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04/11/2014

Homélie de la dédicace de la basilique du Latran

Homélie dédicace de la cathédrale du Latran

Ez 47, 1-2 ; 8-9, 12 ; 1 Co 3, 9-11, 16-17 ; Jn 2, 13-22

Nous célébrons aujourd’hui le souvenir de l’inauguration de la première cathédrale de Rome. Le jour où l’on a pendu la crémaillère. Ce qui est à la fois, pourrait-on dire, le baptême d’une nouvelle maison, un édifice matériel, mais qui renvoie toujours à la réalité spirituelle qu’elle signifie, c’est-à-dire : la famille. Qui dit maison, dit rassemblement familial. Et qui dit Temple ou Cathédrale, évoque la famille qu’elle rassemble, c’est-à-dire l’Eglise, l’Assemblée des disciples de Jésus Christ. Et plus largement encore, elle est ouverte à toute l’humanité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans les premiers siècles, on a appelé église les maisons où se rassemblaient chaque dimanche la communauté de ceux et celles qui avaient été convoqués, c’est-à-dire en grec : l’ecclesia, l’Eglise (avec un E majuscule).

Nous ne fêtons donc pas seulement des pierres et des briques, mais l’Eglise, Corps du Christ. Un bâtiment et une communauté. Un Temple de pierres et un Temple de chair. Les deux ont un sens. Mais il ne faut pas se tromper d'absolu ni confondre les degrés d’importance.

Dans l’histoire du peuple de Dieu, le Temple a toujours pris une place prépondérante, un moyen d’affirmer son identité. Il symbolisait le centre de l’univers vers lequel convergeraient un jour tous les peuples de la terre. Il était surtout la demeure de son Dieu.

D’ailleurs, il n’y en avait qu’un, à Jérusalem, le lieu unique pour les sacrifices et les pèlerinages, centre de la vie cultuelle d’Israël.

Or, le Temple avait été profané, détruit, et les juifs exilés. A leur retour au pays, il avait été restauré à grands frais. Les fidèles n’avaient pas lésiné sur leur participation financière. Ils étaient vraiment heureux et fiers du résultat. Un vrai chef-d’oeuvre. Pour la fête de l’inauguration, on avait invité un prêtre voisin qui, en guise d’introduction à la célébration, allait les interpeller et les secouer avec toute l’énergie d’un prophète.

"Vous êtes venus très nombreux pour prier, offrir des sacrifices, dans ce que vous appelez le "Palais du Seigneur". Et je vous félicite. Mais il ne faudrait pas vous gargariser de paroles illusoires et d’admiration superficielle. Ce n’est qu’un édifice fait de pierres, de terre cuite et de bois. Vos louanges et vos invocations ne font pas le poids. Le Seigneur préfèrerait certainement vous voir améliorer sérieusement vos manières d’agir. Notamment en défendant plus activement et plus efficacement le droit et la justice dans la vie sociale. Etes-vous bien sûr de ne pas exploiter d’une manière ou d’une autre les plus faibles, les immigrés, les exclus, les marginalisés. Et il ajouta : "Vous vous présentez devant Dieu dans cette maison que vous qualifiez de sacrée. Et vous la transformez en caverne de profiteurs". Vous dites que ce Temple est la porte du ciel, mais vous continuez à vénérer les faux dieux de l’avoir et du pouvoir. C’est à ces idoles que vous consacrez en fait vos plus belles offrandes. Comment osez-vous espérer la gratitude du Seigneur et le "salut", tout en dépouillant les plus pauvres, en négligeant la solidarité, la justice et les droits humains élémentaires ? Comment voulez-vous que j’habite vraiment avec vous en ce lieu ? Vous le videz de ma présence et de mon esprit".

Plus tard, Jésus reprendra des termes presque semblables. Et même le fouet à la main. Pour réaffirmer que le Seigneur de l’univers n’est pas lié à une terre, ni à un édifice, ni à des rites, quand ils sont souillés par un esprit de marchandage "et de religiosité hypocrite". Or, Jésus n’a pas pu facilement faire comprendre que l’essentiel n’est jamais dans les briques ni les marbres ni les bois précieux. Ni même dans les rites et les sacrifices de mouton, de bélier ou de veau gras.

Puisque le Temple est devenu peu à peu le lieu d’une religion mercantile, dira Jésus, il est dépouillé de son véritable sens. Il peut même être détruit. C’est alors qu’il se présente lui-même comme LE Temple. Le véritable et nouveau Temple. La vraie religion retrouve ainsi son sens, celui d’un échange d’amour gratuit. Et non plus un simple culte extérieur, avec des relents magiques.

Ce Temple, qui est le Christ ressuscité, c’est aussi l’assemblée de ceux et celles qui croient en lui. Un Temple de chair. Une chair habitée par l’Esprit. C’est pourquoi, chaque baptisé est appelé à prendre part à la construction de l’Eglise, d’autant plus qu’il est déjà lui-même Temple de Dieu, nous dit saint Paul : " Vous êtes la maison que Dieu construit. Vous êtes le Temple de Dieu. Tous des bâtisseurs du Temple de chair, y compris les plus jeunes et ceux du quatrième âge, les malades, les handicapés, les immobilisés de tous genres. Notre sens du sacré est toujours à réévaluer. Un être humain est infiniment plus sacré et plus consacré qu'un calice d'or serti de diamants.

Et l’eucharistie dominicale est le signe de cette Eglise qui se construit. L’eucharistie fait l’Eglise. Devenir une pierre vivante, c'est donc accueillir la Parole, communier à l'Esprit, être artisans de justice et de paix. La liturgie a d’ailleurs prévu une parole d’envoi pour ceux et celles qui iront porter la Parole et le Pain aux absents atteints par l’âge ou la maladie. D’où encore, cet appel pressant : Il y a vraiment du travail pour tous. Il ne s’agit pas de discuter et de se déchirer en querelles stupides et vaines, au lieu de travailler ensemble et dans le même esprit à bâtir le seul et vrai Temple de Dieu. Le ciment, c'est la charité.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

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