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15/06/2008

homélie du 11e dimanche ordinaire A

Homélie du 11e dimanche ordinaire A

Ex 19, 2-6 ; Rm 5, 6-11 ; Mt 9, 36 - 10, 8

Aujourd'hui, le prêtre et le diacre sont encore souvent seuls à exercer un ministère ordonné, mais la mission pastorale est remplie par une équipe de laïcs, femmes et hommes, agents, délégués…, qui exercent un "ministère baptismal" au sein de leur Eglise locale ou de leur "Unité pastorale". Tout baptisé, en effet, est appelé à être témoin du Christ, porteur de sa Bonne Nouvelle, engagé au service de Dieu, de l'Eglise et du monde, et faire fructifier ses charismes.

Ce genre d'évolution et d'initiative, fréquent dans les pays dits de mission, s'est développé et généralisé en Occident depuis les années 60. Mais de nouvelles questions se posent et des problèmes inédits surgissent. Des solutions originales sont expérimentées. Nous ne sommes pas au cœur d'une crise passagère de vocations sacerdotales, mais bien au sein d'une grande mutation. Certes, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ est immuable, mais elle est proclamée et incarnée dans des situations qui changent. Ce que nous vivons est une mutation de société et donc aussi une mutation des ministères. Si le nombre de prêtres ne cesse de diminuer, le nombre de chrétien(ne)s exerçant un "ministère baptismal" ne cesse d'augmenter. Ce qui modifie peu à peu le visage et le fonctionnement de l'Eglise. Elle est en effet communauté et Corps du Christ, dont chaque membre peut participer à la vie et à la mission de l'ensemble. Il y a un sacerdoce commun des fidèles que l'on redécouvre, même si la mémoire d'une Eglise pyramidale est encore fort présente, et que, pour certaines catégories de chrétiens, elle ne parle plus de façon crédible.

Ce développement des engagements et des services ouvre lui-même de nouvelles perspectives. Ainsi, nous voyons les équipes qui forment l'aumônerie des cliniques, poser de plus en plus la question concrète et de plus en plus urgente d'un certain ministère laïc de l'onction des malades, voire même de l'absolution sacramentelle. (Que l'on a d'ailleurs pratiquée en certaines circonstances au Moyen Age). Egalement, l'hypothèse d'un autre type d'ordination sacerdotale, telle qu'elle est pratiquée en Orient, tant chez les Orthodoxes que les Catholiques de rite oriental, et qui concerne des hommes mariés. Un dossier réouvert par Paul VI et qui est actuellement et officiellement bloqué. Il n'en est pas moins régulièrement repris, suggéré et souhaité, y compris par des évêques, de même que celui des "ministères féminins".

Tout cela n'a rien d'anormal, car toute fidélité authentique est créatrice. Il ne faut jamais oublier que les apôtres, constatant qu'ils ne pouvaient plus à eux seuls prêcher, catéchiser, exercer leur mission caritative et sociale, ont invoqué l'Esprit et inventé les diacres. Ce qui, dans les publications économiques, pourrait se traduite : "Des emplois nouveaux pour des besoins nouveaux". Des tâches partagées, présences d'Evangile, fondées sur des relations "significatives", pour une Eglise-sacrement, communion de communautés différentes… Une "pastorale d'engendrement", basée sur des expériences de terrain… sachant qu'"Il n'y a d'engendrement que mutuel. La pastorale qui porte ce nom se développe dans un milieu communautaire où les personnes entretiennent entre elles des relations de proximité", comme l'affirme Philippe Bacq dans un ouvrage récent (1).

L'Evangile d'aujourd'hui, mais également le passage du livre de l'Exode, nous ouvrent à ce genre de perspective. Qui sont, par exemple, les bergers et les pasteurs auxquels s'adresse Jésus ? Il s'agit des scribes et des pharisiens. Que leur reproche-t-il, notamment ? De se fermer à "la nouveauté du Royaume", et donc de s'accrocher désespérément à des habitudes figées, des règlements inadaptés, des certitudes où se mêlaient indistinctement l'essentiel et l'accessoire, le définitif et le provisoire. Un manque d'ouverture au souffle novateur et créateur de l'Esprit, qui suscite la vie.

Quant aux ouvriers peu nombreux dont parle l'évangile, il ne s'agit pas seulement des prêtres, des religieux et religieuses. Les membres du corps, qui sont des membres vivants, n'ont certes pas tous la même mission précise, ni le même service à rendre. Mais ils ont tous et chacun le devoir d'annoncer l'Evangile et d'en témoigner. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde doit prêcher… De toute manière, celui qui a reçu l'Esprit Saint, disait S. Antoine de Padoue, (c'est-à-dire tout baptisé), "parle diverses langues. Ces diverses langues sont les multiples témoignages rendus au Christ". Témoignage de charité et d'humilité, d'accueil, d'écoute, de pardon, de partage… qui sont autant de "langues". Et il ajoutait : "Nous les parlons quand, en les pratiquant nous-mêmes, nous les montrons aux autres", car "la Parole est vivante lorsque ce sont les actions qui parlent" (2).

Chaque baptisé est appelé à être témoin d'un Dieu qui aime et qui écoute, qui libère et sauve, qui réconcilie et accorde le pardon. Tout chrétien, si jeune soit-il, est envoyé vers les autres, comme artisan de justice et de paix, de guérison et de communion. Les occasions ne manquent pas, ni en famille, ni au travail, ni à l'école ou en vacances.

Ce n'est donc pas le moment d'avoir peur, ni de cultiver des nostalgies naïves et paralysantes, comme si tout allait et devait redevenir comme avant ! Rappelons-nous que s'il y a des choses qui disparaissent, il y en a d'autres qui naissent. Ne pleurons pas sur les branches mortes qui tombent. Admirons plutôt les nombreuses pousses qui se lèvent et font naître l'espérance de nouvelles fleurs et de nouveaux fruits.

P. Fabien Deleclos, franciscain

  1. "Une nouvelle chance pour l'Evangile - Vers une pastorale d'engendrement", et "Passeurs d'Evangile - Autour d'une pastorale d'engendrement", sous la direction de Philippe Bacq et Christoph Theobald, Lumen Vitae/Novalis/Les Editions de l'Atelier, 203 pp. et 230 pp., 24 € et 25 €.
  2. Prière des Heures, volume 3, p 1102.

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