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02/05/2017

Deux Homélies du 4e dimanche de Pâques A

Homélies du 4e dimanche de Pâques A

Ac 2, 14a. 36-41 ; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10

Depuis bien des années déjà, des enquêtes et analyses sur la situation de l'Eglise catholique romaine évoquent, chiffres à l'appui, la raréfaction croissante de "la pratique religieuse", la crise des croyances traditionnelles, le pullulement des sectes et la baisse des vocations sacerdotales. Il peut certes y avoir des exceptions, mais c’est bien un constat contemporain. Et bien, pas du tout. Ce mouvement date de la fin du 18e siècle. Par contre, savez-vous qu'au 12e siècle, un certain Pierre le Chantre (1) affirmait qu’ "il faudrait moins d’églises, moins d’autels, moins de prêtres, et qu’ils soient plus sévèrement choisis." Quatre siècles plus tard, le service de la cathédrale de Strasbourg dispose en 1521, en plus d'un doyen, de nombreux vicaires et 120 prêtres altaristes (2), à peine formés (ils ne peuvent ni prêcher ni confesser), dont la seule activité consistait à réciter l'office et à "dire des messes" pour les défunts tout au long de la journée.

Il y a une bonne quarantaine d’années, face à la baisse des vocations sacerdotales, on instaure une journée mondiale de prière pour les vocations, sous-entendues sacerdotales… mais aussi religieuses. C'est le 4e dimanche après Pâques qui est choisi, puisqu’on y proclame l’évangile du Bon Pasteur, le vrai Berger. Celui qui se présente d’abord comme étant la porte de la bergerie, la porte des brebis.

Peu de temps après, le Concile allait redéfinir l’Eglise, non pas à partir d’une hiérarchie de prêtres, mais à partir du rassemblement des baptisés. On redécouvrait ainsi toutes les dimensions de la vocation chrétienne de base, qui est la source des autres vocations particulières… Etre chrétien, c’est répondre à l’appel du Christ. Une invitation à l’écouter, à le suivre, à se mettre à son service, à travailler dans son champ. Jésus n’a jamais dit qu’il envoyait des prêtres, mais bien des ouvriers, des disciples, hommes et femmes. Nous ne devons donc pas prier uniquement pour avoir des prêtres.

Ainsi, dans l'hebdomadaire "La Vie" du 3 avril 2008, un couple, qui assure l'aumônerie d'un hôpital, fait remarquer que "les jeunes retraités chrétiens pourraient être pour l'Eglise un vivier de vocations, si elle savait davantage les appeler à un ministère". Evoquant la "crise des vocations", il fait remarquer "qu'il s'agit plutôt d'une crise d'ordination". Leur souhait est dès lors que "l'Eglise appelle des hommes et des femmes, leur assure une formation et leur confie des missions".

En effet, pour que Jésus soit annoncé et connu, il faut que ceux et celles qui croient en lui accomplissent les œuvres qu’il a lui-même réalisées. Il importe donc qu’une Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres, que les opprimés puissent être délivrés et que nous participions à la construction et au développement d’un royaume de justice et de paix.

Il est donc nécessaire que le corps du Christ, que nous formons en Eglise, s’organise et répartisse les responsabilités. C’est ainsi que le Concile a remis en honneur les engagements et les ministères laïcs. Non pas pour boucher des trous en attendant de nouveaux prêtres, mais pour exercer un certain nombre de responsabilités qui, au cours des siècles, leur ont été progressivement retirées pour devenir le monopole des clercs. Le Concile a donc voulu assurer une plus juste répartition des services, des ministères, et donc des responsabilités.

Mais la diminution croissante du nombre de prêtres et la multiplication des ministères laïcs ont posé des questions nouvelles que le Concile n’avait pas prévues. Par exemple, l’émancipation féminine. C’est ainsi que depuis une trentaine d’années, un certain nombre de d’évêques ont régulièrement demandé à Rome un examen de la question des femmes exerçant de fait un service diaconal, mais sans être ordonnées. La réponse a toujours été " non ".

Pourquoi cette peur ? Pour les plus réticents, le diaconat féminin est considéré comme un Cheval de Troie. Une fois dans la place… elles réclameront l’ordination sacerdotale. Ce qui est arrivé dans l’Eglise anglicane qui, maintenant, ordonne même des femmes évêques. Chez nous, catholiques romains, la question des diaconesses reste cependant ouverte. Il y a 7-8 ans, le cardinal Danneels disait à la radio, "Je ne vois pas d’objection à ce que des femmes soient diacres". Il existe d’ailleurs déjà un diaconat masculin, permanent, qui, lui, ne conduit pas au ministère presbytéral comme jadis.

De toute manière, l’Esprit n’abandonne pas son Eglise. Il n’est jamais, pourrait-on dire, à court d’idée pour relever de nouveaux défis, et, d’une manière inédite. Ce qui peut troubler ou heurter des habitudes. Or, la raréfaction des vocations sacerdotales traditionnelles peut avoir un impact positif. Une occasion providentielle pour stimuler l’esprit d’initiative et l’imagination. On constate, en effet, que des communautés chrétiennes inventent des pratiques nouvelles pour faire face à une situation inédite. De fait, de plus en plus de tâches pastorales sont assumées par des laïcs, dont de nombreuses femmes. Ce qui, loin de faire baisser le nombre de candidats au sacerdoce, en suscitent. "Sans ce laïcat, disait un évêque congolais, il n’y aurait pas chez nous autant de vocations sacerdotales. Le clergé a été promu par le laïcat. Prêtres, religieux et religieuses sont généralement issus de familles actives dans les paroisses".

Mais que devons-nous faire, disaient à la première pentecôte les futurs baptisés ? Soyez témoins de l’amour de Dieu et d’une manière ou d’une autre : donnez votre vie au nom de l’Evangile. Le baptême est un appel, une vocation. Un appel qui est répété et parfois précisé à tous les âges de la vie. Le Christ ne cesse pas de nous appeler. Encore faut-il l’écouter et oser s'engager.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

  1. "Missarum Sollemnia", J.A. Jungmann, T. 1, Ed. Montaigne, Paris 1950, p 171.

     2.     Id. p 170, note 20.

 

Homélie du 4e dimanche de Pâques, A

 

 

Ac 2, 14a. 36-41 ; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10

(Prononcée en 1996 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Thème : "Nous sommes l'écho de Sa voix" - Journée des Vocations

C'est ainsi que Jésus parlait aux pharisiens, en direct, face à face. Les pharisiens ! du moins ceux que Jésus accusait de barrer aux hommes la porte du royaume des cieux et de ne pas laisser entrer ceux qui le voudraient (Mt 23, 13-14). Des pharisiens appartenant au petit groupe des détenteurs du pouvoir. Grands spécialistes de la Loi, ils la vénéraient comme étant à elle seule le Chemin, la Vérité et la Vie.

Ce discours-parabole de Jésus, Jean le présente aux premières communautés chrétiennes. Il vise donc à la fois les mauvais bergers du peuple élu, et ceux de l'Eglise naissante. N'allez pas dire pour autant : "Ce n'est pas à nous que ce discours s'adresse". Il nous est destiné aussi. D'abord, parce que Jésus se présente comme le seul véritable pasteur des ovins que nous sommes, et l'unique porte de la bergerie, qui est le peuple de Dieu, qui est l'Eglise. C'est là que lui-même accueille et rassemble, libère ou guérit, forme et envoie en mission ceux et celles qui le reconnaissent comme Messie envoyé par le Père.

De plus, sans appartenir au clan des pharisiens, nous pouvons être comme eux des croyants sincères et pieux, qui développent jusqu'à la passion l'amour de la Loi en sa lettre plutôt que de vivre la loi de l'Amour dans son esprit.

Par-dessus la tête des pharisiens, la parabole vise encore tous ceux qui utilisent l'arme de l'exclusion pour s'enfermer dans un ghetto de pure orthodoxie légaliste. Et qui rejettent ceux et celles dont la foi au Christ est telle qu'ils sont prêts à le suivre dans l'aventure évangélique d'une permanente conversion à l'ouverture et à la liberté, à l'universalisme et à l'unité dans la diversité.

Ce n'est pas pour rien que la parabole suit immédiatement l'épisode de l'aveugle-né. Ce mendiant a reconnu l'authenticité divine de la voix de Jésus. Il est prêt à le suivre. Et le voici accablé de menaces par ceux qui croyaient posséder le monopole de la vérité jusqu'à en être aveuglés. Rappelez-vous aussi ces notables, bouleversés par le nouveau prophète. Mais, précise saint Jean, "à cause des pharisiens, ils se taisaient de peur d'être exclus de la synagogue" (Jn 12, 42).

A l'extrême, (comme nous le rappelle l'actualité du procès de Shoko Asahara), il y a ceux qui se prennent pour des messies, alors qu'ils ne sont que des mercenaires, c'est-à-dire des gourous. A quoi les reconnaît-on ? Ils sont constamment à la recherche des moutons les plus vulnérables, pour les rassurer, les encadrer, les initier. Ils les droguent "en bourrant leurs vides de certitudes". Tout en leur donnant le sentiment et la conviction d'appartenir à une élite qui possède la Connaissance. Et une mission. Celle de préparer un monde nouveau où règnera l'Ordre de Dieu. Alors, comme dans la secte Aoum, ils sont mûrs pour l'obéissance aveugle et les comportements fanatiques, en vue d'accomplir la "Vérité Suprême" (1).

Comme les prophètes qui l'ont précédé‚ Jésus est sévère envers les pasteurs et guides religieux pour qui la Loi et la Loi seule, observée strictement et pratiquée scrupuleusement, peut seule assurer le salut.

En s'adressant aux plus pieux de ses auditeurs, Jésus ne voulait évidemment pas les détourner de la Loi. Mais bien les délivrer de leur étroitesse d'esprit et libérer la Loi de l'étau qui paralysait son dynamisme créateur et missionnaire. Jésus interpelle ces hommes de foi pour qu'ils aient le courage de quitter l'enclos bien barricadé de leurs certitudes et d'une religion trop étriquée. Il les invite à sa suite pour reprendre la route d'un nouvel exode. Non pour constituer un petit groupe d'élus et de privilégiés, mais pour rejoindre toutes les autres brebis, la multitude des humains. Alors, il n'y aura plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. Et c'est ce pasteur incarnant l'amour de Dieu qui est "le Chemin, la Vérité et la Vie".

Mais s'il n'y a qu'un seul pasteur, que deviennent les pasteurs-délégués ? Ils sont chargés de service et de mission, tout en restant des brebis de l'unique pasteur. D'une certaine manière, on peut dire que tous les ovins, tous les baptisés, peuvent être les uns pour les autres des guides, des pasteurs. Par notre vocation de baptisé, nous sommes tous des pastoureaux et des pastourelles, "car nous sommes tous appelés à être les pasteurs les uns des autres..." (2).

Si nous accueillons pleinement la parole du Bon Pasteur, elle pourra nous modeler à son image. Nous en deviendrons le reflet. Alors, notre parole, notre conduite, seront un écho de la voix de Jésus. Nous serons même sa figure ici-bas, "reconnaissable par les autres comme des disciples de Jésus" (Dom Louf). C'est pourquoi aujourd'hui, la prière pour les vocations nous concerne tous, car tous nous sommes appelés et tous envoyés.

Il ne suffit pas pour autant d'avoir des oreilles. Les auditeurs de Jésus, fait remarquer l'apôtre Jean, "ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire". D'où, cette courageuse réflexion de saint Grégoire le Grand, moine, théologien et pape : "Puisque vous avez entendu, frères très chers, le péril qui nous menace, nous les pasteurs, évaluez (vous aussi), grâce aux paroles du Seigneur, le péril qui est le vôtre" (3). Nous sommes tous visés. Ou encore, ce commentaire d'un exégète contemporain : la colère de Jésus "est celle d'un homme qui frappe désespérément à une porte qui refuse de s'ouvrir..." (4). Cette porte est peut-être celle de notre cœur et de notre esprit.

A toute époque, il peut arriver que des pasteurs opposent à la Bonne Nouvelle d'amour, de vérité et de liberté de l'unique pasteur l'étroitesse de leur enseignement et de leur interprétation de l'Ecriture. Dans ce cas, leur voix ne fait plus écho à la voix de Jésus. Mais les ovins peuvent faire la différence, car les brebis connaissent et reconnaissent la voix du Maître unique. Comme l'a écrit Pascal, les brebis dont parle l'Ecriture, "sont des "membres pensants" à la fois pleinement membres du troupeau et pleinement pensantes" (5). La confiance et l'obéissance n'excluent pas l'intelligence, la réflexion et l'analyse critique. Bien au contraire.

Ces brebis pensantes et fidèles ont une certaine capacité de pouvoir discerner dans l'enseignement qu'on leur donne si le ton, les accents, l'esprit, font bien écho à la voix du Christ ou, au contraire, à la voix d'un mercenaire. "Elles peuvent même reconnaître la voix de Jésus partout où elle résonne dans le monde et dans les cœurs", dans les individus et les événements.

Pasteur unique et attentif, Jésus se présente comme le passage obligé pour accéder à la bergerie de la liberté et de la vie en plénitude. Il est la porte. Pas une porte de prison ni une porte blindée. Une porte battante, sans clé ni serrure, "comme un cœur qui fait circuler le sang". Une porte accueillante, toujours ouverte, qui permet d'aller et de venir. Porte de tous les secours, elle accueille pour le retour et le repos, la guérison, la remise en forme et pour être envoyé, en mission de témoignage et de partage. "Une porte qui filtre tout ce qui ne reflète pas l'amour de Jésus" (Dom Louf).

Porte ouverte sur le monde, sur l'infini, sur la variété et les richesses des cultures. C'est dans cet esprit que l'on a présenté cette cathédrale comme "la porte ouverte à la création artistique". Cette porte battante ne protège pas l'enclos d'une Eglise, tous verrous fermés, où l'on pourrait entre soi mener une existence sans histoire, paisible et rassurante. Elle n'est plus la porte du Cénacle, cadenassée de l'intérieur par des apôtres et des disciples paralysés par la peur et donc menacés par le virus de l'intolérance.

La bergerie de l'unique Pasteur est, me semble-t-il, comme la musique dont Isabelle Rigaux disait : "elle n'a pas de barrières".

 

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

(1) De telles situations ont bien été décrites par Paul Sullizer dans son roman "Les maîtres de la vie", Stock 1995.

(2) "Seul l'amour suffirait", André Louf, DDB 1983, pp. 83-85

(3) Liturgie des Heures, vol II, homélie de S. Grégoire le Grand, 4e dimanche de Pâques, p 580.

(4) "Les pharisiens", Marcel Pelletier, histoire d'un parti méconnu, Cerf 1990.

(5) "Rencontres d'immensités", Eloi Leclerc, DDB 1993, p 9 et 10.

 

 

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