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08/09/2015

Homélie du 24e dimanche ordinaire B

Homélie du 24e dimanche ordinaire B

Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35

Nous ne possédons qu'une seule lettre de l'apôtre Jacques. En réalité, il s'agit plutôt d'une collection de sentences mises bout à bout et parfois sans lien logique, mais qui toutes concernent la vie et la manière de la régler conformément aux exigences bibliques et évangéliques.

Vous aurez remarqué combien Jacques était direct et extrêmement concret. Il appelle un chat un chat, et une foi sans actes une foi morte. Un cadavre !

En plusieurs tableaux successifs, l'apôtre nous a rappelé que la foi ne peut pas se contenter de paroles. La foi a besoin de s'exprimer en signes et en rites, mais cela ne suffit pas. Aujourd'hui, il nous dit que la foi doit s'incarner, se prouver dans l'action concrète et ne pas rester au niveau des déclarations de principes et de bonnes intentions. "Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas : moi c'est par mes actes que je te montrerai ma foi…". Un peu plus loin, il ajoute : "Veux-tu savoir, tête creuse, que la foi sans les œuvres est stérile ?" et il reprend quelques exemples du premier Testament pour conclure : "Bref, comme le corps sans souffle est un corps mort, ainsi la foi sans les œuvres est une foi morte".

La foi, en effet, n'est pas seulement une adhésion intellectuelle à des principes, à des idées, à une liste de vérités soigneusement classées. Elle n'est pas non plus la soumission à un programme proposé. La foi relève du domaine de la relation avec quelqu'un, puisque la foi est un autre nom de l'amour et, comme tout amour, elle va s'exprimer en paroles, en signes, en gestes, en comportements concrets. Pour être authentique, la foi doit s'incarner en disponibilité et en service.

D'ailleurs, le Christ s'est toujours présenté comme serviteur de Dieu et des personnes. Et c'est ici que nous trouvons le malentendu fondamental qui a divisé les Juifs et qui nous divise encore aujourd'hui.

D'instinct, nous croyons qu'un chef, un libérateur, un sauveur, est nécessairement puissant aux yeux du monde, qu'il a le pouvoir, une forte influence, qu'il est entouré d'admiration et comblé d'honneurs.

Pour la majorité des contemporains de Jésus, le messie devait être un grand politicien, un libérateur militaire, un chef de guérilla de grand format, un prophète unanimement écouté, coqueluche des foules et futur roi d'un royaume où il saurait récompenser et "placer" ses amis. Des portefeuilles et des promotions en perspective !… Jésus ne correspondait guère à ces portraits-robots. "Pour les gens, qui suis-je ?", dit Jésus. Et les gens ne trouvent pas la bonne réponse. "Et pour vous, qui suis-je ?", ajoute Jésus. "Le messie", dit Pierre. D'accord, mais quel genre de messie ? Alors, Jésus donne la bonne réponse… Un messie rejeté par les anciens, les chefs des prêtres, les théologiens, un messie qui sera condamné et tué…". Jésus renvoie au portrait esquissé par Isaïe, celui du serviteur souffrant. Un portrait que l'on avait bien soin de garder enfoui dans la bibliothèque biblique.

Et quelle est la réaction de Pierre ? Le malaise, l'incrédulité, le scandale et les reproches. Etre disciple et intime d'un homme puissant, d'une vedette, cela peut aller. Mais disciple d'un serviteur, d'un incompris, d'un non conformiste qui risque des coups, des injures, la prison et la mort, c'est évidemment tout autre chose. Tout, mais pas cela ! C'est la réaction de Pierre. D'instinct, c'est la nôtre. Mais ce sont précisément des pensées mondaines. Ce ne sont pas des pensées de Dieu.

Avoir foi au Christ, se réclamer de lui, ce n'est pas seulement croire au Christ crucifié, c'est porter notre propre croix et prendre le risque de le suivre là où il est passé : et cela ne plaît à personne.

Les premiers chrétiens de Rome croyaient aussi que la foi devait être socialement payante, que leurs vertus seraient reconnues et récompensées… et les voici soumis brutalement à la persécution. Ils sont surpris et scandalisés.

C'est à leur intention que l'apôtre Marc rappelle l'épisode de cet évangile, leur disant aussi : Quelle idée avez-vous donc du Fils de Dieu ? C'est une question qui nous est posée aujourd'hui : Qui est donc MON Christ ? Qui est donc votre Christ ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925- 2008

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