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16/06/2015

Homélie du 12e dimanche ordinaire B

Homélie du 12e dimanche ordinaire B

Jb 38, 1, 8-11 ; 2 Co 5, 14-17 ; Mc 4, 35-41

Avez-vous déjà vu une tempête dans un verre d'eau ? Moi, jamais. Mais on en parle souvent. Vous est-il arrivé d'être témoin d'une âme, d'une conscience, d'un cœur pris dans une tornade ? Certainement pas. Mais chacun d'entre nous a pu un jour en faire l'expérience ou entendre le récit de l'expérience vécue par quelqu'un d'autre. Tout comme nous pouvons percevoir des gémissements, des cris d'angoisse et de peur purement intérieurs. Il est bon de nous en souvenir quand nous lisons dans la Bible des récits de tempête. Ce qui n'est pas facile, parce que nous baignons dans une ambiance matérialiste, qui nous pousse, même malgré nous, à tout traduire en réalités palpables et contrôlables. Nous manquons de poésie et nous négligeons son langage contemplatif, la force révélatrice des symboles et leur dynamisme spirituel.

Bien sûr, du temps de la Bible ou de celui des apôtres jusqu'à nous, le monde a considérablement changé. Mais les images bibliques ne sont pas usées pour autant et leur message ne cesse pas d'être actuel. Face à un miracle évangélique, même celui d'une guérison, la première question à se poser, je ne dis pas la seule, n'est pas celle de la matérialité des faits. Mais bien de qui ou de quoi est-il signe ? L'essentiel du miracle ne se trouve pas dans ce qui apparaît comme un prodige, mais dans l'interprétation qu'ont fait les évangélistes d'un événement inattendu. La leçon de catéchèse que Marc a composée pour les chrétiens de Rome a été écrite aux environs de l'an 70, dans une situation bien déterminée. Qu'a-t-il voulu leur faire comprendre ? Et comment pouvons-nous interpréter ce récit aujourd'hui, dans une autre situation ? Car ce récit n'est pas simplement le souvenir d'une histoire du passé. Il soulève une question vitale pour chacun de nous en particulier et pour l'Eglise en général.

La véritable tempête n'est pas sur le lac, mais dans le cœur et l'esprit des disciples. Et le péril que connaît "la barque" de Pierre et ses occupants manifeste bien que c'est toute la jeune Eglise qui est perturbée et en proie à la peur et au doute. Ce qui est bien le cas à Rome, en l'an 70. La tempête secoue la petite communauté chrétienne. L'Evangile a été un échec en Palestine. Il n'y a quasiment pas de conversion parmi les Juifs. Il y en a chez les Païens, mais cela bouleverse des "certitudes" ancrées et des traditions rigides. Dès lors, un esprit d'ouverture et des changements s'imposent. Il y a des risques à prendre. Beaucoup ont peur.

De plus, des menaces de persécution contre les chrétiens de Rome se développent et se précisent. Or, du côté de Dieu et de son Christ, c'est le silence. Alors, on tremble, on doute.

Les apôtres connaissent bien cette expérience. Eux, de simples pêcheurs juifs, ont été envoyés en mission comme des brebis au milieu des loups. Jésus les a entraînés au milieu de la bourrasque tout en ayant l'air de dormir. Bien sûr, ils avaient la foi, une toute petite foi, qui leur a quand même donné la force et le courage de crier. Et cet appel a été entendu et accueilli par Jésus, qui peut, en effet, commander à tous les éléments qui se déchaînent dans le cœur et l'esprit des personnes. C'est pourquoi, chez Marc, Jésus "exorcise" la mer, exactement comme il a exorcisé l'homme tourmenté de Capharnaüm.

Mais les disciples n'avaient pas seulement peur de la tempête. Le plus inquiétant était ce que Jésus leur avait dit : "Passons sur l'autre rive". Ne restez pas accrochés au passé. Or, l'autre rive, c'est une terre païenne. Un monde qu'ils ne connaissent pas. Des gens que les vrais croyants ne peuvent pas fréquenter, sous peine d'être classés eux-mêmes parmi les impurs.

A partir de ce passage de l'évangile, nous pouvons chacun méditer sur nos tempêtes intérieures, sur les peurs et les angoisses qu'elles prvoquent, et donc méditer sur notre foi en Jésus et sur l'espérance qu'il suscite. C'est notre foi et notre confiance en lui qui nous donneront la force de ramer et de naviguer au mieux. Il est vrai aussi que Jésus peut très bien dormir dans un coin de notre vie et que nous avons peur de le réveiller, car il risque de nous déranger. D'autant plus que sa réponse à nos questions ne sera pas nécessairement celle que nous attendions.

Nous pouvons méditer sur l'Eglise dans laquelle nous sommes embarqués… Il s'agit bien de passer sur l'autre rive, et donc risquer l'avenir. C'est-à-dire quitter, s'arracher à un passé de chrétienté et retrouver le christianisme, lui rendre vie dans un monde pluraliste, sécularisé, interreligieux, etc. C'est une mutation qui secoue et fait peur.

D'ailleurs, la barque de l'Eglise est bousculée. Un regard, même superficiel, nous révèle que le taux de pratique sacramentelle est en chute libre. Depuis longtemps, les candidats au sacerdoce et à la vie religieuse sont devenus rares. Les chrétiens d'Europe, jadis majoritaires, deviennent minoritaires. Le temps de l'humilité. Beaucoup se posent des questions angoissantes, dans tous les domaines et dans des sens opposés. Les uns s'accrochent à la fausse sécurité de la rive et s'enferment dans des traditions sclérosées, des pastorales inadaptées ou des ghettos nostalgiques, coupés de la vie réelle dont ils devraient cependant être le levain. D'autres piaffent et ruent, succombant à l'impatience. D'autres encore quittent le navire, qui leur semble s'éloigner de l'autre rive au lieu de vouloir y accoster.

Mais pourquoi donc avoir peur, nous dit Jésus aujourd'hui. Et comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? Sur l'autre rive, cependant, c'est le Seigneur qui nous appelle et nous pousse, pour annoncer la Bonne Nouvelle et en témoigner. C'est bien notre mission en terre et situations nouvelles. L'homme et la femme de foi et d'espérance n'ont pas peur du nouveau contexte du monde. Ce monde qui est le nôtre et dans lequel nous sommes envoyés pour incarner la Parole. La nouvelle évolution de ce monde peut aussi aider l'Eglise à retrouver la force prophétique de l'Evangile et à mieux saisir de l'intérieur la dynamique des premières communautés chrétiennes qui ont dû, elles aussi, s'incarner, risquer, s'adapter et inventer.

Vois, disait déjà Isaïe à son peuple : "Ne reste pas fixé sur le passé. Ne t'arrête pas à ce qui fut. Vois, j'ai commencé quelque chose de nouveau. Ne le remarques-tu pas ?".

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Commentaires

Faut-il avoir le foi obligatoirement?
Réponse :
Les termes "foi" et "obligatoirement" ne vont pas ensemble. En effet, une foi, une confiance, ne s'oblige pas, elle se découvre en nous et provoque un attachement.
Pour les chrétiens, et les disciples de Jésus avant eux, cette relation à Dieu s'est proposée... Jésus a dit : "Venez et voyez..." et aussi : "Si tu veux...". Après avoir fréquenté Jésus un certain temps, Pierre s'est exprimé en disant : "Tu es le Messie... A qui irions-nous ? ... Tu as les Paroles de Vie...".
Naturellement, souvent baptisé bébé, puis élevé dans la conviction des parents, en grandissant, il s'agira de découvrir librement le message de Jésus Christ, de s'en nourrir et d'enraciner cet attachement dans sa vie de tous les jours. De réaffirmer aussi cette foi et la renouveler avec tous les chrétiens à chaque fête de Pâques, comme le propose le cycle de la liturgie chrétienne.
Ce cheminement n'exclut pas les doutes, les peurs, les hauts et les bas. Mais la Parole écoutée ou lue tend toujours les bras pour redonner force et courage pour poursuivre en communion avec les autres. La Bonne Nouvelle, l'Evangile, est toujours à incarner dans l'aujourd'hui de notre monde.

Écrit par : Quinby @ calling phone cards | 30/10/2009

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