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07/04/2015

Deux homélies du 2e dimanche de Pâques B

Homélies 2e dimanche de Pâques B

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

Le week-end dernier, nous avons vécu en Eglise le Saint Jour de Pâques, la fête des fêtes. La fête de la foi. Nous avons proclamé d’un même cœur et d’une seule voix : Je crois en Jésus le Christ, ressuscité des morts. Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Avant cela, le Verbe, qui est l’"exégète de Dieu", avait ouvert nos esprits à l’intelligence des Ecritures, depuis la Genèse jusqu’au sépulcre vide. Exactement comme les disciples d’Emmaüs avant d’arriver à destination.

Mais l’adhésion au Christ ne peut pas se contenter d’une foi proclamée et d’une foi célébrée dans des expressions et des attitudes liturgiques et donc rituelles. Il lui reste encore à descendre au plus profond de notre conscience et à se concrétiser dans le pas à pas quotidien pour devenir foi vécue. Incarnée. C’est-à-dire rayonner un amour sans frontières, en réconciliation et en victoire de la paix. Croire et servir. Croire et aimer, c’est tout un. Même si nous sommes des témoins fragiles, souvent hésitants ou peureux.

Aujourd’hui, nous voici à nouveau faisant corps dans la foi, convoqués par le Christ pour faire communauté, pour faire Eglise. Probablement comme Thomas et ses compagnons, un certain premier jour de la semaine, c’est-à-dire un dimanche. Ici, cependant, les portes de la pièce ne sont pas fermées. Par contre, celles de nos esprits et de nos cœurs sont peut-être verrouillées. Et bien, malgré cela, Jésus est là au milieu de nous, puisque nous sommes rassemblés en son nom. De toute manière, nous savons qu’il est présent dans sa Parole, car, nous a rappelé le Concile, c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. Encore faut-il y croire. Y croire vraiment. Et croire n’est pas facile. Pour personne. Voyez les réactions de Thomas.

Plus fort encore : Lorsque les apôtres auront pris conscience de l’authenticité de leur expérience spirituelle : ils n’osaient pas encore y croire, et restaient "saisis d’étonnement". Même après la résurrection, la foi des apôtres est restée difficile. Car elle était tout autre chose qu’une assurance donnée par une vision sensible, charnelle, de Jésus ressuscité. Or, nous sommes appelés à croire sans preuves. Si ce n’est la preuve de témoignages et de signes.

Pour les apôtres d’hier, Pierre en tête, comme pour ceux et celles d’aujourd’hui, toute vie chrétienne est faite de foi et d’incertitude, d’hésitation, de questions et de doutes. Il n’y a qu’une solution, tant pour les savants que pour les simples : donner foi aux paroles du Christ comme paroles provenant de Dieu.

Cependant, la parole n’est rien tant qu’elle n’est pas traduite, incarnée, en capacité d’aimer. Tant qu’elle n’a pas pris corps. Et elle prend corps dans des comportements, des actions et des réactions qui deviennent autant de signes de la résurrection. C’est-à-dire des "actions parlantes".

C’est ainsi que les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, nous disent les Actes. Partage de la Parole et du Pain eucharistique. Partage des services et partage des biens "pour que personne ne soit dans la misère". C’est alors que les yeux s’ouvrent et que, sans voir Jésus, on reconnaît qu’il est vivant. Ce n’est pas pour rien que la liturgie d’aujourd’hui fait précéder l’évangile d’un flash sur la vie des premières communautés chrétiennes. Il s’agit certes d’un récit partiel, idéalisé, mais qui sert d’exemple, qui indique le chemin à poursuivre et le signe à donner.

Que nous disent concrètement les Actes ? Que des hommes et des femmes ordinaires, c’est-à-dire quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou sociale, leur culture ou leur fortune, se comportaient en frères et sœurs, pour le meilleur et pour le pire. Ils vivaient ou s’efforçaient de vivre en ressuscités. Avec, cela va de soi, des conséquences directes sur la façon de comprendre et d’exercer l’autorité, par exemple, et le pouvoir. Une certaine manière de se comporter dans tout ce qui touche à l’usage des biens matériels, à la possession gourmande, à l’idolâtrie de la propriété et des droits acquis.

Il en va de même aujourd’hui. Le Christ ressuscité et sa Bonne Nouvelle seront reconnus à des signes qui ne trompent pas : ceux des chrétiens et de communautés qui "vivent en ressuscités", ici, aujourd’hui, d’une manière visible et convaincante. Et comment ? Par une solidarité effective, une manière de partager, de mettre en commun, adaptées aux situations, aux problèmes, aux lois et aux aspirations d’aujourd’hui. Les exigences des lois sociales, par exemple, constituent une forme de partage et de solidarité. Sommes-nous des modèles de justice et d’équité en ce domaine ?

C’est ainsi que la foi se nourrit et se prouve par l’écoute de la Parole et le témoignage de ces "actions parlantes" de notre agir quotidien. C’est tout cela qui témoigne et qui donne envie de croire.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

Homélie du 2e dimanche de Pâques B

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

(Prononcée en 1997 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Thème : La foi n'est pas une évidence. Elle se nourrit de l'écoute de la Parole et des "actions parlantes"

Il était une fois, au seuil du 21e siècle, quelques dizaines de jeunes gens et jeunes filles qui voulaient bâtir leur existence sur le roc des Ecritures. Leur communauté fut baptisée "Source Supérieure". Vivant comme des moines et des moniales, ils s'appelaient entre eux frères et sœurs et mettaient tout en commun. Ils s'étaient exilés du monde du péché, pour aspirer davantage à une autre vie, purifiée, joyeuse et définitive. A l'abri d'un refuge discret mais luxueux, ils vivaient dans l'impatience du grand jour. Celui du retour à la Source. Le grand passage, la pâque ultime. C'est au cours de leur "semaine sainte" 1997 qu'ils ont choisi de se débarrasser joyeusement et ensemble de leur enveloppe terrestre. Un suicide collectif pour rejoindre le paradis de leurs fantasmes.

C'est sur fond de cette actualité d'une liturgie morbide, née d'une dérive "religieuse" que nous avons vécu en Eglise le Saint jour de Pâques. La fête des fêtes. La fête de la foi. Dans l'allégresse, les prières et les chants, nous avons proclamé d'un même cœur et d'une seule voix : Je crois en Jésus le Christ, ressuscité des morts. Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Avant cela, le Verbe, qui est l'"exégète de Dieu", avait ouvert nos esprits à l'intelligence des Ecritures, depuis la Genèse jusqu'au sépulcre vide, en passant par les prophètes et les psaumes, qui parlent du Christ en clair obscur.

Foi reçue. Foi proclamée. Foi célébrée. Mais l'adhésion au Christ ne peut se contenter des expressions doctrinales, liturgiques et rituelles. Il lui reste encore à descendre au plus profond de notre conscience et à se concrétiser dans le pas à pas quotidien pour y devenir foi vécue. C'est-à-dire rayonner en amour sans frontière, en impérieuse réconciliation et en victoire de la paix. Croire et aimer, c'est tout un. Même si nous sommes des témoins fragiles, souvent hésitants ou peureux, troublés et fragilisés par le doute. C'était il y a huit jours.

Aujourd'hui, comme tous les premiers jours de la semaine, nous faisons corps dans la foi. Nous faisons Eglise. Lourds de nos inquiétudes, de nos faiblesses, du poids de nos souffrances, peut-être aussi de nos angoisses. Comme Thomas et ses compagnons, un certain premier jour de la semaine.

Ce matin, les portes de la cathédrale ne sont pas fermées, mais celles de nos cœurs sont peut-être encore verrouillées. Il n'empêche ! Jésus est là au milieu de nous puisque nous sommes rassemblés en son nom. Il est là aussi "présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Eglise les Saintes Ecritures" (Constitution sur la liturgie, 7a).

Encore faut-il y croire. Et y croire vraiment. Mais croire n'est pas facile. Pour personne. Voyez les réactions de Thomas, lui qui était placé aux premières loges. Lisez le récit de Luc, là, ce sont tous les disciples sans exception qui sont "frappés de stupeur et de crainte". Et lorsqu'ils auront pris conscience de l'authenticité de leur expérience spirituelle, et malgré leur joie, "ils n'osaient pas encore y croire et restaient saisis d'étonnement".

Même après la résurrection, la foi des apôtres est restée difficile et elle était tout autre chose qu'une assurance donnée par une vision sensible de Jésus ressuscité. Or, nous sommes appelés à croire sans preuves. Si ce n'est la preuve des témoignages et des signes.

La foi chrétienne n'est pas une évidence. Elle est affaire d'amour, et donc de confiance et de liberté. Elle n'est pas non plus soumission aveugle à des formules pétrifiées dans la lettre des dogmes. Pas plus qu'elle ne se prouve par tous les faits, évoqués par les Evangiles. Comme s'ils étaient le résultat d'une enquête historique et scientifique ou le résumé d'évènements scrupuleusement filmés par des professionnels de la pellicule et du reportage. Les évangiles sont le témoignage d'une communauté chrétienne qui vit, dans la foi, l'expérience du Christ ressuscité.

Bien des croyants qui ont suivi les cinq émissions "Corpus Christi" programmées sur ARTE durant la Semaine Sainte, auront peut-être vécu "un douloureux décapage de leur foi". C'est une purification bénéfique. Car la foi est toujours une libre décision prise par quelqu'un qui a été séduit par la personne de Jésus, sa Parole, son message et sa vie. La foi est un attachement vivant au Christ, dont la Parole est nourriture. Elle suppose un contact intime, admiratif et radicalement confiant avec Jésus, le Christ, le Vivant. Et vivant, parce que ressuscité, c'est-à-dire qu'il a "accès à la vie définitive". "En Dieu, il continue d'exister" (1).

Pour les apôtres d'hier, Pierre en tête, comme pour ceux d'aujourd'hui, toute vie chrétienne est "faite de foi et d'incertitudes, de chutes et de re-départs". Nous avons tous des étapes de questions et de doutes, voire même d'anxiété, confesse le cardinal Martini. Il n'y a qu'une solution, ajoute-t-il, tant pour les savants que pour les simples : donner foi aux paroles du Christ, comme paroles provenant de Dieu.

Pour devenir croyants et nourrir notre foi, nous avons davantage besoin des oreilles pour écouter que des yeux pour voir. Et cependant, la Parole n'est rien tant qu'elle n'est pas traduite en capacité d'aimer, tant qu'elle n'a pas pris corps. Et elle prend corps dans des comportements et des actions qui deviennent autant de signes de la résurrection. Des "actions parlantes". On en découvre des traces chaque fois que des hommes et des femmes, à la suite du Christ, deviennent à leur tour des "créatures nouvelles" qui osent s'engager à "renouveler la face de la terre" ou du moins la petite parcelle de leur territoire. Nous sommes conviés, écrivait récemment l'évêque de Tournai, "à découvrir et à ouvrir des chemins de résurrection, à repérer (aussi) les premiers signes de la victoire pascale, comme le don de soi et l'amour désintéressé, le pardon des offenses, la volonté de réconciliation".

C'est d'ailleurs ainsi que "les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus", nous disent les Actes. Partage de la Parole et du Pain eucharistique. Partage des services et partage des biens, "pour que personne ne soit dans la misère". C'est alors que les yeux s'ouvrent et que, sans voir Jésus, on reconnaît qu'il est vivant. Ce n'est pas pour rien que la liturgie fait précéder aujourd'hui l'Evangile d'un flash sur la vie des premières communautés chrétiennes. Un récit certes idéalisé, mais qui indique le chemin à poursuivre et le signe à donner.

"La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi, avaient un seul cœur et une seule âme". Autrement dit, des hommes et des femmes ordinaires, "quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou sociale, leur culture ou leur fortune", se comportaient en frères et sœurs pour le meilleur et pour le pire. Ils vivaient "en ressuscités". Avec évidemment des conséquences directes sur la façon de comprendre et d'exercer l'autorité et le pouvoir, par exemple. Une véritable conversion également dans tout ce qui touche à l'usage des biens matériels, à la possession gourmande, à l'idolâtrie de la propriété et des droits acquis.

Il en va de même aujourd'hui. Le Christ ressuscité et sa Bonne Nouvelle seront reconnus à des signes qui ne trompent pas : ceux de chrétiens et de communautés chrétiennes qui "vivent en ressuscités", ici, aujourd'hui, d'une manière crédible et convaincante, par une solidarité effective, une manière de partager et de mettre en commun adaptée aux situations, aux problèmes et aux aspirations d'aujourd'hui. C'est ainsi que la foi se nourrit et se prouve par l'écoute de la Parole et le témoignage des actions "parlantes" de l'agir quotidien.

"Donne-nous envie de croire !" Tel est le cri qui résume les 1.200 lettres adressées aux évêques de France par des jeunes de 15 à 30 ans. Ils nous disent que, pour eux, la foi est "avant tout une expérience authentique qui ouvre des horizons insoupçonnés. Elle conduit à une transformation intérieure qui change le regard sur les autres, sur le monde... C'est le bonheur à portée de main, dans la trame des relations quotidiennes".

N'est-ce pas le signe et l'espérance de la naissance d'une société et d'un monde nouveaux ?

"Seigneur, donne-nous envie de croire !".

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

(1) Xavier Léon-Dufour, p 68 "La Vie", 27.03.1997, n. 2691.

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