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09/09/2014

homélie sur la Croix glorieuse, 14/09/08

Homélie de la liturgie sur la Croix glorieuse

Nb 21, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Jn 3, 13-17

Depuis longtemps déjà, la croix de bois n'est plus utilisée comme instrument de supplice et de mort. Nous avons trouvé mieux et plus raffiné, plus pénible et plus humiliant encore… Et les chambres ou salons de torture bénéficient chez les "civilisés" des progrès considérables des sciences et de la technique.

L'atroce et spectaculaire supplice de la croix avait été adopté par les juifs de l'époque hellénistique et réservé dans le monde romain aux esclaves et aux sujets rebelles. Le niveau de l'extrême infamie et de l'abjection… Même le Deutéronome enseigne que le pécheur condamné à mort et pendu à un arbre est une malédiction de Dieu (Dt 21, 22). Jésus, le prophète de Nazareth est passé par là.

Le répugnant symbole de l'humiliation et des souffrances effroyables est aussi celui de la perversité humaine. Il y a victime parce qu'il y a bourreau. "Des chiens me cernent ; une bande de malfaiteurs m'entoure : comme au lion ils me lient les mains et les pieds" (Ps 22, 17).

L'horreur a cependant son revers de grâce. Après l'échec de la croix, c'est la croix du triomphe. Aux larmes et au découragement du vendredi saint succèdent la joie et l'espérance de Pâques… On peut célébrer et exalter la croix glorieuse. Le diadème royal remplace la couronne d'épines. L'esclave abaissé, écrasé et maudit, se relève, libre et aimé. Le crucifié est le sauveur. L'arbre de mort est un arbre de vie… Voici qu'il fleurit et produit des fruits savoureux.

La croix n'est pas source de salut par son aspect sacrificiel et sanglant, mais parce qu'elle est l'expression ultime de l'amour de Dieu et qu'elle peut être ainsi, pour les croyants, source de vie. Elle est bien le signe du chrétien. Une croix à contempler, car elle est preuve et symbole d'un amour sans frontières ni parenthèses et même plus fort que la mort. Elle est aussi appel et invitation à prendre "la condition de serviteur" pour secourir et aider les plus petits et les plus accablés de la communauté humaine, au risque d'être crucifié par les contradictions, oppositions et autres souffrances. Sur la croix, Jésus nous fait doublement signe : "Vois comme je t'aime. Aie confiance et suis-moi. J'ai vaincu le mal, la mort et le monde".

C'est dans une perspective semblable que Moïse invitait déjà les Hébreux, inquiets, découragés, révoltés, à jeter un regard de confiance vers le serpent dressé au sommet d'un arbre, symbole païen du dieu guérisseur, non pour bénéficier d'une puissance magique, mais pour "leur rappeler le commandement de la Loi". "En effet, quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé mais par toi, le Sauveur de tous" (Sg 16, 6-7). Se retourner vers la croix, c'est déjà amorcer un mouvement de conversion salutaire. C'est ce qu'avaient compris les petits paysans persécutés à Sampaio (Brésil). Ils avaient dressé une grande croix pour commémorer leurs souffrances et rappeler que le Christ est vainqueur du mal, de la haine et de la mort. Symbole de leur espérance.

Le simple signe de la croix aussi, prière du corps et de l'esprit, rappel du baptême et de la confirmation. Prière gestuée qui me permet de faire "mémoire du salut que le Christ m'a donné" et me "rappelle le peuple auquel j'appartiens". Dans ce geste, "c'est toute la misère du monde qui repose sur moi, transfigurée et transformée en délivrance et en salut" (cardinal Lustiger).

Bien plus encore que la photo des êtres chers qui, dans les voitures, font signe au conducteur pour lui rappeler la communion d'amour et le devoir de prudence, la croix doit partout nous faire signe. Croix des clochers et des calvaires, croix des autels et des maisons, des pendentifs et des bracelets, qui nous crient toutes le triomphe de l'amour, l'espérance d'un monde renouvelé, l'urgence de suivre le Christ et de servir.

C'est dans le service, en effet, que notre foi prend vraiment forme concrète.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

12:10 Publié dans Passions | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : croix, arbre, vie, mort, sauveur, signe, amour

Commentaires

Bonjour !

N'ayant pas été élevée dans la foi catholique, j'ai toujours un mal fou à comprendre ce qui motive la vénération de Marie et d'autres humains décédés reposant auprès du Seigneur. Nulle part la Bible ne prescrit de telles pratiques ni ne mentionne l'Assomption. Pour la profane que je suis en matière de romanisme, j'ai le sentiment (sans offense) d'avoir à faire à une religion polythéiste tant les invitations à prier d'autres que notre Seigneur sont légion (y compris dans le monde orthodoxe). Pourtant, Dieu ne donne sa gloire à personne d'autre. Interdit la vénération d'images taillées et condamne les traditions des hommes. Comment le catholique fait-il la part des choses entre les Ecritures et les enseignements de l'Eglise? Je reviens de Roumanie, où j'ai pu admirer des icônes magnifiques, mais voir les fidèles s'agenouiller, embrasser ces représentations me laisse un arrière-goût d'idolâtrie. Est-ce que ces pratiques ne détournent pas, finalement, la prière, la louange et la vénération dûes à Dieu seul au nom de Son Fils Jésus, Dieu fait homme pour notre salut?

Votre blog m'aide à comprendre votre foi et m'intéresse beaucoup, m'instruit parfois. Cependant, les questions qu'il suscite (et la révolte aussi parfois, il faut bien l'avouer) sont légion.

Écrit par : Anne | 10/09/2008

Bonsoir Anne,
Vous l'avez bien dit, en ce qui concerne Marie et les Saints, ils s'agit de "vénération" et jamais d'adoration, car comme vous le dite toute la gloire est du à Dieu seul. Par contre la vénération est du (plus ou moins) à tous le monde, car la vie de chaque personne est appelé à devenir une histoire sacrée ! (Certains sont devenus des grands frères dans la foi par une vie qui à manifesté de façon plus éclatante la grâce de Dieu) Et c'est pour chacun que Dieu à donné sa vie en Jésus-Christ !
Alors je vous prie Anne (parce que en tant que croyante, vous avez l'Esprit Saint) de prier pour moi, et avec moi bien sur...
Ces lignes sont un gros raccourcis...
Je voulais juste rendre encore gloire à Dieu pour toutes ses grandes œuvres qu'il a accompli dans le monde et dans la vie des hommes.
Fraternellement
Nicolas

Écrit par : Nicolas | 14/09/2008

Bonjour,
Bravo pour ces homélies dominicales. Voilà qui est bien utile pour nous éclairer.

Écrit par : Olivier | 17/09/2008

Réponse à Anne :

La prière chrétienne s'adresse finalement toujours à Dieu, Père, Fils et Esprit… Mais elle prend parfois un(e) intermédiaire que peut représenter un(e) saint(e) ou une personne qui nous est proche, qui nous précède auprès de Dieu, à qui l'on parle librement de nos joies, nos soucis, nos projets… ou toute autre intention particulière. Et cela, parce que leur façon de vivre à la suite du Christ (bonté, miséricorde, souci des pauvres, des malades, des exclu(e)s…) a témoigné d'une parcelle de l'éclat de la vie de Dieu qui, Lui, rayonne de la Gloire (Sainteté) parfaite…
En ce sens, Dieu nous a déjà donné au baptême cette sainteté en puissance, pour former un "peuple saint", c'est-à-dire, pour nous, qui essaie de vivre l'Evangile en enfant de Dieu, dans cette Eglise, Corps du Christ.
Le culte rendu aux saint(e)s est une longue histoire. Elle début au temps des premiers martyrs chrétiens, qui ont donné leur vie à cause de leur foi…. Et cette histoire évolue différemment en Orient et en Occident, selon leur culture propre.
Les icônes, par exemple, sont des œuvres réalisées dans la prière, par des artistes qui espèrent aider les autres à s'adresser à Dieu, avec qui ils communiquent par le regard.
Mais l'être humain s'exprime à l'aide de tous ses sens (voir, entendre, toucher, goûter, sentir), et cela selon son caractère, sa culture, plus ou moins librement. Il exprimera ainsi son adhésion au chemin poursuivi par l'exemple du saint ou de la sainte pour l'aider dans sa vie quotidienne. Ce n'est donc pas l'objet (peinture ou sculpture) qui est vénéré, mais ce qu'il communique.
Vivant en Occident, les expressions plus orientales peuvent nous paraître étranges… elles sont parfois contagieuses et manifestent peut-être ce besoin de sécurité et d'assurance, de certitude parfois qui peuvent conduire à des excès… La liberté des enfants de Dieu est parfois difficile à gérer.
Cela dit, il faut reconnaître que certaines dévotions sont ambiguës. Si les théologiens savent bien que toute prière chrétienne s'adresse en définitive à Dieu, fût-ce à travers des intermédiaires, il n'en est pas de même pour tous les chrétiens. Le risque d'idolâtrie est réel, et c'est pour cette raison que les grands Réformateurs du XVIe siècle (Luther, Calvin et d'autres) ont combattu ce genre de dévotion. Mais sans doute faut-il aller encore plus loin et reconnaître que le même risque d'idolâtrie est aussi réel si l'on s'en tient à prier "Dieu", car chacun est tenté d'imaginer ce "Dieu" selon son propre désir ou son propre sentiment, et non tel qu'il est révélé dans l'Evangile. Nous n'aurons jamais fini de "convertir" notre regard de foi.
Il ne faut pas s'étonner de se poser des questions… Dans l'Evangile, Jésus en pose souvent… "Qui dites-vous que je suis ?"… par exemple… Et en cela, "l'Eglise devrait d'abord être l'Eglise de la question, avant d'être l'Eglise de la réponse"… (selon Mgr Albert Rouet dans "Trois vertus pour exister")… "Car on ne transmet pas la foi, ce n'est pas un objet ou une chose. Elle éveille la liberté. Elle s'enracine dans ce désir de vivre pleinement l'humanité que nous avons reçue par don de Dieu"…

Jacques Vermeylen, théologien

Écrit par : Jacques Vermeylen | 19/09/2008

Merci Jacques pour votre analyse, il n'est pas évident de poser un regard aussi explicite sur ces questions.
Etes-vous un assidu de ce blog? si oui, auriez-vous la gentillesse de continuer à nous éclairer de vos commentaires au fur et à mesure des homélies postées?

Bonne journée à vous.

Olivier

Écrit par : Olivier | 19/09/2008

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