénier et une parfaite qualité aux paroles et aux gestes d'amour.

Cela est vrai sur les deux plans : aussi bien au niveau des relations humaines que des relations avec Dieu. Il y a en effet des paroles et des gestes d'amour qui sont réalisés avec peu ou même pas du tout d'amour.

De même vis-à-vis de Dieu, si nos paroles de prière, si nos gestes de rite et de culte ne sont pas imprégnés de l'amour du prochain, ils ne sont pas amour de Dieu.

La défense des droits de Dieu n'est qu'illusion s'ils ne sont pas accompagnés de la défense des droits de la personne humaine. Piété, dévotions et pratiques extérieures ne sont rien sans la bienveillance pour pardonner, l'empressement pour servir, la patience pour supporter.

Et Jésus ne nous a proposé aucune recette, ni sur le plan conjugal ou familial, ni sur le plan social ou politique, mais il nous a donné l'exemple de sa vie. C'est elle qui doit nous inspirer et nous aider à trouver des solutions, toujours de compromis entre ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.

Dans cette eucharistie, nous célébrons un amour du prochain porté par l'amour de Dieu. Et cet amour trouve son accomplissement. C'est le sommet de notre destinée. Une possibilité qui nous est offerte à tous et qui peut se vivre dans la platitude de la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 1925 - 2009

Les commentaires sont fermés.