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13/10/2015

Homélie du 29e dimanche ordinaire B

Homélie du 29e dimanche ordinaire B

Is 53, 10-11 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45

On se croirait en pleine campagne électorale, à la veille même du scrutin. Les grosses pointures veulent déjà se partager les meilleures places dans le futur gouvernement. Or, ce que Jésus leur a promis, ce n'est pas du tout une prise de pouvoir d'ordre politique. Jésus n'est pas venu pour établir un nouveau royaume terrestre, dont il serait le monarque. Le Royaume, qu'il vient inaugurer et qu'il s'agira de bâtir, ne vient pas de ce monde, mais il est pleinement dans le monde. Totalement incarné. Ses sujets sont ceux et celles qui l'accueillent, c'est-à-dire qui se mettent à l'écoute de la Parole de révélation. Et cependant, malgré leur intimité avec le jeune prophète, les disciples tombent dans le piège de l'ambition du pouvoir. On peut dire que les futures premières colonnes de l'Eglise ont commencé par rêver de triomphes et bénéfices, de sièges à pourvoir, de portefeuilles à partager, de titres et d'honneurs à collectionner. Ils l'ont raconté eux-mêmes.

Il est vrai que l'accès au pouvoir, si petit soit-il, monte vite à la tête et entraîne un certain nombre de tentations, qui peuvent conduire peu à peu à la dérive autoritaire. Ces tentations n'épargnent personne, ni le politicien ministrable, ni la mère abbesse dans son cloître, ni les ministres du culte, le patron d'une P.M.E., ou la présidente d'un conseil paroissial.

La tentation du pouvoir et l'abus d'autorité peuvent se rencontrer aussi dans les écoles, les Eglises et même au sein des familles. Il y a des épouses et des enfants opprimés et même battus, il y a des maris et des gosses terrorisés.

Si l'on parcourt l'évangile, on voit ainsi régulièrement Jésus mettre le doigt sur tous ces petits signes de la vie quotidienne qui révèlent des désirs de puissance. S'accrocher au titre de maître ou de docteur, vouloir occuper les premières places dans les dîners, se gonfler et se pavaner dans des vêtements d'apparat, se vanter de ses pratiques religieuses et de ses générosités envers les pauvres. Les chefs, ou ceux qui se croient grands, font sentir leur pouvoir, rappelait Jésus à ses disciples. Et bien, parmi vous, ajoutait-il, il ne doit pas en être ainsi. Ne vous trompez pas d'ambition. La grandeur, la noblesse, est dans le service. C'est ce que Jésus a dit, répété et vécu, au risque de nombreux ennuis, oppositions et humiliations. Et jusqu'au risque même de sa vie.

C'est ainsi qu'il a payé, comme d'autres prophètes après lui et encore aujourd'hui, le prix fort de l'incompréhension, de l'opposition, de l'excommunication et de la condamnation à mort. Ce qui veut dire que pour ceux et celles qui se réclament du Christ, la priorité n'est pas au succès, à la gloire, ni au prestige, mais au service. Le service gratuit. Un service à risques.

C'est ce qui explique que les premières générations chrétiennes ont très vite considéré le mystérieux Serviteur présenté par Isaïe comme la figure prophétique de Jésus de Nazareth.

Mais que représente actuellement cette figure de Jésus serviteur ? Est-elle encore parlante ? Globalement, on dit qu'aujourd'hui l'idéal du service est à la fois exalté et décrié. Voyez la publicité. Elle vante constamment les innombrables services offerts à la clientèle : stations-services, libre service, service après vente… Mais il ne s'agit pas de service gratuit. La juste rémunération de toute prestation de service, même parfois en famille, est devenue un principe intangible. L'idéal du pur service n'a plus la cote. Il est même décrié. Nul ne veut plus être, dit-on, le serviteur ou le domestique d'autrui (sous-entendu : l'esclave d'un autre), taillable et corvéable à merci. Sauf rémunération assurée.

Et, c'est précisément le terme "esclave" qu'utilise Jésus. Alors que ses disciples rêvent de supériorité et de domination, le maître parle de ceux qui sont au dernier rang de la société. Une image frappante pour expliquer qu'il n'est pas un chef autoritaire, mais bien l'humble serviteur de tous. Il faut donc apprendre à donner plutôt qu'à dominer.

Or, il y a des services très périlleux. Par exemple, militer et donc protester contre l'hypocrisie, l'oppression, l'exploitation de l'homme par l'homme, et autres services à grands risques, qui peuvent même conduire au martyre.

Plus modestement, qu'en est-il dans l'Eglise, dans nos communautés et dans nos groupes ? Sommes-nous prêts, non seulement à rendre volontiers service, mais même à assumer un service ? Déjà dans la société, par exemple, on peut s'engager dans un service social, un service d'entraide, un service médical, juridique, ou encore un service politique, c'est-à-dire se mettre au service du "vivre ensemble", que l'on peut réaliser dans le même esprit que Jésus. Car, s'il n'y a pas une politique chrétienne, il y a une pratique chrétienne de la politique.

Au sein de la communauté Eglise, on peut aussi être en service, exercer une mission, un ministère : ministère sacerdotal, ministère de la Parole, de la catéchèse, ministère œcuménique, ministère de la compassion, celui de l'entraide… et bien d'autres… Chacun a même un rôle à jouer dans la mutation impérative du ministère sacerdotal. Ce sont d'ailleurs les laïcs qui, au premier siècle de l'Eglise, ont inventé des ministères nouveaux, correspondant aux besoins nouveaux de la communauté chrétienne et de sa mission. On demande donc aujourd'hui des innovateurs et des pionniers, hommes et femmes.

Aujourd'hui aussi, il est bon également de rendre grâce pour tous ceux et celles qui assument, ici ou ailleurs, un ministère. Merci. Et nous prierons pour que se lèvent d'autres et nouvelles vocations au service et à la mission.

 

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Je voudrais si possible que vous m'envoyez règulièrement vos homélies.
Merci bonne semaine et bon Dimanche

P. Joseph

Écrit par : DIATTA JOSEPH | 16/10/2009

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