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10/02/2015

Homélie du 6e dimanche ordinaire B

Homélie du 6e dimanche ordinaire B

Lv 13, 1-2 , 45-46 ; 1 Co 10, 31-11, 1 ; Mc 1, 40-45

Il y a quelques semaines, jeunes et moins jeunes se sont mobilisés dans notre pays pour se faire, très modestement mais efficacement, des émules du Père Damien pour relever le défi de la lèpre et œuvrer à sa suppression. Le P. Damien, ce saint missionnaire de chez nous, bientôt canonisé, a rendu espoir aux lépreux, d'abord parce qu'il a cru en eux, en leur dignité, en les aidant aussi à transformer leur pourrissoir, qui tenait du cimetière et du cloaque, en un jardin fleuri aux maisonnettes pimpantes. Et il en a payé le prix.

Symbole fort de l'exclusion depuis des millénaires, le lépreux est l'intouchable. Dans nos pays, on n'en rencontre plus, mais il y a de nombreux exclus qui, sans être malades de la lèpre ni contagieux, sont pratiquement considérés et traités comme des pestiférés. Chacun peut donc se demander : Qui sont pour moi les exclus, les intouchables d'aujourd'hui ? Quelle est mon attitude à leur égard ? Comment les traitons-nous dans la société et dans l'Eglise ?

Les textes bibliques proclamés ce dimanche peuvent nous aider, car ils ne traitent pas uniquement des victimes du bacille de Hansen, responsable de la lèpre, mais des impuretés et lèpres sociales ou religieuses qui provoquent la marginalisation. Et l'impur guéri par Jésus a surtout été guéri de l'exclusion qui l'avait écarté du Temple, de la communauté religieuse, et de la société tout court.

Depuis les temps immémoriaux, les peuples ont été très marqués par les angoisses du pur et de l'impur et tentés constamment de lier maladie et péché. D'où ces traditions archaïques, que l'on retrouve encore dans la loi de Moïse, avec des interdictions concernant certaines nourritures, certains contacts, certaines circonstances de la vie, qui rendent impur. Et qui est impur n'a plus accès à Dieu, n'a plus accès au sacré. Il est exclu du culte, exclu de la communauté religieuse et de la société civile, reclus dans la totale solitude physique et psychologique. Dès lors, pour faire disparaître l'impureté et retrouver un état de "pureté", l'impur devait accomplir des rites d'ablution et de purification. Ce qui signifiait en même temps sa guérison et permettait sa réintégration.

Ainsi, dans la Bible, on trouve la liste des animaux purs et des animaux impurs, l'impureté de l'accouchement, les impuretés liées à tous les phénomènes sexuels qui touchent à la génération et au mystère de la fécondité. Il y a aussi la lèpre des vêtements et des cuirs, quand on y trouve des taches blanchâtres. La lèpre des maisons, si des moisissures abîment un mur. L'impureté de la lèpre, évidemment. Mais, à l'époque, on appelait "lèpre" toutes les affections de la peau, sans distinction.

Tout cela laisse des traces dans les mentalités. Quand on a pris conscience de l'épidémie du sida, on a entendu certains croyants déclarer qu'il s'agissait là d'une punition, voire d'une vengeance de Dieu pour ceux qui avaient péché. Eux ou leurs parents, selon l'expression biblique. Et l'impureté liée à l'accouchement a même conservé des traces, jusqu'il y a peu, dans la célébration chrétienne des relevailles, même si elles étaient célébrées dans un autre esprit.

Mais quelle fut l'attitude de Jésus ? Lui, un Juif fidèle, respectueux de la loi de Moïse, qui n'était pas venu pour l'abolir mais l'accomplir ? La page d'évangile de ce jour commence par deux transgressions de la loi. Le lépreux n'avait pas le droit de se trouver là et encore moins de s'approcher des bien-portants. Et Jésus n'avait pas le droit de se laisser approcher par un impur et encore moins de le toucher. Jésus va donc braver les interdits sociaux et les interdits religieux, en les interprétant selon l'esprit et non pas selon la lettre. Comme Paul le fera plus tard à propos des viandes pures et impures, par exemple.

Face aux exclus, Jésus ne s'enfuit pas. Il exprime sa compassion. Il enfreint même la loi de Moïse et devient lui-même légalement contaminé, rituellement impur, et donc excommunié. Le voilà en guerre ouverte avec les autorités religieuses les plus traditionalistes. Il ne méprise pas la loi pour autant. Il envoie d'ailleurs l'intouchable au prêtre, car c'est lui qui doit assurer la reconnaissance officielle de la purification et permettre la réinsertion de l'exclu dans la communauté. Jésus ne repousse pas. Il tend la main. Il détruit les frontières au lieu d'en établir.

Mais il n'y a pas que des lois qui peuvent exclure. Nous pouvons, par exemple, être tellement persuadés de posséder toute la vérité, notamment en matière de foi et de morale, que nous serons tentés d'exclure, sans même les écouter, ceux qui présentent peut-être tout simplement un autre aspect de la vérité. D'ailleurs, au temps de Jésus, les lépreux n'étaient pas les seules victimes de l'exclusion, des mises à l'écart et des rejets. Il y avait les publicains et les pécheurs, les Samaritains, qui sont des étrangers et même des schismatiques, les païens, parce qu'ils n'adoraient pas le seul vrai Dieu d'Israël.

François d'Assise avait compris ce drame fondamental de l'exclusion. Un jour qu'il pénétrait dans une maladrerie, "asile de toutes les douleurs humaines", il réunit les malheureux qui s'y trouvaient pour leur demander pardon de les avoir si souvent méprisés. Quant aux lépreux, il les appelait "frères chrétiens", pour bien montrer qu'il les traitait en égaux et en membres honorables de la famille du Christ.

Nous avons aussi aujourd'hui nos catégories d'exclus et de boucs émissaires. Le différent fait toujours peur. Il y a tant de rejets faciles, spontanés, quasi naturels que nous pratiquons chaque jour.

L'essentiel de ce jour n'est pas le récit d'un miracle, mais le témoignage d'un signe, la proclamation d'un message. Ce que le Christ attend de tous ses disciples, c'est "qu'ils brisent, comme lui, les barrières de la méfiance, de la peur et du conformisme, pour tendre la main" vers leurs semblables, déshérités ou méprisés. La suite, c'est nous qui l'écrirons sur le terrain de la vie quotidienne.

Y a-t-il pour l'Eglise un moyen plus efficace de devenir aux yeux du monde un signe plus crédible du Christ, que d'entrer en relation avec les personnes et les communautés en danger ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

Commentaires

Bonjour,
L'Evangile de Ce dimanche me fait vraiment réfléchir sur l'exclusion. A t-on vraiment, de par le monde, des raisons d'exclure l'autre? Pourquoi nos sociétés, ethnies, clans, etc sont-elles souvent-paradoxalement- construite sur des exclusions? Est-il facile d'espérer un monde sans exclusion aucune?
à lire l'Evangile, je me sens franchement coupable d'avoir été ou d'être complice volontaire ou involontaire d'exclusion.

Puisse le Seigneur ouvrir mon cœur à l'autre. Qu'il me donne le courage de briser les barrières sociales qui m'éloignent de l'autre et me le montre non comme un frère, une personne; mais bien plutôt comme un danger à fuir coûte que coûte.

Écrit par : Anani | 15/02/2009

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