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20/02/2009

Homélie du 9e dimanche ordinaire B

Homélie du 9e dimanche ordinaire B

Dt 5, 12-15 ; 2 Co 4, 6-11 ; Mc 2, 23 - 3,6Que représente pour nous le dimanche ? Repos ou travail, détente ou agitation, temps de liberté ou nouvel esclavage, un sommet ou un gouffre pour la vie chrétienne ?

 

Du sabbat hébreu au dimanche chrétien, du dimanche primitif au dimanche de notre ère, du repos des œuvres serviles à la frénésie des week-ends d'embouteillages, il y a des chemins et des transformations qu'il nous faut percevoir.

Respectueux de la loi, Jésus et les pharisiens ont vécu rigoureusement leur sabbat, mais se sont violemment affrontés sur son interprétation et sa pratique.

La première lecture nous donne schématiquement le sens du sabbat réformé par Josias. Il comporte un aspect social de repos en imposant aux patrons et propriétaires le devoir d'accorder à leurs subalternes, les bêtes y comprises, un repos de récupération. La loi protège ainsi les esclaves, les ouvriers, les émigrés. L'autre aspect est sacré, religieux et rituel et concerne la liberté. Il fait mémoire de l'intervention de Dieu dans la libération des Juifs du joug égyptien. Il s'agit donc de célébrer la liberté des enfants de Dieu. Ce que le Seigneur a fait pour vous en Egypte, faites-le vous-mêmes aussi à l'égard de vos serviteurs et de vos ouvriers. "En instituant le sabbat, Dieu voulait non seulement le bien de l'homme mais aussi que l'homme fasse du bien" (1).

Très rapidement, l'institution mosaïque du sabbat connaîtra deux développements distincts. Une ligne légaliste où docteurs et scribes vont préciser l'observance jusque dans leurs moindres détails, sans pouvoir éviter le risque de formalisme. La seconde, d'aspect prophétique, insistera de plus en plus sur les exigences morales de l'alliance de vie conclue entre Dieu et son peuple. Autrement dit, rites et observances sont sans valeur s'ils n'engendrent pas une transformation de la vie (2).

Jésus nous apprend l'essentiel du sabbat et le sens profond de la loi. Il dénonce les interprétations traditionnelles et abusives de la Mischna, qui le dénaturent et en font une source de nouvel esclavage. Priorité donc à l'amour et à la libération, priorité à la foi et à la conscience sur les règles humaines. Jésus libère le malade de l'emprise de la maladie, il libère de la dictature de la lettre qui tue, de l'étroitesse des mots et des slogans qui aveuglent. Les pharisiens n'accepteront pas de se dépouiller de leurs visions étroites et s'enliseront dans le culte de la lettre… Et, comme le rappelle Paul aujourd'hui : "Pour le Christ comme pour tous les fidèles de l'Esprit, le chemin de la résurrection est le chemin de la croix".

Le dimanche dépassera et remplacera progressivement le sabbat. Le jour du Seigneur sera célébration de la résurrection et non plus celle de la sortie d'Egypte. Il ne sera pas lié au repos, si ce n'est par une décision de Constantin au IVe siècle. Ainsi, la célébration du dimanche est avant tout une libération des activités qui dispersent et distraient de l'essentiel. Le vrai dimanche est celui où l'on célèbre par la vie et le rite, inséparablement unis, la réalité stable et éternelle. Jour de libération des contraintes du monde, des esclavages du corps et de l'esprit…

Aujourd'hui, le dimanche devient de plus en plus jour hebdomadaire du profane, de l'évasion, de l'irresponsabilité, de la contrainte, du loisir, même de l'oisiveté et de l'ennui. Il nous faut donc redécouvrir, au-delà des habitudes, des prescriptions et des traditions humaines, des voies nouvelles qui nous permettent de faire du jour du Seigneur un jour d'intensité chrétienne, célébré et vécu en esprit et en vérité.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

  • Missel dominical de l'Assemblée, Ed. Brepols; p 744.
  • D'après le "Guide de l'Assemblée chrétienne", Th. Maertens et J. Frisque, Casterman, T. V, p 36.

 

Sur le même sujet :

Chronique "Paix et Bien" du même auteur, parue en septembre 2007 :

Paix et Bien

En 304, à Carthage, des chrétiens inculpés pour "réunions illicites", répondent : "Nous ne pouvons pas vivre sans l'Assemblée du dimanche". Ils seront condamnés à mort

Faire corps

Par P. Fabien Deleclos

chroniqueur

Les mois d'été ont fait la part belle aux festivals. Ainsi, pour la 6e fois, celui d'Esperanzah, qui rime avec abbaye de Floreffe. "Evénement belge des musiques festives, engagées, nomades et plurielles, offrant fêtes, rencontres et convivialité". Mais il y a tant d'initiatives qui suscitent l'enthousiasme, l'esprit de partage et d'unité ! Tel, le jamboree du 100e anniversaire du scoutisme… où le souhait a été officiellement exprimé de voir "les différents mouvements s'unifier en respectant la religion de chacun". Par contre, le rassemblement hebdomadaire des chrétiens pour l'eucharistie s'appauvrit d'année en année dans nos pays. La "pratique" religieuse des Belges s'individualise, et devient même mensuelle, révèlent diverses enquêtes (1). "L'église n'est plus le lieu de célébration d'une appartenance collective", conclut un anthropologue. Il est vrai que la messe dominicale est encore trop souvent considérée comme une obligation de pratique individuelle. En réalité, elle porte sur le devoir fondamental qu'ont les chrétiens de se ré-unir pour "faire Corps", ce "Corps du Christ", qui est l'Eglise, tant sur le plan local qu'à l'échelle universelle. A tel point que la messe fut longtemps interdite en semaine pour préserver celle du dimanche (2).

Ce que beaucoup semblent encore ignorer, c'est que l'enseignement et le témoignage de la Parole, tant du Premier que du Second Testament, sont indispensables. La célébration plénière de l'eucharistie suppose d'abord la proclamation du message biblique et des exigences de l'Evangile, pour y communier et les mettre en pratique. L'épisode des disciples d'Emmaüs (Lc 24, 13-32) en est une preuve et un parfait exemple. Il ne s'agit donc pas "d'assister" passivement à la messe d'un prêtre, pas plus que de se contenter de prier ou de chanter ensemble.

Or, le "Missel du fidèle", qui fut celui de mon père dans les premières années du XXe siècle, offrait des "Prières (à lire) durant la Sainte Messe", y compris pendant que le prêtre, en latin, lisait l'épître et l'évangile. Cependant, le "Paroissien romain", édité en 1893, était un missel bilingue, latin-français, avec de nombreuses prières, mais également les épîtres et les évangiles des dimanches et principales fêtes de l'année. L'un des fruits du mouvement de renouveau liturgique, qui s'était mis en branle au milieu du 19e siècle. L'histoire de la célébration eucharistique n'est pas un long fleuve tranquille. Elle mériterait d'être mieux connue. D'autant plus qu'elle a subi de nombreuses dérives, notamment dévotionnelles, toujours prêtes à renaître.

En fait, le Christ n'a donné que le noyau essentiel de ce repas à célébrer par ses disciples en mémoire de lui. Peu à peu, les communautés chrétiennes "y ajouteront progressivement une enveloppe", selon le caractère des époques et l'influence des sentiments religieux. D'où, diverses formes liturgiques et des variations en fonction des modes de participation, des différences culturelles, de l'évolution de la société… Certaines périodes connaîtront des expressions moins réussies, d'autres altérées, obscurcies, ou corrompues.

Au tournant du 7e siècle sera introduite la pratique de la messe dite privée : un seul prêtre, et sans assemblée, voire sans un seul fidèle. L'officiant y joue tous les rôles, y compris celui du peuple. La messe deviendra pure dévotion, entraînant un excès de célébrations. Ce qui, en Occident, allait détacher l'eucharistie de son "humus communautaire". Une loi interdira même à chaque prêtre de dire plus de trente messes par jour ! Sept semblent avoir été la moyenne acceptable. (3).

A la fin du Moyen Age, il existait, dans les villes, un prolétariat de prêtres, appelés les "altaristes", ordonnés uniquement pour dire la messe et réciter l'Office. En 1521, ils étaient 120 à la cathédrale de Strasbourg. Un emploi recherché, dont la stabilité et le bénéfice étaient assurés (4) par l'abondance des intentions demandées en faveur de défunts. Durant plusieurs siècles, la théologie a fait abstraction de la communauté pour se concentrer sur le prêtre et "son acte solitaire de consécration". Vatican II a réactivé les sources. Mais, il reste urgent de revaloriser "le sacerdoce des baptisés - clé d'une Eglise vivante", titre un ouvrage qui vient de paraître (5). Il s'agit d'une "doctrine importante, voire centrale, de l'Eglise", longtemps négligée par la théologie catholique.

Or, nous ne sommes plus en chrétienté. La baisse de la pratique religieuse, le regroupement des paroisses, la diminution du clergé, doivent pouvoir stimuler les catholiques à "faire corps" le Jour du Seigneur, y compris en l'absence d'un prêtre. La démarche n'est pas neuve, mais pas encore suffisamment prise en compte. Cependant, nombreux sont les chrétien(ne)s, capables d'animer des assemblées d'Eglise, d'y semer et de partager le bon grain de la parole évangélique et d'en témoigner. Il y a tant de places pour des ministères laïques authentiques. N'est-ce pas ainsi qu'aux origines, l'Eglise a pris corps avant même l'existence "d'un ministère sacerdotal distingué comme tel" (6) ? Serions-nous une Eglise de peur et de frilosité ? Ou, Pierre aurait-il oublié Paul ?

  1. de l'UCL/La Libre Belgique (14.12.05) et Dimanche (12.08.07).
  2. "L'assemblée chrétienne", Thierry Maertens, Biblica 1964, p 139.
  3. Cf "Eucharistia", p 413, encyclopédie de l'eucharistie, Cerf.
  4. "Missarum solemnia", explication génétique de la Messe romaine, J.A. Jungmann, Tome I (1950), p 169-170, note 20.
  5. "Le sacerdoce des baptisés", Paul J. Philibert, Cerf 2007, 246 pp., 23 €
  6. Joseph Moingt, "Dieu qui vient à l'homme", tome 2, p 605, Cerf 2007, 1.206 pp., 48 €

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