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16/05/2015

Homélie du 7e dimanche de Pâques, B

Homélie du 7e dimanche de Pâques, B

Ac 1, 15-17. 20a.20c-26 ; Jn 17, 11b-19

A lire les lettres de Jean et certains passages de son évangile, on a l'impression d'entendre un disque rayé ou la voix obsédante d'un vieillard fatigué qui radote : "Mes bien-aimés, nous devons nous aimer les uns les autres, nous aimer les uns les autres…". En y regardant de plus près, on constate que la première lettre, par exemple, est comme une sorte de méditation très personnelle et même quelque peu intemporelle sur la vie chrétienne, et plus spécialement sur l'amour fraternel. La pensée de l'auteur s'y développe lentement, en spirale, avec des retours incessants au même thème : la foi au Verbe incarné, l'amour fraternel, la communion des croyants avec Dieu.

Comme nous le disent les exégètes, une lecture plus attentive nous révèle un caractère polémique très accentué. Jean dénonce les anti-Christ, les prophètes de mensonge, les séducteurs qui égarent les vrais croyants. Mais l'apôtre ne réfute pas tellement des doctrines erronées ou hérétiques, il veut affermir la foi des croyants en leur donnant des signes qui leur permettront de reconnaître les vrais chrétiens des faux.

Il y a quatre signes. La foi en Jésus, Fils de Dieu. La fidélité à la prédication des apôtres. Le refus de pactiser avec le mal. Et, très concrètement, l'amour fraternel. C'est le signe le plus authentique : "A ceci, disait Jésus, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres". (Jn 13, 35).

Non seulement c'est un signe d'authenticité chrétienne, de fidélité à Jésus, mais l'amour que nous portons réellement et concrètement à nos frères et sœurs humains est le seul moyen sûr et contrôlable de l'authenticité de notre amour pour Dieu que "personne n'a jamais vu", précise Jean. "Voulez-vous savoir, dit en substance Jean, si Dieu demeure en vous", si vous êtes en état d'amitié avec lui, en état de grâce ? Il nous donne la réponse : Si vous vous aimez les uns les autres.

Matthieu présente d'ailleurs ce nouveau commandement comme le seul critère du jugement dernier.

Ce qui veut dire que les autres signes et preuves extérieures, que nous sommes souvent tentés d'utiliser, ne sont pas du tout des preuves absolues : les dévotions, les adorations, les pratiques sacramentelles, les litanies de prière, ne sont preuves de notre amour pour Dieu que si elles servent de source et de stimulant à l'amour du prochain. Et c'est l'amour du prochain qui nous rend Dieu présent à nous-mêmes et au monde.

Dans un livre sur les faux mystiques chrétiens, l'auteur, parlant de certains visionnaires, écrit : "A chaque fois, nous entendons le même langage : ils disent entendre ou voir la Mère de Dieu, le Christ ou les anges apporter un nouveau message, souvent apocalyptique, et oublient la réalité quotidienne concrète, la capacité d'aimer en tout être humain. Ils négligent la charité".

La principale originalité du christianisme, c'est de présenter Dieu, non pas seulement comme l'Etre suprême, le créateur, le tout-puissant, le juge, mais comme Amour. A tel point que là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Mais de quel amour s'agit-il ? Pas n'importe lequel, mais l'amour tel que nous l'a manifesté Jésus tout au long de sa vie : un amour de Dieu qui s'incarne, un amour de volonté qui s'exprime et se prouve, se rend visible dans l'amour des autres et surtout les plus petits, les plus éprouvés. C'est de cet amour-là qu'il s'agit.

Ce que Jean nous enseigne en peu de mots et avec beaucoup de clarté n'est pas accepté facilement et difficilement traduit dans la vie quotidienne. L'amour du prochain apparaît un peu, sinon beaucoup, comme une concurrence à l'amour de Dieu, jusqu'à laisser cohabiter les manifestations de culte et de dévotion avec le mépris des droits de la personne humaine, l'injustice sociale, le sexisme, l'esprit de vengeance et les coups de langue meurtriers. Nous en sommes encore parfois à opposer, comme des adversaires, le social et le religieux.

C'était déjà vrai du temps de Jean. Dans sa lettre, il multiplie les avertissements et les rappels : "Qui aime son frère demeure dans la lumière ; qui hait son frère se trouve dans les ténèbres, il ne sait pas où il va parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux". Ou encore : "Quiconque hait son frère est un meurtrier et si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin et qu'il se ferme à toute compassion, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?"

Il ne faut donc pas s'étonner que l'Eglise, comme l'apôtre Jean, nous rappelle - et je cite le Concile - : "Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu'elle soit sociale ou culturelle, qu'elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée comme contraire au dessein de Dieu" (Eccl. 29).

La relation à Dieu et la relation avec les frères et sœurs humains sont tellement liées que l'Ecriture dit que celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu. De même, là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Ce qui rend les croyants soupçonneux et jaloux. Il y a, en effet, des non croyants qui prennent des initiatives et mènent des combats dignes de l'Evangile. Et il en est qui vivent en rayonnant un amour semblable à celui que Jésus a manifesté jusqu'au don de sa vie. La charité peut précéder la foi. C'est aussi un chemin qui conduit à Dieu.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

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