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21/02/2009

Homélie du 10e dimanche ordinaire B

Homélie du 10e dimanche ordinaire B

Gn 3, 9-15 ; 2 Co 4, 13 - 5, 1 ; Mc 3, 20-35

Le serpent mythique de la Genèse prend, dans l'évangile de ce jour, le visage sévère et soupçonneux des contrôleurs de l'orthodoxie venus de Jérusalem, non pour faire droit à la vérité ni se laisser éclairer par la lumière et les surprises de l'Esprit, mais pour espionner et piéger le Nazaréen perturbateur, le dévaloriser dans l'opinion publique et "l'empêcher de nuire". Une attaque des plus sournoises, produit de la malveillance et d'une totale mauvaise foi, allant jusqu'au blasphème.

Ce Yeshoua n'est pas inspiré par l'Esprit puisque son enseignement ne correspond pas à notre théologie. C'est l'esprit du mal, le père du mensonge, l'ennemi de la vérité, qui le conseille et lui donne pouvoir d'expulser les démons. Ce jeune prophète, qui va jusqu'à remettre en cause enseignements et pratiques traditionnelles "est possédé par Béelzébul".

Jésus est un suppôt de Satan ! Le blasphème suprême.

Il est vrai, comme le rapporte Marc dans les chapitres précédents, que Jésus proposait "un enseignement nouveau plein d'autorité, qui lui valait une renommée grandissante". Ce qui ne pouvait guère plaire à tant de scribes et docteurs de la Loi, avides de pouvoir et craignant de le perdre. Dérangeant aussi, ce Jésus qui en prenait fort à son aise avec l'observance du sabbat. N'avait-il pas été jusqu'à enfreindre le repos sacré, s'afficher en mauvaise compagnie, ne pas s'embarrasser des impuretés légales, et même se prendre pour Dieu en remettant les péchés ?

Grave péché de blasphème pour ces "purs", prisonniers de leurs certitudes définitives et de leur enseignement irréformable. Un péché d'endurcis, enfermés dans une opposition irréductible à un envoyé de Dieu, qui accomplit des œuvres de Dieu, mais qui leur apparaissent en contradiction avec les normes qu'ils ont fixées, comme s'ils étaient Dieu lui-même. L'orgueil dans toute sa splendeur, "qui les rend incapables de recevoir des idées qui corrigeraient les leurs".

Ce blasphème, qui est péché contre l'Esprit Saint, "n'est pas un acte, écrit l'exégète Schnackenburg, c'est une mentalité, un aveuglement, dont on est seul responsable. C'est une opposition formelle à l'action salvatrice de Dieu". C'est aussi prétendre avoir la clé d'une cage où l'on a enfermé l'Esprit. C'est s'imaginer que l'on peut, seul, canaliser, maîtriser ou limiter le souffle divin. Or, l'Esprit se joue des frontières tracées par l'étroitesse des êtres humains. Il échappe à toute définition, à tout monopole, à toute exclusivité !

On peut ainsi percevoir aisément que le récit de Marc est toujours d'actualité et nous concerne, même si nous croyons fermement que Jésus est le Messie, la Parole de Dieu incarnée. La profession de foi, en effet, ne supprime pas le combat entre le bon et les mauvais esprits, entre le Christ et Satan. Un affrontement dans lequel nous sommes constamment impliqués. La grandeur et les risques de la liberté font qu'il nous est possible de choisir, de répondre à l'amour de Dieu, ou de nous laisser séduire par l'Adversaire. Or, "opter pour l'Esprit de Dieu, c'est écouter sa Parole et la mettre en pratique". Ce qui suppose beaucoup d'attention, d'ouverture, d'humilité et de respect, de courage, de fidélité et de renoncement, de conversion et de rupture.

Nous voici donc renvoyés aux premiers chapitres de la Genèse, qui nous révèlent symboliquement ce qui vaut pour tous les temps. Aujourd'hui encore, l'être humain, même croyant, reste tenté de "voler à Dieu la connaissance du bien et du mal", c'est-à-dire "refuser de se référer à plus grand que lui pour juger des choses et des personnes". Dès lors, consciemment ou non, il n'adore "d'autre dieu que son moi et son égoïsme" jusqu'à en devenir ridicule et même "bête et méchant". Il ne faudrait pas oublier les enseignements du "péché originel" qui nous dit dans la foi "quelque chose de fondamental et de toujours actuel" (1). Encore faut-il ne pas s'arrêter à la surface des images et croire avec naïveté, hargne ou malveillance, que le "péché-type" est celui de la femme séductrice de l'homme. La propension au péché (que la tradition théologique appelle la concupiscence) ne doit pas être limitée à la convoitise sexuelle, car "c'est plus généralement la tendance à chercher ses intérêts ou sa satisfaction, au détriment de la juste ordonnance de sa vie dans son rapport à Dieu, au monde et aux autres" (1). Même l'homme ou la femme en parfaite amitié avec Dieu n'échappe pas à cette tendance, fût-il ermite ou pape, moniale ou docteur de la Loi.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

"Catéchisme pour adultes", Les évêques français, 1991.