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14/08/2014

Assomption de la Vierge Marie

Assomption de la Vierge Marie

Veille : 1 Ch 15, 3-4, 15-16 ; 16, 1-2 ; 1 Co15, 54-57 ; Lc 11, 27-28

Jour : Ap 11, 19a ; 12, 1-6a. 10ab ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Fêter l'Assomption de Marie, c'est célébrer son passage de la mort à la vie, de la terre à la gloire de son Fils… C'est aussi la célébration de l'espérance chrétienne. Une espérance pour l'être humain dans sa totalité, qui attend sa perfection charnelle et spirituelle. Mais les textes bibliques ne parlent pas de cet événement. Ce que la liturgie veut mettre en valeur c'est la foi de Marie : "Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur" (Lc 11). Ou, comme dans l'évangile de la vigile : "Alors qu'une femme interpellait Jésus : "Heureuse la femme qui t'a porté et t'a nourri", il répondit : "Heureux plutôt ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent".

Autrement dit, tout croyant doit se laisser féconder par la Parole de Dieu, laisser grandir en lui l'esprit du Christ, pour pouvoir véritablement l'enfanter au monde, en étant porteur de sa Bonne Nouvelle, en témoignant des béatitudes, en accomplissant ce qu'on peut appeler des miracles de charité et de justice, de paix, d'unité.

Le deuxième accent donné par la liturgie, et qu'il nous faut méditer, c'est la victoire de la vie sur la mort. La foi en la résurrection du Christ, qui annonce et garantit notre propre résurrection… C'est ce qui a conduit les premiers chrétiens à conclure : "Si le Christ a été le premier des ressuscités, Marie a dû être la première à bénéficier de la résurrection de son Fils". Les écrits du Nouveau Testament ne font certes aucune allusion à cette assomption de Marie. Tout, en effet, est parti de ce que l'on appelle le "sensus ecclesiae", c'est-à-dire le bon sens de la foi du peuple de Dieu. Par une certaine logique interne de la foi, l'Eglise primitive s'est demandée : "comment le corps de celle qui a porté l'auteur de la vie aurait-il pu connaître la corruption du tombeau ?"

Pour les premiers chrétiens, la mort de Marie ne pouvait n'être qu'un sommeil, une dormition, mais un sommeil trop court pour que la corruption du tombeau ait pu entamer son corps. C'est pourquoi, encore aujourd'hui, on retrouve dans la liturgie des allusions qui unissent ces deux mystères de Marie, celui de la maternité et celui de l'assomption, comme on le voit dans l'une des préfaces propres à la fête : "Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui a porté ton propre Fils et mis au monde l'auteur de la vie". C'est ainsi qu'est née à Jérusalem, dès le Ve siècle, la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. On l'a appelée aussi la fête du Repos, pour exprimer la douceur de la mort de Marie, ou également "Natale", pour fêter la naissance de la Vierge dans la vie éternelle, ou encore "Transitus", le passage de Marie, corps et âme, du temps à l'éternité.

C'est seulement en 1950 que l'Eglise romaine a davantage explicité sa foi concernant la Dormition de Marie. La prière d'ouverture de la célébration reprend d'ailleurs les termes mêmes de la déclaration dogmatique : "Après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, Marie a été élevée en corps et en âme dans la gloire céleste". Ce qu'il faut éviter de traduire en termes d'imagination et voir aussitôt des anges emportant Marie à travers le toit de sa maison… Le sens profond c'est que l'achèvement total de Marie, après la fin de sa vie terrestre, comprend dès maintenant sa réalité corporelle accomplie et glorifiée. Autrement dit, celle qui, par la foi, a reçu dans son corps la rédemption parfaite pour elle-même, mais aussi pour nous, l'a reçue dans la réalité totale spirituelle et matérielle.

Mais ce qui importe dans l'immédiat, au-delà des explications théologiques ou des curiosités humaines, c'est de redire et de croire avec S. Augustin que si Marie est glorifiée dans sa maternité, sa vraie grandeur réside dans sa foi qui la fit concevoir d'abord dans son cœur avant même de concevoir dans son sein. C'est la Parole qui l'a fécondée, dit l'évangile de la vigile. L'évangile du jour, lui, est une sorte de célébration des béatitudes. Elles sont réalisées en Marie et, par son assomption, les promesses du Christ lui sont accordées. Ceci nous rappelle à bon escient que les béatitudes obtiennent vraiment le Royaume et que Marie a obtenu ce Royaume.

Invitation qui nous est adressée aujourd'hui pour reconnaître, avec Marie, ce que Dieu a fait pour nous. Le Seigneur fit pour nous des merveilles : merveille de vivre, merveille de pouvoir créer, lutter, partager. Merveille d'être pardonné, appelé, comblé. Merveille de pouvoir à notre tour engendrer Jésus Christ, le mettre au monde, tout simplement en nous efforçant d'être fidèles à la Parole. L'eucharistie annonce une résurrection déjà accomplie en Marie. L'aimer, la prier, c'est se mettre à son école, l'école de la foi.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

  1925 - 2008

  

Commentaires

Bonjour,
Dans votre homélie du 11/08/2008, tout respire l'espérance d'une vie éternelle. Pourtant, une petite gène lorsque l'on approche l'aboutissement du corps charnel de Marie et de Jésus. Ce passage obligé pour chaque humain sur cette terre de savoir son enveloppe charnelle disparaître comme il se doit. Et pourquoi pas pour Marie et Jésus. Pouvez-vous m'aider à donner un sens à cette différence entre eux et nous.Merci et bonne fête de l'Assomption.

Écrit par : ANDRE Philippe | 15/08/2008

On pourrait dire qu'il n'y a en fait pas de différence. Nous sommes aussi appelés à cette vie d'éternité, où tout notre être (corps, âme, esprit), être d'éternité, corps d'éternité, corps ressuscité, glorifié, sera totalement en communion dans le Christ, avec Dieu, (Les mots "corps" et "chair", expriment l'être tout entier, dans les textes hébraïques et orientaux. En Occident, la signification est plus limitée à l'aspect matériel).

Pour Dieu, le temps est éternel. Notre difficulté est d'entrer dans cette perspective. Nous avons tendance à minuter les choses, mais n’est-ce pas une vue trop courte ?

Jésus est ressuscité. Cette conviction des chrétiens repose sur les témoignages de foi transmis par le Nouveau Testament… Le tombeau est vide… Christ est ressuscité !, c'est la victoire de la Vie sur la mort… L’expérience bouleversante de la rencontre de Jésus vivant par-delà la mort se trouve à l’origine de toute l’aventure chrétienne.

Il n’en va pas de même pour la foi en l’Assomption de Marie. Son tombeau est honoré à Gethsémani, près de Jérusalem. L’idée de l’Assomption (ou « Dormition », dans la terminologie orientale) a fait l’objet d'une ferveur populaire à partir du Ve siècle chez les chrétiens d'Orient ; Pie XII en a fait un dogme en 1950, et le concile Vatican II, dans Lumen Gentium, n. 68, déclare : "Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l'Eglise en son achèvement dans le siècle futur, de même sur cette terre, en attendant la venue du jour du Seigneur (2 P 3, 10), elle brille déjà devant le peuple de Dieu en pèlerinage comme un signe d'espérance assurée et de consolation."

S. Jean Damascène, théologien et poète du VIIe siècle, dans sa 2e homélie pour la Dormition, explique : "Celle qui pour tous a fait jaillir la vraie vie, comment tomberait-elle au pouvoir de la mort ? Comme Mère du Dieu vivant, il est juste qu'elle soit élevée jusqu'à lui. Puisque le Christ qui est la Vie et la Vérité a dit : "Là où je suis, là sera aussi mon serviteur" (Jn 12, 26), à plus forte raison sa mère ne partagerait-elle pas sa demeure ?" Ou encore "Celle qui avait hébergé le Verbe divin en son sein devait être logée dans la demeure de son fils.".

Dans sa méditation de l'Assomption, Bede Ukwuije, théologien spiritain au Nigeria, précise :
"La destinée de Marie annonce la destinée de chaque être humain en Christ. Enoncer que la Mère de Dieu fut emportée au ciel corps et âme, cela veut dire que l'Eglise prend de la distance par rapport à toute anthropologie dualiste qui mépriserait le corps humain. Dieu prend au sérieux l'être humain dans toute son histoire. Marie n'était pas seulement un emballage qui entourait le Fils de Dieu. C'est en elle que le Fils de Dieu a pris corps. Cela anoblit le corps humain et lui promet une victoire sur la mort. Voilà qui interroge notre manière de gérer notre corps et la manière de considérer le corps de l'autre… Si nous acceptons notre corps comme demeure de Dieu promise à l'éternité, alors nous comprendrons la nécessité de défendre la dignité de tout être humain…" (La Croix, 14-15.08.08, p 20).

Dans la fête de l’Assomption, nous contemplons la destinée qui nous est promise. Dans le mystère de Pâques aussi, bien entendu. Mais peut-être avec une nuance, dans la mesure où il est pour nous aussi révélation du statut unique de Jésus auprès de Dieu : « C’est lui que Dieu a désigné comme juge des vivants et des morts » (Actes 10,42).

Jacques Vermeylen
Théologien

Écrit par : Jacques Vermeylen | 20/08/2008

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