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01/07/2014

Homélie du 14e dimanche ordinaire A

Homélie 14e dimanche ordinaire A

Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9, 11-13 ; Mt 11, 25-30

 

Les prophètes bibliques ont souvent utilisé les situations politiques pour en faire des paraboles de révélation messianique. Les manifestations sportives aussi, constituent un excellent matériau pour créer des paraboles. Ainsi, Paul, cet athlète de la foi, a utilisé des images sportives pour exprimer le sens de l’existence chrétienne (1 Co 9, 24-27). Et Isaïe annonçait déjà un Seigneur qui serait juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux (Is 2, 4)…

Si, aujourd’hui, "le sport est devenu une religion sans Dieu, qui divinise l’homme", les peuples ont toujours espéré un sauveur, un messie, qui soit à la fois un vainqueur et un bienfaiteur. Mais il y a des messies politiques et des messies religieux. Il arrive qu’on les confonde. Il y a quelques années, Pat Robertson, le plus célèbre des télévangélistes, a affirmé le rôle messianique de l’Amérique. Il en a même fait la patrie du "peuple de Dieu".

L'actualité, tant politique que sportive, et d'un bout à l'autre de la planète, du Nord au Sud, d'Est en Ouest, peut également susciter de nouveau rois ou messies, auxquels un culte, souvent éphémère, est rendu. Gouvernants ou vedettes nationales sont facilement élevés au grade de dieu ou demi-dieu…

Jadis (1e lecture), quand le petit peuple juif, déjà fort éprouvé et souvent déçu, apprend qu’Alexandre le Grand va de victoire en victoire, il se demande si ce conquérant païen ne pourrait pas être LE Messie, si souvent annoncé, si souvent promis. Ou bien faut-il attendre un nouveau roi, juif celui-là, puissant et guerrier, LE vrai messie, qui pourrait faire face à tous les conquérants et les vaincre ?

Oui, le messie sera un roi, répond le prophète. Et même un roi victorieux. Mais sa force ne résidera pas dans ses attitudes orgueilleuses et belliqueuses, ni dans ses armes, ses chars et ses chevaux de combat. Il sera plutôt un briseur de guerre, un bâtisseur de paix. Un homme juste et humble, qui se mettra au service de son peuple.

Le psaume en esquisse le portrait, et donc, toutes proportions gardées, celui, idéal, de ses disciples. C’est-à-dire LE NOTRE. Ce vrai roi, ce vrai pasteur, est lent à la colère et plein d’amour. Il est VRAI en tout ce qu’il dit, FIDELE en tout ce qu’il fait. Il n’écrase pas les accablés. Il n’accable pas ceux qui tombent. Au contraire, il les redresse. Il est en tout et partout un artisan de paix, un stoppeur de conflits, un réconciliateur.

Jésus de Nazareth répond bien à ces critères. Un messie désarmé, qui n’est pas "sous l’emprise de la chair", mais "sous l’emprise de l’Esprit", vient de nous rappeler Paul. C’est-à-dire qu’il n’est pas venu en brandissant la loi, en multipliant et en précisant minutieusement les observances. Il n’y a pas chez lui de raideur doctrinale, pas de vision autoritaire et dominatrice, pas de triomphalisme, ni de rigidité prétentieuse. Pour établir son royaume, il est d’abord allé vers ceux et celles qu’on regarde de haut ou de loin, à distance.

Cependant, ces tout petits, dont parle Matthieu, n’étaient pas pour autant des enfants de chœur ni des enfants de Marie, mais des prostituées, des infirmes, des contagieux, des marginaux de tous genres... Venez à moi, vous tous aussi qui peinez sous le carcan de lois religieuses inadaptées, minutieuses et tatillonnes, accumulées par des législateurs pieux mais désincarnés, et interprétés par des fonctionnaires esclaves de la lettre.

Le joug du Messie est tout autre. C’est celui de l’amour véritable, qui libère de tout esclavage, tant celui de la chair que celui de la loi, dira Paul. Encore faut-il ici ne pas se tromper de "chair". Car nous sommes encore prisonniers d’une vieille tradition qui n’est ni biblique ni évangélique, et qui réduit les mots "chair" et "charnel" aux seules impulsions sexuelles. Or, la chair n’est pas le péché, mais le chemin par lequel le péché s’introduit dans l’être humain. Un péché qui peut même se servir des prescriptions religieuses. La chair, nous dit la Bible, c’est le corps humain tout entier. Un être de chair et de sang, c’est-à-dire fragile. Une fragilité que n’a pas dédaigné le Verbe qui s’est fait chair. Cette fragilité s’exprime en tendances égoïstes. Y succomber, c’est dès lors accomplir "les oeuvres de la chair", agir sous l’emprise de la chair. C’est déséquilibrer ou rompre l’harmonie qui doit régner entre la chair et l’esprit pour qu’ils puissent s’appuyer l’un sur l’autre, s’enrichir l’un l’autre.

De toute manière, les désirs et les faiblesses de la chair ne se limitent pas aux diverses formes d’impureté et de débauche. Il y a aussi, précise Paul dans une autre lettre, la haine et la discorde, péchés de la chair ! la jalousie et les emportements, péchés de la chair ! les disputes et les dissensions, péchés de la chair ! l’envie, les ripailles et toutes les formes d’idolâtrie, péchés de la chair !… Il est bon de le savoir et d’en tenir compte pour postuler une place de disciple. Car le Christ embauche.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

  1925 - 2008

Commentaires

Merci pour vos textes pénétrants. Dommage que l'on ne les trouve plus que sur ce blog, que j'ai découvert un peu par hasard.

Il n'y a pas que le sport qui aujourd'hui divinise l'homme, mais tout dans la société poursuit ce chemin. Nos partis politiques sont tous devenus humanistes au plus mauvais sens du terme, en ce sens que rien ne doit désormais limiter l'homme, le modérer. On n'en est même plus à une alliance entre l'homme et la création (ne parlons même pas de Dieu !), mais c'est un peu comme si notre civilisation voyant sa fin arriver ne voyait pas d'autres issues que dans une domination pleine et entière de l'homme sur tout ce qui lui est étranger.

Cette évolution très récente (une vingtaine d'années), on la ressent dès qu'on lève un peu la tête du guidon; selon moi elle procède d'un quasi accomplissement de la déchristianisation de nos contrées, déchristianisation dont bien entendu la vitesse s'accélère.

A noter qu'aujourd'hui on est largement au-delà de cette déchristianisation puisque, les élites de nos contrées occidentales refusent toute évocation d'une transcendance qu'elles nient à l'envi.

D'ici peu, on vous prendra au mieux pour un égaré un peu simple au pire pour un anormal antisocial si vous déclarez croire à quelque chose qui dépasse l'homme et une matière dans laquelle ne souffle aucun esprit.

Écrit par : colas | 03/07/2008

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