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23/12/2013

Homélie de Noël

Homélies de Noël

Messe de la nuit

Is 9, 1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14

Dieu nous a-t-il menti ? Nous pouvons nous le demander. Il nous a promis la paix il y a plus de deux mille ans et la paix ne règne pas dans l'univers, ni dans nos cœurs.

Dieu nous a promis la paix, c'est vrai. Promise et donnée : la paix, c'est Jésus Christ lui-même. Il en est l'incarnation, la condition et la source. Posons-nous cependant cette question : Qu’avons-nous fait de cet enfant, de ce Fils qui nous a été donné ? Merveilleux Conseiller, Prince de la Paix ?

Il est né en voyage, en des temps difficiles, dans un petit pays occupé par la plus forte armée du monde. Il s’est révélé un prophète hors série, révolutionnant les interprétations et les pratiques religieuses et morales de son temps. Et il a vaincu la mort. Il y a de cela vingt siècles. Mais il nous a laissé une charte de vie extraordinaire, simple, à taille humaine, et cependant difficile à concrétiser au fil des jours.

Aujourd’hui, nous nous déclarons ses disciples, successeurs de sa mission, rassemblés à cause de lui. En cette soirée anniversaire, de bonnes dispositions nous animent. Mais, qu’avons-nous fait de Jésus Christ ?

Certains l’ont réduit à une douce légende. Celle qui suscite des fêtes d’abondance et inspire les artistes. Un petit Jésus mignon, dont on parle aux enfants, et qui sert parfois même de menace quand ils ne sont pas sages. Jésus, prophète, a même été inscrit dans la mythologie, un symbole de contestation, le type du meneur s’immolant pour sa cause. Trop idéaliste cependant pour le commun des mortels.

Il est certes admiré, mais trop souvent de loin, et sans volonté de le suivre. Comme les superstars, on imprime son beau visage sur les shorts, les chemises et les posters. C’est plus facile que de lui offrir une place dans son cœur et son esprit. Il fait chanter, crier, pleurer, danser. La question est de savoir si on lui laisse pour autant la liberté de nous apprendre à vivre.

Pour beaucoup, il est un utopiste que l’on apaise d’un culte, d’une prière. Tout en l’écartant prudemment du quotidien concret de la vie.

Aujourd’hui, il nous est à nouveau présenté dans le réalisme de l’Evangile. Un bébé dans une mangeoire d’animaux. Des parents sans influence, sans fric, sans piston, sans réputation. Pas de milieu privilégié, pas de classe sacerdotale.

Aujourd’hui, ils auraient trouvé refuge à l’Armée du Salut, ou tout simplement sous un pont, utilisant pour berceau un emballage de boîte à conserves ou de poste de télévision…

Et cependant, la bonté et l’amour de Dieu sont entrés dans le monde par ce chemin là. Le plus beau cadeau fait par Dieu à l’humanité n’a pas eu de plus bel emballage. Pour venir parmi les siens, Dieu a choisi la place la plus ordinaire, en pleine masse. Là où les humains sont aisément les victimes des humains, de leur rapacité, de leur racisme, de leur orgueil. Là où la pauvreté est chronique et la liberté entravée.

Et pourquoi ? Pour expérimenter les réalités terrestres. Sentir dans l’être humain les conséquences du péché de la créature, afin de mieux en dénoncer les causes et les agents provocateurs.

Nos regards et nos espérances ne doivent donc pas d’abord se tourner vers les temples du veau d’or, ni vers le palais de l’ONU à New York, mais d’abord et essentiellement vers cette baraque de paysan, parce que c’est de là qu’est venu celui qui a voulu nous révéler ce qui était le meilleur pour tout être humain et pour le monde.

Or, il a dénoncé les hypocrisies, les injustices de tout genre. Il est même monté jusqu’aux marches les plus élevées pour arracher les masques. Il a bousculé les idoles du pouvoir et celles de l’argent. Il a rompu les chaînes et proposé des Béatitudes. Le vrai pouvoir est de servir, la vraie richesse le détachement, et la douceur la véritable force.

N’aurions-nous pas enterré ce Jésus-là dans l’oubli ? Ne l’aurions-nous pas enseveli sous nos dévotions ? Ne l’avons-nous pas échangé contre un Jésus fait sur mesure. A nos mesures ? Au risque de nous égarer parmi ses bourreaux, de prendre part plus ou moins inconsciemment au massacre des innocents ou de nous laver les mains, comme Pilate.

La crèche vient aujourd’hui nous aider à lui rendre la parole.

Il y a plus de 800 ans, François d’Assise confiait la réalisation d’une crèche aux paroissiens d’un petit village. Ce fut la première crèche vivante, non seulement par la présence du bœuf et de l’âne légendaires, mais parce que les chrétiens de l’endroit allaient découvrir brusquement leurs fautes et leurs erreurs, puis oublier leurs divisions. Grâce à cette représentation naïve d’un événement intraduisible, ils ont laissé naître en eux, sur la paille de leur cœur déjà pourrie par l’intérêt, la rancune et l’argent, un enfant désarmé, un Jésus de justice, de réconciliation et de paix.

Ce Noël de Greccio peut être le nôtre. Mettre au monde un nouveau "moi", laisser naître et transparaître en nous le Jésus de l’Evangile. Nous laisser séduire, conduire et stimuler, pour suivre ses traces. Afin que, modestement sans doute, mais réellement, nous puissions donner des preuves d’amour de Dieu là où nous sommes. Nous engager à être, à notre taille, des artisans de justice et de paix. Des agents de réconciliation. C’est le véritable enjeu de Noël. Un défi à relever.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

Homélie de Noël

Is 52, 7-10 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18

Noël n'est pas la fête la plus importante, mais c'est la plus populaire. C'est aussi la plus joyeusement célébrée, et de bien des manières. Coûteux caviar ou simple tartine, champagne ou verre de bière, dans l'abondance ou la restriction. On fêtera Noël dans les prisons, les goulags, et même dans une ambiance de terreur et de famine.

Ni la crise ni les menaces de guerre n'empêcheront que Noël soit une fête de l'espérance. Il flotte dans l'air comme une nostalgie de paix et de fraternité, un rêve de bonheur pour tous… On invite et on offre des cadeaux luxueux ou modestes, fonctionnels ou symboliques. Mais qui entretiennent l'amitié et font oublier des tensions, invitent à la réconciliation et à la paix.

Au niveau des Etats, on voit des frères ennemis s'adresser des vœux pacifiques et même les faucons échangent des messages de paix. Il arrive même que Noël fasse taire des armes quelques heures… Un moment de trêve…

Beaucoup d'hommes et de femmes se retrouvent chrétiens, les églises se remplissent. On retrouve la crèche qui provoque le frisson romantique de l'enfance retrouvée pour un soir.

Mais il y a plus. La fête liturgique nous permet de retrouver la source profonde, le motif et le sens de la fête. Nous ne pouvons pas nous contenter de réveiller un beau souvenir. C'est Jésus Christ qu'il nous faut accueillir aujourd'hui. Le mettre au monde. Non seulement croire à la Nativité, mais la réaliser.

Que devons-nous fêter ? La révélation de l'amour et de la bonté de Dieu, l'accueil d'une bonne nouvelle de quelqu'un qui peut nous libérer, nous sauver, nous apprendre à aimer, nous transformer en un peuple ardent à faire le bien.

Mais pour comprendre, pour obtenir, il faut nous laisser déranger. La puissance et la bonté de Dieu éclatent dans ce qu'il y a de plus ordinaire et de plus simple. Une famille d'ouvriers, une naissance au hasard d'un voyage imposé, un enfant pauvre, ce n'est pas de ce côté que nous sommes tentés de chercher Dieu, ni le secret du bonheur. Nous préférons les honneurs, le faste et l'abondance.

Et voici que Dieu se présente à nous, pauvre de tout ce que nous convoitons, recherchons, ambitionnons.

A Noël, Dieu dérange parce qu'il ne garde pas son rang. Il bouscule nos hiérarchies et nos préséances. Pour le découvrir, pour l'approcher, tout l'attirail de la vanité, de la puissance et de l'astuce, ne servent à rien. Il bouscule nos ambitions et nos théories, nos calculs et nos certitudes. Il nous donne l'impression de tout mettre à l'envers. En réalité, il remet tout à l'endroit. Si nous ne trouvons pas Dieu, c'est parce que nous ne le cherchons pas, ou que nous le cherchons partout, sauf où il se trouve : du côté de ceux qui sont sans parole, sans pouvoir, sans puissance… Et cela nous heurte ou, en tout cas, nous contrarie.

La véritable fête de Noël, la plus belle, la plus concrète, le plus efficace pour nous et pour le monde, c'est que Jésus naisse en chacun de nous dans la foi et dans l'amour. Nous devons pour cela nous faire un cœur de pauvres, conscients de notre misère et de nos limites, avides de vérité et de lumière, ouverts aux autres et désireux de leur porter ces mêmes bienfaits en leur révélant le Christ. Il ne s'agit pas pour cela d'être riches et forts, bien portants, majestueux et tout puissants. Il nous suffit d'aimer un peu plus, un peu mieux, de servir davantage, là où nous sommes, sans attendre des visions ou des miracles. Il nous faut, comme le Christ, nous rapprocher des pauvres, lutter pour plus de justice.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

N.B. Voir, par exemple : "Evangile et Justice". Avec un dossier "Mondialisation, quels droits pour les peuples ?, n° 83, décembre 2007, 32 pages, au Centre AVEC, rue Maurice Liétart, 31/4, B - 1150 Bruxelles. Tel 02.738.08.28, site : www.centreavec.be/

 

Commentaires

Superbe! super! magnifique réflexion! félicitation!!!! Je suis comblé au terme de cette lecture

Écrit par : Inno | 18/12/2008

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