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11/02/2015

Homélie du 7e dimanche ordinaire B

Homélie 7e dimanche ordinaire B

Is 43, 18-19.21-22. 24-25 ; 2 Co 1, 18-22 ; Mc 2, 1-12

On dit que nos actes nous suivent. On pourrait ajouter "surtout les mauvais". C’est eux que l’on garde en mémoire. Et davantage encore quand il s’agit des autres. C’est ainsi que le coupable d’un jour peut être longtemps traité comme un lépreux. Même s’il ne porte qu’une seule tache. Ce qui peut s’expliquer par les lois de la psychologie. C’est cependant à des êtres pétris de chair et de sang, dont il connaît les grandeurs et les faiblesses, que Jésus a présenté l’exigence d’amour, du pardon et de l’oubli des fautes… comme d’autres prophètes avant lui.

Avec les émouvantes déclarations d’Isaïe, et celles de Jésus, nous découvrons un sens aigu du péché et une espérance infiniment plus forte. Certes, le mal accomplit des ravages. Mais l’accueil du pécheur, la miséricorde et le pardon, eux, font des miracles.

Nous voici dans une société d’Alliance avec Dieu, où la justice est inséparable de l’amour, et où le Seigneur fait sans cesse du neuf avec des êtres imparfaits, boiteux, aveugles, paralysés, ou tout simplement abîmés. Un monde à l’envers, où c’est le plus gravement offensé qui prend lui-même les mesures de clémence. C’est au nom de sa propre fidélité que le Seigneur pardonne et oublie les infidélités, les indifférences et injures de ceux et celles avec qui il a établi une Alliance : "Tu ne m’as pas invoqué. Tu t’es fatigué de moi. Tu m’as traité comme un esclave, et tu m’as fatigué. Moi, oui moi, je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même. Je ne veux plus me souvenir de tes péchés" (1e lecture).

Et ce n’est pas de la littérature ! A l’époque, une partie du peuple exilé à Babylone s’est laissée éblouir par la civilisation païenne, avec ses sciences, sa littérature, sa culture, ses splendides liturgies et processions religieuses. Un certain nombre d’exilés ont abandonné la foi de leurs pères. Or, ce qu’annoncent les prophètes c’est que, non seulement la page sera tournée, mais le coupable pardonné pourra, la tête haute, reprendre sa place dans l’assemblée des " purs". Qui ne sont eux-mêmes que des pécheurs pardonnés.

Mais, ne croyez-vous pas que le pardon et l’oubli "venus d’en haut", ainsi que la ferme espérance d’un renouveau toujours possible, ont été et restent des sources d’étonnement et même de scandale ? Car il faut y croire ! C’est bien ce que reconnaît et affirme Jésus… "Voyant leur foi… ". La foi des porteurs, qui ont tout fait pour conduire près de Jésus un homme perclus, muré dans son infirmité. Un paralysé, que les gens de l’époque considéraient comme victime de ses péchés. Toute maladie, en effet, étant jugée comme conséquence d’une faute morale. Voilà bien un exclu.

Les porteurs, comme le malade, espèrent un miracle d’ordre physique. "Seigneur, rendez-lui l’usage de ses jambes". Ils sont tellement motivés qu’ils vont percer le toit de la terrasse. Ce n’est certes pas du béton, mais une couche de terre sur des branchages entrelacés et posés sur quelques poutres. Mais, imaginez la scène : les cris, les protestations, les gens qui se pressent comme des sardines dans l’unique place de la petite maison. Jésus ne se préoccupe ni de la poussière, ni de la pagaille, ni de sa prédication interrompue. Par contre, il réagit au quart de tour en voyant la confiance que lui manifestent les intrus.

La foi ? C’est crever le toit, écrit Gérard Bessière. La foi, c’est provoquer Jésus à l’impossible. Il va d’ailleurs relever le défi en crevant un autre toit, plus épais que celui de la maison. Le mur d’incrédulité et le mur de certaines traditions sociales et religieuses de l’époque, le mur de béton des pharisiens scandalisés. Et Jésus va dire au malade une parole inouïe : "Tes péchés sont pardonnés". Injure faite à Dieu, diront les légistes. Mais ils ont oublié la prophétie d’Isaïe, qui évoque un Messie et un Royaume de pardon. Or, c’est le cœur du malade qui sera d’abord guéri, parce qu’il a accueilli la miséricorde. Le voici pardonné de ses fautes. Il est vraiment une créature nouvelle. Il ne sera plus le soupçonné, l’exclu, le pécheur. Il va pouvoir repartir sauvé, réveillé en tout son être, avec, en prime, l’usage de ses jambes. Mais, comme écrit un expert : "Il est clair que Jésus ne "prouve" pas son pouvoir de pardonner les péchés en guérissant le paralytique. Les deux actions ne se situent pas du tout sur le même plan. Mais cet homme aurait-il été guéri s’il n’avait pas auparavant accueilli la miséricorde ? On peut en douter." (P. J.-M. Verlinde).

Comme les gens de Capharnaüm, nous applaudissons à la parole de guérison physique du paralytique. Mais elle n’est qu’un signe. Ce qui doit nous émerveiller, c’est la parole de pardon. Une parole de guérison. Ce qui nous concerne, puisque nous sommes tous appelés à la répéter et à l’accomplir nous-mêmes : "Seigneur, pardonne nos fautes, comme nous pardonnons nous aussi celles des autres".

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

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